Vatican : l’art de caresser le dragon rouge dans le sens des écailles

14 Octobre, 2021
Provenance: fsspx.news

La réunion organisée entre le pape François et vingt-deux responsables religieux de premier rang, venus à Rome pour évoquer l’écologie à quelques jours de l’ouverture de la COP26, a permis de constater une fois de plus combien l’accord provisoire passé entre le Saint-Siège et la Chine demeure, plus que jamais, au cœur de l’actuel pontificat.

On avait beau le chercher dans la salle des bénédictions de la basilique Saint-Pierre, nulle trace de lui, ni parmi les saris, les gandouras, les kimonos ou les soutanes rassemblés en ce 4 octobre 2021, autour du pontife romain.

Constatation faite, Tenzin Gyatso, quatorzième dalaï-lama, n’était pas parmi les vingt-deux responsables religieux, réunis à l’invitation de l’hôte de Sainte-Marthe afin de parler écologie, à quelques jours de la vingt-sixième conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26), qui se déroulera à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre prochain.

La nouvelle pourrait paraître anecdotique, mais elle est révélatrice des arcanes de la diplomatie vaticane. Le journal Il Messagero du 4 octobre ne s’y trompe pas, avec un article au titre évocateur : « nouvelle gifle du pape au dalaï-lama, écarté lors du sommet inter religieux sur le climat ».

Franca Giansoldati s’étonne : « bien que Tenzin Gyatso soit considéré comme le chef religieux le plus engagé au monde pour la protection de la nature et de l’environnement (…) il manquait à l’appel, bien qu’un représentant de second ordre de la grande famille bouddhiste fût présent en la personne de Shoten Minegisi ».

Depuis son arrivée sur le trône de Pierre, le pontife argentin s’est méticuleusement employé à éviter tout contact avec le religieux tibétain, renvoyant aux calendes grecques les différentes demandes d’audience venues de Dharamasala (Inde) où il vit en exil : la réincarnation de Bouddha serait-elle désormais reléguée au rang des intouchables par la secrétairerie d’Etat ?

Une attitude qui contraste nettement avec celle de Benoît XVI, plus encore avec celle de Jean-Paul II, qui avait rencontré huit fois Tenzin Gyatso, durant son pontificat.

La raison, c’est l’un des secrétaires du dalaï-lama qui l’a donnée lors d’un entretien accordé à La Repubblica, il y a quelques années de cela : « le pape François refuse de recevoir notre chef, car il négocie avec Pékin la reconnaissance des évêques nommés par Rome en Chine ».

L’absence du dalaï-lama à Rome le 4 octobre dernier a suscité suffisamment d’émoi pour que les responsables de la diplomatie vaticane s’emploient à déminer le terrain.

Interrogé par Reuters, Mgr Richard Paul Gallagher, en charge des relations avec les Etats, a répondu que « Sa Sainteté le Dalaï Lama sait combien il est respecté ici par le Saint-Siège, mais il prend également en compte que nos relations (avec la Chine) sont compliquées et difficiles et il a toujours respecté (cette situation). »

Et l’archevêque d’ajouter : « c’est quelque chose que nous apprécions beaucoup et donc le dialogue se poursuit avec le bouddhisme à de très nombreux niveaux ».

L’anecdote a le mérite de montrer l’importance de l’enjeu que revêt, dans l’actuel pontificat, la question des rapports entre le Saint-Siège et l’empire du Milieu : sur l’autel de l’accord – provisoire et incertain – avec les mandarins rouges, les catholiques chinois semblent avoir déjà été sacrifiés.

C’est aussi le cas de la minorité musulmane ouïgoure et des bouddhistes tibétains : tant il est vrai que les paradigmes de la liberté religieuse et de l’œcuménisme conciliaires savent faire place nette devant la raison d’Etat. Même lorsqu’on est le pape de l’écologie et des migrants…

Comme noté dans un autre article, ce sont bien les puissants qui dictent cette raison d’Etat, même au Saint-Siège.