Vatican : ouverture des archives sur le pape Pie XII

15 Juillet, 2021
Provenance: FSSPX Spirituality
Le Palais Farnese qui abrite l’Ecole française de Rome

Depuis l’ouverture des archives de cette période, décidée par le pape François en mars 2020, plus de deux millions de documents relatifs au pape Pie XII, à la Curie et aux représentations pontificales, allant de 1939 à 1958, en grande partie numérisés, sont désormais accessibles et permettent de mieux connaître l’Eglise de cette époque, en particulier son rôle durant la Seconde Guerre mondiale.

Lors d’une conférence organisée le 16 juin 2021 par les ambassades allemande et française auprès du Saint-Siège,  l’historienne Nina Valbousquet de l’Ecole française de Rome, et Simon Unger-Alvi, de l’Institut historique allemand de Rome, se sont exprimés sur la guerre et le génocide sous le pontificat de Pie XII.

Le philosophe catholique Jacques Maritain [qui fut ambassadeur de France auprès du Saint-Siège de 1945 à 1948. NDLR] a écrit en 1945 à la Secrétairerie d’Etat qu’après la fin de la guerre, le pape pourrait parler librement des horreurs du conflit.

Dans la  réponse en date du 19 juillet 1945, il est  dit que Pie XII avait assez souvent souligné l’injustice de voir des personnes persécutées en raison de leur race ou de leur foi. La question du « silence de Pie XII » doit être considérée dans le contexte de cette époque, a souligné Nina Valbousquet.

Pour Simon Unger-Alvi, une réponse différenciée à cette question si importante nécessite encore du temps. « Le fait que le pape avait été informé des déportations et des massacres par des lettres, ainsi que par des Juifs de Rome, réfugiés dans des églises et des monastères, est établi », a-t-il rappelé.

Ce sont des milliers de documents inédits qui révèlent l’ampleur de l’activité du Saint-Siège en faveur des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale et peuvent désormais être consultés par les chercheurs et historiens du monde entier.

Johan Ickx, directeur des Archives historiques de la section des Rapports avec les Etats de la Secrétairerie d’Etat, a publié un livre à partir de ces documents. Intitulé Le Bureau. Les Juifs de Pie XII (Michel Lafon, 2020), l’ouvrage évoque, à travers les cas concrets de ressortissants juifs, l’immense travail du Bureau mis en place au Saint-Siège pour les sauver.

« Je pense qu’il y a 2.800 cas, une liste équivalente à la liste de Schindler, une “liste Pacelli”. Je me demande comment se fait-il que le Saint Siège ne l’ait jamais signalé », avait déclaré le chercheur.

« Le Bureau, c’est-à-dire la première section de la Secrétairerie d’Etat, responsable non seulement des relations internationales mais également des très nombreux Juifs qui, au cours de la Seconde Guerre mondiale, s’adressèrent au Vatican pour obtenir de l’aide, un soutien, un conseil et une protection, expliquait Matteo Luigi Napolitano dans L’Osservatore Romano du 11 mars 2021. […]

« “Juifs” : tel est le nom de la série de documents rassemblés dans 170 dossiers classés par ordre alphabétique, pour un total d’environ 2.800 cas. […]

« L’existence de la série “Juifs”, que Johan Ickx appelle “la liste de Pie XII”, est “la preuve tangible de l’intérêt manifesté à l’égard de personnes qui, à cause des lois raciales, n’étaient pas considérées comme des citoyens ordinaires, qu’il s’agisse de Juifs ou de Juifs baptisés”.

« Il n’est pas possible de citer ici tous les cas de Juifs signalés au Vatican. Mais on peut dire que les documents montrent clairement, comme l’écrit Johan Ickx, que les efforts du Vatican visaient “à sauver chaque être humain individuel, quelles que soient sa couleur ou ses croyances”. »