Vatican : le procès Becciu pris dans les sables mouvants de l’affaire Orlandi

30 Décembre, 2021
Provenance: fsspx.news
Giuseppe Pignatone

Alors que le procès du cardinal Becciu vient d’être une nouvelle fois ajourné, les affirmations d’un ancien procureur romain concernant la disparition non élucidée d’une adolescente, il y a près de quarante ans, viennent enliser un peu plus une procédure déjà bien fragile.

Un train peut en cacher un autre. Voilà, en résumé, le contexte du procès financier qui se tient entre les murs du Vatican, et dont la cinquième audience vient d’être ajournée au 25 janvier 2022.

Retour sur l’affaire Orlandi

Si la question tourne autour d’une utilisation présumée irrégulière de fonds de la secrétairerie d’Etat lors de l’acquisition d’un immeuble à Londres, voici que deux des principaux acteurs du procès voient leur nom évoqué dans la presse, à l’occasion de nouvelles révélations sur l’affaire Orlandi, l’un des plus célèbres cold case de la Ville éternelle.

Pour comprendre ce dont il s’agit, il convient de revenir près de quarante ans en arrière : Emanuela Orlandi, une adolescente alors âgée de quinze ans, dont le père était employé au Saint-Siège, disparaît mystérieusement un 22 juin 1983, alors qu’elle revenait de sa leçon de musique.

Une disparition non élucidée à ce jour, ayant donné lieu aux scenarii les plus divers et les plus loufoques : de l’enlèvement qui aurait mal tourné, impliquant la mafia, afin d’exercer un chantage sur la banque du Vatican, au réseau de clercs criminels, en passant par l’implication des services secrets turcs cherchant à faire libérer Ali Agça qui avait tiré sur le pape Jean-Paul II, le 13 mai 1981…

Depuis, l’affaire Orlandi a connu des rebonds plus ou moins réguliers : c’est justement le cas en cette fin d’année 2021.

Dans un entretien accordé à la presse italienne, Giancarlo Capaldo, ancien chef du parquet de Rome, affirme avoir été approché, au printemps 2012, par « deux hauts responsables du Vatican » dont l’un appartenant à la secrétairerie d’Etat, afin d’obtenir l’autorisation du transfert des restes mortels d’un parrain de la mafia romaine – Enrico De Pedis, jadis patron de la Banda della Magliana – qui avait obtenu, Dieu sait comment, d’être enterré dans la crypte de la basilique Saint-Apollinaire.

Pour le Vatican, c’était faire d’une pierre deux coups : se débarrasser d’un cadavre gênant, et prouver par les faits que la jeune disparue n’était pas enterrée là, comme la famille et les médias à sensation le laissaient entendre. D’ailleurs, l’exhumation n’avait rien donné.

Détail qui a son importance : à l’époque, en 2012, le numéro deux de la secrétairerie d’Etat – évoqué à mots couverts par l’ancien chef du parquet de Rome – n’était autre que Mgr Angelo Maria Becciu.

Mais ce n’est pas tout. Giancarlo Capaldo laisse entendre que les tractations entre la Terza Loggia (la Secrétairerie d’Etat) et lui, auraient été entravées par un certain Giuseppe Pignatone, tout juste nommé – en 2012 – au parquet de Rome. Un magistrat devenu, depuis 2019, président du tribunal du Vatican. Autant dire que Dan Brown ou Jose Dos Santos n’auraient pas pu inventer mieux…

Le juge Pignatone se défend... et Angelo Becciu se défausse

Si Giancarlo Capaldo évoque, « une série de grandes manœuvres ou d’affrontements clandestins, en 2012, autour du pape Ratzinger », Giuseppe Pignatone n’entend pas faire la sourde oreille.

« Je n’ai jamais entravé en quelque façon une enquête de M. Capaldo ou de mes autres confrères. La demande de non-lieu a été décidée à la majorité de mes collègues en charge de la procédure. J’ai personnellement assumé cette demande en tant que chef du bureau, tandis que le Dr Capaldo, qui n’était pas d’accord, a refusé – comme c’était son droit – de la signer », s’est défendu le président du Tribunal du Vatican, dans un entretien au Corriere della sera. 

Quant au cardinal Becciu, il déclare « ne rien savoir de cette histoire », et « avoir appris les choses par les journaux ».

Avec ce dernier rebondissement en date, une chose est certaine en tout cas : alors que le procès de l’ancien substitut de la secrétairerie d’Etat s’enlise, la suspicion est désormais jetée sur toute la procédure. « A qui profite le crime ? » s’interrogent les médias romains.

Pas au Saint-Siège, ni à son système judiciaire. Il est d’ailleurs vraisemblable que cette affaire ne soit remontée en public, que pour perturber un peu plus un procès qui n’en avait vraiment pas besoin.