Vers un ample remaniement au sein de la Curie romaine

03 Mars, 2021
Provenance: fsspx.news

L’année 2021 devrait être celle d’un remaniement aussi profond que stratégique au sein de la Curie romaine : fin février, six cardinaux préfets de congrégations ont atteint la limite de soixante-quinze ans, fixée par le droit canonique et rappelée par le pape lui-même.

Un inhabituel communiqué de la salle de presse du Saint-Siège, publié le 19 février 2021, a fait l’effet d’une véritable piqûre de rappel au sommet de la Curie romaine.

Il révélait que le souverain pontife venait d’accepter la démission, pour raison d’âge, de deux hauts prélats : celle du cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et de la discipline des sacrements, et celle du cardinal Angelo Comastri, archiprêtre de la basilique vaticane et président de la Fabrique de Saint-Pierre.

Aux yeux des vaticanistes, il faudrait voir là le signal du coup d’envoi d’une restructuration plus vaste de la Curie.

En effet, six autres préfets de congrégation – l’équivalent d’un ministère – ont atteint l’âge de la retraite canonique, et ont d’ores et déjà présenté leur démission au successeur de Pierre : pour être effective, celle-ci doit être « acceptée par le pape, qui décidera en évaluant les circonstances concrètes », explique le motu proprio « Apprendre à prendre congé », promulgué en 2018.

Voici les noms des porporati qui devraient bientôt quitter leurs fonctions :

1) Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales ;

2) Marc Ouellet, préfet de la Congrégation des évêques et président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine ;

3) Beniamino Stella, préfet de la Congrégation pour le clergé ;

4) Giuseppe Versaldi, préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique, grand chancelier de l’Université pontificale grégorienne ;

5) Luis Ladaria Ferrer, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi ;

6) Mauro Piacenza, pénitencier majeur ;

A cette liste se rajoutent deux autres cardinaux qui ne sont pas préfets de congrégation :

7) Giuseppe Bertello, président de la Commission pontificale pour l’Etat de la Cité du Vatican et Président du Gouvernorat de l’Etat de la Cité du Vatican : un poste clé dans la gestion des biens du Saint-Siège.

8) Gianfranco Ravasi, président du Conseil Pontifical pour la Culture et de la Commission Pontificale pour l’Archéologie Sacrée : le haut prélat peut être tranquille jusqu’en 2022, car il a été nommé usque ad octogesimum annum – jusqu’à 80 ans.

Pour mémoire, les congrégations romaines, selon l’actuelle Constitution Pastor Bonus sont au nombre de neuf.

Les nouvelles structures créées sous le pontificat du pape François, telles que le secrétariat à l’Economie, le dicastère pour le service du développement humain intégral et celui de la Communication (à l’origine un secrétariat) ont, à l’heure présente, pour seule base légale, un motu proprio – un document qui équivaut à un décret.

Fait significatif du mode de gouvernance resserré qui lui est propre, le pontife argentin a pris l’habitude de gouverner par décret : si Benoît XVI a promulgué treize motu proprio en un peu plus de sept ans, Jean-Paul II en a signé trente en près de vingt-six ans… Et François quarante-et-un, en seulement huit ans, et ce n’est sûrement pas fini !

Une forme définitive et plus stable du gouvernement de l’Eglise devrait voir le jour avec la future Constitution apostolique Praedicate Evangelium, encore en chantier à ce jour.

Le remaniement qui se profile au sommet de l’Eglise devrait être l’occasion pour le pape François d’imprimer durablement sa marque au sein d’une Curie avec laquelle il entretient des relations contrastées depuis le début de son pontificat.

Est-ce un hasard ? Luis Antonio Tagle et Peter Turkson, deux cardinaux « missionnaires » selon les éléments de langage en vigueur – comprenons, en syntonie avec le pape régnant, et extérieurs au milieu romain – ont été nommés membres du comité de surveillance de l’Apsa, la banque centrale du Vatican. Décidément, oltretevere, le changement c’est maintenant…