Vladimir Poutine enterre le projet de « Vatican orthodoxe »

01 Décembre, 2020
Provenance: fsspx.news
La laure la Trinité-Saint-Serge

Le projet pharaonique de construction d’un nouveau siège pour le Patriarcat de Moscou a été définitivement rejeté, le 11 novembre 2020. Une décision qui cacherait une certaine mésentente entre le président de la Fédération de Russie, et le chef de file de l’église autocéphale dite « orthodoxe ».

Le projet de relocalisation des bureaux administratifs du Patriarcat de Moscou à Sergiev Posad, sise à 70 km de la capitale, était en débat depuis 2019. Cette ville de 100.000 habitants abrite déjà la célèbre laure de la Trinité-Saint-Serge, vaste ensemble de près de 23 hectares, renfermant onze églises, classé au patrimoine de l’Unesco.

Prévu pour être achevé d’ici 2025, le projet prévoyait la restructuration d’environ un tiers du territoire de la ville par des bâtiments administratifs civils et des édifices religieux, qui auraient permis de regrouper les services ecclésiaux dispersés dans la capitale, un musée orthodoxe, un centre de congrès et les représentations des Eglises autocéphales.

Le coût total avait été estimé à environ 140 milliards de roubles, soit un milliard et demi d’euros. Protoierej Leonid Kalinin, qui soutenait cette réalisation imposante au nom du patriarcat moscovite, appelait déjà le futur centre spirituel la « capitale de l’orthodoxie ».

Coup de théâtre le 5 novembre dernier : le nouveau Plan général pour le district de la ville de Sergiev Posad était approuvé, mais toute mention de construction de bâtiments pour le patriarcat avait disparu…

La raison officielle de l’annulation n’a pas été rendue publique. Le coût élevé du projet n’y est sûrement pas pour rien, étant donnée la situation des finances publiques depuis le début de la pandémie.

Vladimir Poutine fatigué des disputes intra-orthodoxes

Mais certains commentateurs – dont Asianews s’est fait l’écho – évoquent un Vladimir Poutine fatigué de couvrir avec l’argent de l’Etat les « défaites de politique étrangère du patriarche Kirill », accusé de s’être fourvoyé en décidant la rupture des relations avec le patriarcat œcuménique de Constantinople, en raison de la reconnaissance de l’Eglise autocéphale ukrainienne.

De fait, dans le projet de « Vatican orthodoxe », treize sièges étaient réservés aux différentes églises autocéphales, à commencer par celle de Constantinople. Mais la fin des relations avec le patriarcat de Constantinople a entraîné une rupture en chaîne avec les églises d’Athènes, de Chypre, d’Alexandrie…

La plupart des sièges seraient donc restés vides : le ridicule ne tue pas, mais il incline toute de même le président russe à la prudence, évitant d’installer en grande pompe une « papauté de Moscou » dépourvue d’une quelconque crédibilité.

Et pour cause, l’unité, la vraie, ne peut se faire que dans fidélité à la foi de toujours, autour du Siège de Pierre. Il est de fait que les « Eglises orthodoxes » sont des églises nationales, n’ayant donc pas le caractère “catholique”, c’est-à-dire « universel ». C’est ce qui rend leur union si fragile et si friable. Et qui les rend si dépendantes du pouvoir politique, même pour la construction de leur centre spirituel…