Angleterre. Le cardinal O’Connor signe une charte œcuménique avec les Anglicans.
Le 2 juin, en plein jubilé royal, devant Sa Majesté la Reine Elizabeth II dAngleterre, chef de léglise anglicane, une « Alliance personnelle » fut conclue et signée entre le cardinal archevêque de Westminster, Cormac Murphy-OConnor, larchevêque protestant de Canterbury, le docteur George Carey et dautre représentants religieux de la Grande-Bretagne. Cette alliance commune nest pas simplement une promesse faite par chaque partie de concourir au bien commun du royaume. Elle est une véritable déclaration commune. Plus encore, elle est une profession de foi. Commençant comme cette dernière, la déclaration sannonce comme un nouveau Credo.
La déclaration atteste que les multiples sectes protestantes, tout comme les catholiques, sont mues par lEsprit-Saint, sans distinction aucune ; elle atteste que lunité de lEglise du Christ est encore à faire ; elle souhaite développer une discipline et une liturgie communes à toutes les églises chrétiennes du royaume ; elle déclare que lEglise catholique a beaucoup à apprendre des Anglicans Affirmation étrange si lon considère que lEglise anglicane nexisterait pas sans lEglise catholique.
Bien que devenue une pratique courante dans plusieurs diocèses britanniques depuis le concile Vatican II, cette déclaration revêt une importance particulièrement grave à cause de la haute dignité des signataires. La signature quHenri VIII, Cromwell et Cranmer, évêque concubinaire et hérésiarque de Canterbury, nont pas réussi à extorquer du Cardinal John Fisher et de saint Thomas More, le cardinal Murphy-OConnor la volontairement apposée.
Les saints refusaient dacquiescer à lacte de suprématie par lequel Henri VIII simposait comme chef unique de lEglise de Dieu en Angleterre.
Par son engagement « à travailler en vue de réaliser lunité visible de lEglise de Jésus-Christ », le Cardinal Murphy-OConnor reconnaît que cette église dElizabeth est une partie intégrante de lunique Eglise de Dieu. Elizabeth est donc réellement chef religieux, à la tête dune église mue par le Saint Esprit, tout comme lEglise catholique.
Cette déclaration du primat de lEglise catholique anglaise est une capitulation spectaculaire face aux forces de lhérésie. Pour une Eglise catholique qui a subi 200 ans de persécutions sanglantes, 200 ans pendant lesquels un catholique navait droit à aucune reconnaissance de ses droits civiques, la trahison de son chef na dégale que la perversité de son prédécesseur, Cranmer.
Lors de la messe daction de grâce pour le jubilé de la reine, le cardinal témoignait sa joie davoir prié ensemble avec les protestants : « Jai participé aujourdhui à un service cuménique daction de grâce à la chapelle St-George de Westminster. ( ) Je suis fier du progrès cuménique de ces dernières années, qui nous permet de prier et rendre grâce ensemble comme des chrétiens, comme jai fait avec mes frères chrétiens ce matin. »
Quelque 400 ans auparavant, en lan 1581, saint Edmond Campion fut sauvagement martyrisé pour son refus de reconnaître la nouvelle église anglicane et la souveraineté spirituelle de laïeule dElizabeth II, Elizabeth I de triste mémoire.
Alors que « Campion, debout sur léchafaud se tenait en prière, un clerc anglican essaya de diriger ses prières, mais Campion répondit doucement : Monsieur, vous et moi ne sommes pas de la même religion. Je nempêche personne de prier, mais je désire que seuls ceux qui sont de la même foi prient avec moi, et dans mon agonie, récitent un Credo avec moi. » (Evelyn Waugh, Edmund Campion)
Sans doute le cardinal-primat est-il de la famille de ceux avec lesquels il prie aujourdhui.