Zimbabwe : l’Eglise catholique en première ligne

14 Octobre, 2020
Provenance: fsspx.news
Cathédrale du Sacré-Cœur à Harare

Impliquée dans un rôle délicat de médiation, afin d’apaiser les tensions économiques et ethniques qui minent leur pays, les évêques catholiques du Zimbabwe s’élèvent depuis plusieurs semaines contre les mesures répressives et autoritaires du parti au pouvoir.

Au Zimbabwe, les difficultés s’amoncellent entre l’Eglise et le régime autoritaire du président Emmerson Mnangagwa.

Le samedi 15 août 2020, la ministre de l’information, Monica Mutsvangwa, accusait l’Eglise – en la personne de Mgr Robert Ndlovu, archevêque de Harare et président de la Conférence des évêques du Zimbabwe (ZCBC) – d’attiser les conflits ethniques et de mener les catholiques vers « un génocide de type rwandais ».

Mme Mutsvangwa accusait encore Mgr Ndlovu de vouloir « attiser la psychose de la victimisation sociale » parmi les Ndébélés – minorité ethnique à laquelle appartient Mgr Ndlovu –, en cherchant à rendre « coupables collectivement » les Shona – majorité à laquelle appartient le président Mnangagwa.

L’accusation fait référence au Gukurahundi – terme shona qui se traduit par « la pluie précoce qui lave l’ivraie avant les pluies printanières ». Il s’agit d’une série de massacres de civils Ndébélés perpétrés par l’armée de l’ancien président du Zimbabwe, Robert Mugabe de l’ethnie Shona, entre 1983 et 1987.

Les avertissements épiscopaux

Le 16 août, une lettre pastorale de la ZCBC demandant aux autorités de Harare d’assumer leurs responsabilités, face à la dramatique crise économique et sanitaire que traverse le pays, a été lue dans toutes les paroisses.

La tension est encore montée d’un cran au début du mois d’octobre 2020, en raison d’une vague de répression déclenchée par le pouvoir en place envers ses opposants.

« Ils portent au bain de sang, ils tuent. Au lieu de la liberté, ils apportent la prison. Ils apportent la violence et emprisonnent tous ceux qui s’opposent à eux. La seule chose qu’ils connaissent est la violence », s’est ainsi élevé Mgr Raymond Tapiwa Mupandasekwa, évêque de Chinhoyi.

Le prélat a par ailleurs vertement critiqué un récent décret du vice-président – Constantino Chiwenga – visant à enrôler de force dans les rangs de l’armée, les étudiants en médecine fraîchement diplômés, sous peine d’être privés d’exercer dans les établissements de santé publics.

La mesure vise à réprimer le mouvement croissant de grogne des personnels de santé qui dénoncent l’incapacité de l’Etat à gérer, au sein des hôpitaux, les questions sanitaires liées notamment à l’épidémie du Covid-19 : l’on dénombre plus de 5.000 cas pour une population d’environ 15 millions d’habitants.

Depuis plus d’une dizaine d’années, le Zimbabwe est plongé dans une grave crise économique, marquée par une hyperinflation initiée par l’ancien président Robert Mugabe, ayant atteint aujourd’hui 837%. Sans parler des conflits ethniques qui minent également le pays.