Argentine : Le vote de la loi sur le «mariage homosexuel» et la réaction des évêques

Source: FSSPX Actualités

Abbé Christian Bouchacourt

L’abbé Christian Bouchacourt, supérieur du district d’Amérique du Sud de la Fraternité Saint-Pie X, a publié un communiqué que l’on peut lire dans nos Documents. Il a bien voulu donner à DICI les précisions suivantes qui éclairent le rôle de la hiérarchie ecclésiastique argentine d’un jour différent de celui sous lequel les médias officiels l’ont présenté.

 Ce 15 juillet, après une journée et une nuit entière de débats houleux, les sénateurs ont voté à 4 heures du matin la loi par 27 voix contre, 33 pour et 3 abstentions. Par ce vote ils ont jeté l'Argentine au pied du calvaire, car non seulement le "mariage gay" a été légalisé mais aussi l'adoption des enfants par les couples homosexuels.

Durant ces heures pitoyables il y a eu des marchandages honteux de voix, des capitulations de la part de sénateurs catholiques et des absences de certains d’entre eux dans l'hémicycle comme ce fut le cas chez nous lorsque fut votée la loi en faveur de l'avortement. Les débats ont été parfois d'une violence inouïe.

Une sénatrice catholique a fait une défense magnifique du mariage conforme à la loi divine. Traitée de nazie par des défenseurs du projet, elle s'est effondrée en larmes devant les caméras. Il faut savoir que ce vote faisait suite à celui de la chambre des députés qui avait approuvé la loi assez largement. Selon les calculs, tout laissait penser que les sénateurs refuseraient d'approuver un tel projet. Les sombres tractations et la lâcheté de certains ont tout fait basculer.

L'épiscopat a réagi avec une certaine fermeté, mais tard... Lors des grands rassemblements les évêques ont diffusé des messages terriblement édulcorés. Par exemple, la veille du vote du projet de loi, des laïcs catholiques sous la dépendance du cardinal Bergoglio, archevêque de Buenos-Aires, ont organisé une grande manifestation avec les... évangélistes. Il y avait 120.000 personnes.

Le cardinal a adressé un message qui fut lu par une femme – lui-même était absent –, ce message s'appuyait uniquement sur le droit naturel. Le nom de Dieu n'a pas même été prononcé, ce qui est impensable en Argentine dans un pays à 90% catholique. Le nom de la Vierge Marie n'a pas non plus été prononcé, ce qui est tout aussi incroyable dans un pays aussi marial. En clair, le cardinal a adopté un profil bas.

Au contraire, le discours du pasteur évangéliste a été enflammé, il y a défendu les droits de Dieu, les Commandements etc... Il a gagné la sympathie des assistants. Il a fait ensuite résonner une prière évangéliste tonitruante, comme ces protestants en ont le secret. Mais pas une prière catholique n'a été récitée, alors que tout le monde l'attendait. Il fallait voir non seulement la déception mais aussi la révolte de nombreux catholiques après le discours du cardinal.

Très nombreux sont ceux qui criaient à la trahison. La foule des catholiques est repartie dans le désarroi. J'ai pu lire dans la presse française, et même dans des journaux de la mouvance traditionnelle, que les évêques argentins ont été très courageux. C'est faux, à de rares exceptions près ! Pour en revenir au cardinal Bergoglio, il a bien envoyé une lettre remarquable aux carmélites de Buenos-Aires. Mais ce document était privé, bien que diffusé sur Internet.

Tout le monde attendait un discours de cette teneur lors du rassemblement du 13 juillet, mais il en a été tout autrement : ce fut un jus d'eau tiède. Il ne fallait ni attaquer ni choquer. De plus l'épiscopat n'a utilisé aucun moyen surnaturel pour combattre le projet, alors que la population aurait répondu avec enthousiasme à une croisade de chapelets, de messes, de sacrifices… Rien, absolument rien n'a été organisé au niveau national ! Pourtant les catholiques argentins savent encore répondre généreusement à un appel lancé par leurs pasteurs. Ainsi, chaque année, de Buenos Aires à Lujan, le Lourdes argentin, ce ne sont pas loin de 1 million de pèlerins qui font à pied les 70 km du pèlerinage pour honorer la Mère de Dieu.

Par cette défaite cuisante, l'Eglise paie ses errances de la période post conciliaire. Depuis des décennies, son message est celui d'un parti de centre gauche. Elle devient chaque jour plus inaudible. Les jeunes désertent les églises, et les sectes font le plein. Face à cela, le district de la FSSPX en Amérique du Sud va célébrer des messes de réparation dans ses prieurés et chapelles. Beaucoup de ces messes seront célébrées le 22 juillet jour de la fête de sainte Marie-Madeleine, la pénitente qui pleura ses péchés.

Nous pleurerons, nous aussi, ce grave péché commis contre Dieu par les élus de la nation et lui demanderons pardon. A ce jour, des évêques ont réagi à ce vote de façon isolée et fataliste, mais la conférence épiscopale n'a fait encore aucune déclaration. Ce qui est grave pour finir, c'est que l'Argentine est le premier pays d'Amérique du Sud à avoir voté cette loi. La porte s'est entrouverte, et maintenant tous les pays du continent, les uns après les autres, vont s’y engouffrer... L'Argentine est à l'Amérique du Sud ce que la France est à l'Europe. Elle a montré le mauvais exemple, elle sera suivie dans le chaos... Que Dieu ait pitié de nous !

Padre Christian Bouchacourt, par courrier électronique du 17/07/10.