Vatican : un procès peu avare d’éclaboussures

15 Janvier, 2022
Provenance: fsspx.news
Monseigneur Edgar Peña Parra

Londres, Rome, Pékin… Un axe improbable, mais pourtant indispensable, pour saisir les derniers développements de ce qu’il convient d’appeler désormais le « procès du siècle », et qui tient en haleine le Vatican, depuis près de six mois désormais.

Dans ce procès inédit, ouvert le 25 juillet 2021, on ne compte plus les rebondissements : le dernier en date remonte au 3 janvier 2022.

Dans une énième fuite organisée – par Dieu sait qui – sur le blogue de Sandro Magister, le célèbre vaticaniste publie un résumé du volumineux dossier fourni au tribunal du Saint-Siège en avril dernier, par l’actuel numéro deux de la secrétairerie d’Etat, l’archevêque Edgar Pena Parra.

Ayant succédé au cardinal Angelo Maria Becciu au poste de substitut de la secrétairerie d’Etat, le 15 octobre 2018, Mgr Pena Parra avait dressé, en avril 2021 – avec l’autorisation expresse du Saint-Père – pour le compte du promoteur de justice du Vatican, un état des lieux du dicastère au moment de son entrée en fonction, afin d’éclairer « certains aspects des actes posés par la secrétairerie d’Etat concernant l’immeuble situé 60, Sloane Avenue, à Londres ».

Un volumineux dossier de 322 pages, augmenté de nombreuses annexes, mais dont les passages-clés se trouvent dans les vingt premières pages, avec une révélation de nature à créer un incident diplomatique avec l’empire du Milieu…

En effet, on découvre que l’archevêque de Vilnius (Lituanie) avait alerté le Saint-Siège sur certaines « failles de sécurité » visant le système informatique du Vatican : « un neveu de l’archevêque, expert en la matière, avait découvert que la Chine avait pénétré notre système informatique et nous en avions eu la preuve », explique l’actuel substitut de la secrétairerie d’Etat.

Une fuite pas vraiment de nature à faciliter les relations complexes et ambiguës entretenues par le Saint-Siège et Pékin.

Faille informatique mise à part, le tableau que Mgr Pena Parra brosse de son dicastère lors de sa prise de fonctions, et en particulier de son service administratif, dirigé à l’époque par Mgr Alberto Perlasca, a de quoi créer un certain malaise, oltretevere.

Tout d’abord, le numéro deux de la secrétairerie d’Etat pointe du doigt « la grève du zèle » d’un service administratif opposé à tout changement dans son modus operandi, un changement pourtant souhaité par le souverain pontife en personne.

Pire, Mgr Pena Parra semble avoir souffert d’une certaine obstruction de la part de certains de ses subordonnés : « il s’agissait d’un mécanisme dans lequel on met le supérieur sous pression, en le poussant à agir dans l’urgence en prétextant des conséquences ‘catastrophiques’ du style : “Si on ne signe pas tout de suite, on risque de perdre une fortune”. […]

« A de nombreuses reprises, j’étais interrompu à l’improviste même quand je recevais des ambassadeurs, des évêques, etc., pour signer des documents urgents qui, selon eux, ne pouvaient pas attendre la fin des entretiens. […]

« Le leitmotiv permanent était que je ne connaissais pas la ‘machine‘ et donc les incertitudes que j’avançais n’étaient pas motivées et ne faisaient que ralentir le travail du service administratif », affirme le substitut.

Et ce dernier d’accuser : « la gestion tout entière était orientée par la spéculation financière et non pas par la préservation, en bon père de famille, du patrimoine de la secrétairerie d’Etat ».

Lorsqu’il évoque le fiasco londonien à l’origine du procès au centre duquel se trouve le cardinal Becciu, son prédécesseur, Mgr Pena Parra évoque « un chef d’œuvre du service administratif » de Mgr Perlasca au terme duquel le dicastère aurait été victime d’une « arnaque » éclaboussant jusqu’aux marches du trône pontifical.

« Par sa signature prématurée et non autorisée par ses supérieurs, Mgr Perlasca avait cédé à M. Torzi non seulement les mille actions, mais surtout le droit exclusif de gestion de l’immeuble, […] causant de ce fait un dommage patrimonial considérable pour le Saint-Père et toute l’Eglise ».

Une accusation que repousse le principal intéressé : lors de l’audience express du 17 novembre dernier, les minutes enregistrées du témoignage d’Alberto Perlasca ont été diffusées. Celui-ci assurait n’avoir rien fait sans avoir obtenu l’autorisation préalable du pape François.

Autorisation réelle ou fictive, extorquée de quelque manière ou non, degré d’implication des plus hautes autorités de l’Eglise : la suite du « procès du siècle » qui ébranle les solides murs léonins, permettra-t-elle d’y voir plus clair ? Réponse le 25 janvier prochain…