Vatican : le procès Becciu reprend dans un climat pesant

22 Février, 2022
Provenance: fsspx.news

Les juges se sont réunis le 18 février 2022 dans la salle polyvalente des Musées du Vatican, pour la septième audience d’un procès présenté en juillet 2021, lors son lancement, comme un tournant pour la justice vaticane, mais qui s’enlise dans des contestations de procédure.

Festina lente… – Hâte-toi lentement. Quatre heures et demie : la septième audience du procès sur les investissements financiers de la secrétairerie d’Etat, présumés douteux, aura été plus longue que la précédente qui avait duré une quarantaine de minutes.

Une audience précédée d’une mise au point de l’un des principaux prévenus, présent en ce 18 février 2022, dans le box des accusés : le cardinal Angelo Maria Becciu s’est en effet adressé aux nombreux journalistes présents pour l’occasion.

L’ancien substitut de la secrétairerie d’Etat est revenu sur les perquisitions menées tous azimuts par la brigade financière italienne le 15 février précédent, à Rome et dans les villes sardes d’Ozieri, Bono et Pattada, autant de fiefs du porporato déchu.

Ce dernier s’est dit « très affligé » par ces derniers développements, même s’il souligne que le procureur et les forces de l’ordre ont été « très aimables » avec lui, lui ayant assuré qu’il s’agissait là de la « procédure normale lorsqu’un nouveau rapport émane du bureau du procureur ».

Devant les journalistes, le cardinal Becciu a tenu à livrer sa vérité, niant les nouvelles accusations selon lesquelles il aurait détourné environ 100 000 euros de fonds de la secrétairerie d’Etat pour les rediriger vers Spes, une branche sarde de Caritas, dirigée par son propre frère, Tonino Becciu.

La poursuite de cette enquête est « une humiliation pour le diocèse et pour l’évêque », a déploré l’ancien substitut, affirmant « pour la énième fois, et espérons-le la dernière, que le diocèse d’Ozieri a toujours été mené dans le respect des buts religieux, et dans l’esprit d’une économie solidaire ».

« Je veux exprimer toute ma solidarité avec l’évêque qui a subi ces humiliations », a conclu Mgr Becciu avant de s’engouffrer dans la salle polyvalente des Musées du Vatican, où il a rejoint le seul autre accusé également présent Mgr Mauro Carlino.

Un léger progrès

Première avancée, les différents volets de l’affaire ont désormais tous été unifiés dans la procédure, comme le souhaitait Giuseppe Pignatone, en sa qualité de président du Tribunal.

Les avocats des dix accusés ont déposé un nouveau recours en nullité, en raison du dépôt partiel des pièces à conviction, notamment l’interrogatoire de Mgr Alberto Perlasca, un témoin-clé de l’affaire, que le promoteur de justice refuse de divulguer dans son intégralité. De crainte – selon certains – de mettre en cause, ne serait-ce qu’indirectement, la personne du souverain pontife.

Lors de cette septième audience, l’Autorité de surveillance et d’information financières (ASIF) a décidé de se porter partie civile dans le procès, rejoignant d’autres organes du Saint-Siège, tels la secrétairerie d’Etat, l’Institut des œuvres romaines (IOR) et l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA).

Au cours de l’audience, entre autres, on retiendra la passe d’armes entre le promoteur de la justice, Alessandro Diddi, et le défenseur de Gianluigi Torzi, l’avocat Marco Franco, qui a fait valoir que les droits de l’homme de son client « ont été violés à plusieurs reprises ainsi que le droit à la défense ».

Le premier a répondu sèchement du tac-au-tac : « Assumez-vous vraiment la responsabilité de ce que vous dites ? Je vous donne un petit conseil, méfiez-vous des calomnies. » Et Me Franco de rétorquer : « Dois-je me sentir menacé ? ». Giuseppe Pignatone est alors intervenu pour ramener le calme.

Le président a finalement décidé d’ajourner la séance au matin du 28 février prochain, date à laquelle le recours en nullité sera examiné : si tout se passe comme prévu, la huitième audience aura lieu le 1er mars suivant, et permettra enfin de rentrer dans le vif du sujet.

Le procès des investissements hasardeux de la secrétairerie d’Etat avance toujours au ralenti, alors qu’il est censé représenter un tournant pour la justice vaticane, à l’heure des réformes du pape François.