Allemagne : le blitzkrieg des lobbies pro euthanasie
Le Parlement allemand
Deux projets de lois visant à donner un cadre légal à l’euthanasie, viennent d’être présentés au Bundestag. Dans le même temps, l’ordre fédéral des médecins vient d’effacer de son code de déontologie l’interdiction du suicide assisté, intimée jusqu’ici à tout praticien.
Outre-Rhin, ne parlez surtout pas d’euthanasie : un terme qui constitue encore l’un des rares tabous dans la société allemande, car il évoque immanquablement le macabre plan Aktion T4 mis en œuvre dès 1939 par le régime national-socialiste, afin de supprimer les personnes en situation de handicap.
C’est pourtant bien cette réalité que des parlementaires allemands tentent de faire renaître de ses cendres, sous l’expression aseptisée de suicide assisté.
Le 21 avril 2021 en effet, deux projets de loi ayant vocation de légaliser le suicide assisté (Sterbehilfe, dans la langue de Goethe) ont été déposés au Bundestag.
Le premier est transpartisan, soutenu par Die Grüne (les Verts) et quelques démocrates-chrétiens de la CDU. Il prévoit la libéralisation du suicide assisté pour les patients – majeurs ou mineurs – qui seraient atteints de maladies graves et incurables.
Le second, porté par une vaste coalition de gauche allant du SPD à Die Linke, en passant par les libéraux-démocrates du FDP va beaucoup plus loin : le caractère incurable de la pathologie n’est plus exigé, le rôle du médecin se bornant à prendre acte des motifs du demandeur avant de lui prescrire le produit létal par lequel il pourra mettre fin à ses jours.
Deux projets qui vont plus loin que les autres législations européennes actuellement en vigueur sur l'euthanasie, car désormais, la porte est ouverte à la mise à mort légale de patients ne souffrant pas d'une pathologie incurable.
Une assistance au suicide pourrait ainsi dans le futur être octroyée à des patients momentanément dépressifs, souhaitant mettre fin à leurs jours dans un moment de faiblesse, et d'y parvenir en peu de temps, en toute légalité : on se demande, dans de tels cas, où se trouve vraiment la frontière entre le meurtre et le suicide…
Est-ce un hasard ? Trois semaines environ après l’ouverture du débat au Bundestag, l’ordre des médecins se réunissait le 4 mai dernier pour sa 124e journée fédérale.
A l’issue d’un âpre débat, il a été décidé à la majorité de supprimer l’interdiction de l’aide au suicide contenue à l’article 16 du code de déontologie médicale.
Mais qu’en pense les Allemands ? Selon un sondage en ligne mené par YouGov fin avril dernier, auprès de 2 057 personnes présumées « représentatives », près des trois quarts des sondés (72 %) ont indiqué soutenir la légalisation de l’euthanasie : en 2019, ils n’étaient « que » 67 % à le demander…
La société allemande semble donc être mûre pour l’ultime transgression du suicide assisté qui, quels que soient les éléments de langage employés, ne manquera pas d’évoquer les heures les plus sombres de l’Histoire outre-Rhin.
L’Eglise allemande interviendra-t-elle d’une voix claire et à l’unisson dans le débat ? Peu de risques de ce côté-là, puisque la conférence épiscopale semble plus que jamais frappée par un Alzheimer doctrinal et moral, au point de perdre tous ses repères.
(Sources : Die Tagepost/Institut européen de bioéthique – FSSPX.Actualités)
illustration : © Jorge Royan (CC BY-SA 3.0)