Vatican : la diplomatie en surrégime

20 Avril, 2022
Provenance: fsspx.news

Possibilité d’une rencontre entre le Saint-Père et le chef de l’Eglise orthodoxe russe, éventuelle révision de l’accord secret signé en 2018 entre le Vatican et la Chine, montée des actes anti-chrétiens en France, pénurie de main-d’œuvre à la secrétairerie d’Etat… Le numéro deux du Vatican fait le point sur la diplomatie du plus petit Etat du monde.

Terza Loggia - le lieu où se trouve les bureaux de la secrétairerie d'Etat - on ne chôme pas… C’est ce qui ressort d’un long entretien exclusif accordé aux journalistes par le cardinal Pietro Parolin, et publié le 7 avril 2022. Le secrétaire d’Etat du Saint-Siège fait le point sur l’activité diplomatique du Vatican qui se déploie tous azimuts, dans un monde de plus en plus chaotique : de quoi donner le tournis…

Le numéro deux du Vatican commence par défendre la position nuancée du Saint-Siège dans le drame ukrainien. Là où de nombreux médias occidentaux dénoncent un certain irénisme par rapport à la Russie, le cardinal Parolin met en avant la fonction de médiation du micro-Etat, dans le but de parvenir à la seule issue possible : une solution négociée, qui permette d’appliquer plus efficacement les accords de Minsk.

Et le chef de la diplomatie vaticane de confirmer que des pourparlers sont en cours pour une éventuelle rencontre entre le pontife romain et le chef de file des orthodoxes russes, le patriarche Cyrille : « on continue cette préparation », a précisé le haut prélat qui explique que la recherche consiste pour le moment à trouver un « terrain neutre », Jérusalem, selon certaines sources vaticanes.

Les relations ambivalentes entre le Saint-Siège et la Chine sont également au menu de l’entretien accordé par le secrétaire d’Etat, alors que l’accord provisoire secret signé en 2018, puis renouvelé en 2020, arrive à échéance en octobre prochain.

Un accord contre lequel s’élèvent les voix de nombreux catholiques y voyant une reddition sans condition de l’Eglise entre les mains de Xi Jinping, l’actuel maître de l’empire du Milieu.

« Nous réfléchissons à ce qu’il faut faire », explique le cardinal qui évoque, sans en dire plus, « éventuellement la nécessité de clarifier ou de revoir certains points ».

La montée des actes anti-chrétiens, dans le monde, mais aussi en France, préoccupe le haut prélat, comme le montre un récent rapport du ministère de l’Intérieur révélant, une hausse exponentielle des profanations d’églises dans l’Hexagone :

« C’est malheureusement un phénomène très présent en France, et à ce sujet, même les causes de l’incendie de Notre-Dame ne sont pas très claires. Le nombre d’attaques indique que l’intolérance religieuse augmente. (…) On ne peut pas négliger non plus la question de la radicalisation. »

Le cardinal Parolin résume la réforme de la Curie de la façon suivante : « Paul VI avait résolu le problème de la coordination de la Curie de façon verticale, en établissant que tout passerait par la secrétairerie d’Etat. Désormais, la secrétairerie d’Etat voit certaines de ses compétences diminuées, mais sa tâche se résume à une aide plus directe au pape dans l’exercice de son ministère pétrinien. »

Aux yeux du haut prélat, cette réforme ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt, car il existe un autre problème plus préoccupant auquel la secrétairerie d’Etat – et la Curie en général – doit faire face : le manque de ressources humaines, donc de prêtres.

Ainsi, quand on lui parle de quatorze nonciatures actuellement vacantes dans le monde, le cardinal reconnaît : « la crise est plus générale, c’est une crise qui est au niveau des vocations sacerdotales et religieuses, un bassin dans lequel la diplomatie du Saint-Siège a toujours eu l’habitude de puiser. A cet égard, d’année en année, il est de plus en plus difficile de trouver de nouveaux candidats pour l’Académie ecclésiastique (qui forme les futurs nonces). »

Une réflexion de bon sens dont on souhaiterait qu’elle allât plus loin sur les raisons profondes de la crise actuelle dans l’Eglise. Cette carence de personnel pourrait rapidement passer du surrégime à la surchauffe : une inquiétude qui n’est pas utopique, devant la crise qui s’étend via le Chemin synodal allemand.