Vers un « divorce catholique » ?

28 Janvier, 2022
Provenance: fsspx.news

Le 17 novembre 2021, le pape François a publié un Motu proprio par lequel il instituait une commission pour vérifier la bonne application dans les diocèses italiens du Motu proprio Mitis Iudex du 15 août 2015, sur les procès en nullité matrimoniale.

En clair, comme le rapporte Sandro Magister sur son blogue Settimo Cielo du 14 décembre : « il chargeait une commission ad hoc d’inspecter un à un les quelque deux cents diocèses italiens pour s’assurer de leur obéissance ou pas » à ce qu’il avait décidé avec Mitis Iudex.

Selon le vaticaniste romain, « la modification de ces procédures [pour les nullités de mariage] aura sans doute été la plus grande nouveauté concrète de ce pontificat, lancée par surprise en août 2015, dans l’intervalle des deux synodes sur la famille ».

Par surprise, car « François avait introduit cette innovation dans le dos des Pères synodaux qu’il savait en grande partie réfractaires, et en ignorant l’avis contraire de son théologien et cardinal de confiance Walter Kasper.

« Celui-ci, en février 2014, lors du discours inaugural du premier et dernier consistoire des cardinaux de ce pontificat, tout en suggérant un feu vert pour la communion des divorcés remariés, avait mis en garde contre “un élargissement des procédures en nullité” qui en fait “donnerait la dangereuse impression que l’Eglise serait en train de procéder de manière malhonnête en accordant ce qui serait en réalité un divorce”. »

Sandro Magister explique : « cet élargissement des procédures, François le voulait à tout prix et à sa manière, en particulier en confiant le rôle de vérifier les motifs de nullité et de prononcer les jugements non plus à des tribunaux ecclésiastiques régionaux, avec leurs magistrats et avocats dans le respect du droit, mais aux évêques eux-mêmes, en tant que pasteurs “et donc eux-mêmes juges” de leurs fidèles, avec des procédures radicalement simplifiées et de manière extra-judiciaire, dans un régime de gratuité totale pour les demandeurs. »

Pourquoi une telle obstination ? Selon le journaliste italien : « pour comprendre la logique que suit le pape François dans cette matière, il suffit d’aller au discours qu’il a tenu à la Rote romaine le 29 janvier 2021 pour l’inauguration de l’année judiciaire. […]

« Pour lui, c’est toujours une question d’argent et de soif de pouvoir, même pour les opposants actuels à sa réforme des procès en nullité matrimoniale. Il a déclaré, dans ce discours : “Cette réforme, surtout le procès rapide, a rencontré et rencontrera de nombreuses résistances.

« Je vais vous faire une confession : après cette promulgation, j’ai reçu beaucoup de lettres, beaucoup, je ne pourrais pas dire combien mais beaucoup. Presque toutes d’avocats qui perdaient leur clientèle. Et là, il y a le problème des sous. En Espagne, on dit : ‘Por la plata baila el mono’ – pour de l’argent, le petit singe danse.

« C’est un dicton qui est clair. Et ceci aussi, avec douleur : j’ai constaté dans certains diocèses la résistance de certains vicaires judiciaires qui avec cette réforme perdaient, je ne sais pas trop, un certain pouvoir, parce qu’ils se rendaient compte que le juge ce n’était pas eux, mais l’évêque. »

Le souci des pauvres est-elle la vraie raison de cette réforme abusive des procédures ? On est en droit de se le demander surtout dans l’Eglise en Italie qui était, comme le rappelle Sandro Magister, « l’une des mieux organisées au monde en cette matière, avec un réseau efficace de tribunaux régionaux et des coûts de procédure réduits, s’échelonnant d’un maximum de 525 euros jusqu’à la gratuité totale en fonction du niveau de vie des demandeurs.

« Les juges et les avocats commis d’office étaient directement rémunérés par la conférence épiscopale, avec les revenus du denier du culte. »

Toujours est-il que le résultat est là, conclut le vaticaniste : le démantèlement de « ce qu’il reste des tribunaux matrimoniaux dignes de ce nom, en Italie et dans le monde. Avec des jugements en nullité voués à ressembler de plus en plus à des annulations de mariage ayant échoué, c’est-à-dire à ce “divorce catholique” à propos duquel le cardinal Kasper avait – peine perdue ! – mis en garde le pape. »

Dans cette déliquescence généralisée, même le cardinal Kasper, très œcuménique promoteur du « consensus différencié », est dépassé par le promoteur d’une « Eglise polyédrique ».