Argentine : la mise sur écoute d’un évêque fait scandale

Les révélations concernant les pratiques d’espionnage du gouvernement argentin à l’encontre de plusieurs prêtres et évêques ont jeté un froid entre l’Eglise et le pouvoir. La Conférence des évêques du pays dénonce de son côté le « crime de l’espionnage illégal ». 

L’exécutif argentin aurait-il les oreilles un peu trop grandes ? C’est ce que doit penser Mgr Jorge Lugones, évêque de Lomas de Zamora (Argentine) depuis que la justice argentine a révélé le 11 juin 2020, les pratiques de l’Agence fédérale de renseignement (AFI). 

Cette dernière aurait fiché et mis sous écoute 500 personnalités pendant la présidence de Mauricio Macri (2015-2019), dont un certain nombre de prêtres et l’évêque de Lomas de Zamora, réputé proche du souverain pontife. 

Les révélations relayées par les médias ont déclenché une vive réaction de la Conférence des évêques d’Argentine qui a condamné ce qu’elle qualifie de « crime d’espionnage illégal ». 

L’Agence fédérale a mis sur écoute Mgr Lugones et a aussi surveillé ses comptes bancaires et les dépenses de ses cartes de crédit. Le prélat est connu pour son profil « social », ayant développé beaucoup de liens avec les syndicats du pays. Les conversations téléphoniques de l'évêque avec le pape François auraient également été captées par les agents de l’AFI, selon les révélations faites par le magistrat chargé de l’enquête, Federico Villena. 

Mgr Lugones n’est pas le premier à être surveillé de près par le pouvoir : déjà, sous la présidence Kirchner - que ce soit celle de Cristina et celui de son mari Nestor Kirchner, qui a dirigé le pays entre 2003 et 2007 - celui qui était encore le cardinal Jorge Bergoglio, avait également été la cible d’écoutes diligentées par le sommet de l’Etat. 

On raconte à ce propos que le futur pontife argentin avait l’habitude d’augmenter le volume de sa radio lorsqu’il présidait d’importantes réunions dont le contenu devait rester confidentiel. Son email aurait même été piraté par l’exécutif. 

Il y a fort à parier que les révélations de la justice argentine ne soient pas de nature à améliorer les relations entre l’Eglise et l’exécutif argentin, déjà envenimées par la question de l’avortement que le pouvoir actuel souhaite légaliser dans le pays.