Vietnam : une messe dominicale interrompue par des fonctionnaires

05 Avril, 2022
Provenance: fsspx.news

Des représentants du gouvernement vietnamien ont interrompu, dimanche 20 février 2022, la messe que célébrait Mgr Joseph Vu Van Thien, archevêque de Hanoï, dans la paroisse de Vu Ban, de la province de Hoa Binh. En visite pastorale de deux jours, l’archevêque se rendait dans les paroisses éloignées de la province montagneuse nord-ouest du Vietnam.

Au moment de la communion, deux fonctionnaires vietnamiens se sont rendus à l’autel, et prenant le micro du pupitre, ont ordonné à l’archevêque d’arrêter la cérémonie et à tous de se disperser. « Sinon, nous ferons des rapports et prendrons les mesures appropriées », menacèrent-ils, rapporte l’agence catholique Uca News.

Les prêtres et les paroissiens présents ont protégé l’archevêque et ont demandé aux officiels de quitter l’église. Après quoi, la messe a repris, devant les fidèles stupéfaits et secoués. L’un des deux représentants du gouvernement était le chef du Parti communiste de la ville de Vu Ban. La raison de cette intervention n’a pas été clairement établie.

Cependant, l’Eglise catholique de Hanoï a adressé une lettre aux autorités civiles du gouvernement provincial pour demander au Comité populaire de la province de Hoa Binh de respecter la liberté religieuse et les activités pastorales des fidèles catholiques de la province.

Transmise à l’Agence missionnaire vaticane Fides, la lettre est signée par le père Alphonso Pham Hung, directeur pastoral de l’archidiocèse de Hanoï : « Il s’agit d’un acte irrespectueux, d’un abus de pouvoir qui viole gravement le droit à la liberté religieuse, le droit à la pratique religieuse des évêques, des prêtres et des laïcs, et qui dénigre le saint rite de l’Eucharistie, qui est la liturgie la plus sacrée et la plus importante pour la foi des catholiques.

« Ce geste est inacceptable dans un pays où prévaut l’Etat de droit ; il a suscité l’indignation et la douleur de ceux qui ont assisté à la messe ainsi que de tous ceux qui ont vu les images sur le web et les médias sociaux. »

La note de l’Eglise de Hanoï a été distribuée à tous les fidèles de l’archidiocèse. Mgr Joseph Vu Van Thien a demandé de prier « pour que les problèmes de la pratique de notre foi dans la province de Hoa Binh soient bientôt résolus ».

Hoa Binh est une province montagneuse du nord-ouest du Vietnam, d’une superficie de 4.595,2 km2 avec une population totale de 854 000 habitants issus de six groupes ethniques : Muong, Kinh (Viet), Thai, Dao, Tay et Hmong.

Selon les statistiques de 2019, la province compte environ 21 000 catholiques, en partie sur le territoire du diocèse de Hung Hoa et en partie sur celui de l’archidiocèse de Hanoï. Parmi les 11 paroisses appartenant à l’archidiocèse de Hanoï, celle de Vu Ban, à 120 km de Hanoï, représente 450 fidèles desservis par le père François-Xavier Tran Van Lien, nommé en décembre 2020.

Un rapport publié récemment par la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, précise que le Vietnam reste un « pays particulièrement préoccupant » en matière de liberté religieuse, car s’il permet à ses citoyens de pratiquer librement leur religion, « la persécution gouvernementale reste une dure réalité face aux groupes religieux non enregistrés ».

En outre, les autorités continuent de soumettre les croyants et les défenseurs de la liberté religieuse à des peines de prison de longue durée.

Et de fait, le gouvernement vietnamien est sans doute l’un des plus durs envers la religion catholique, refusant – à de très rares exception près – de restituer les biens ecclésiastiques saisis lors de la prise de pouvoir des communistes, et s’immisçant régulièrement dans la vie de l’Eglise. Il n’est dépassé dans ce domaine que par la Chine, la Corée du Nord et peut-être par Cuba.