Bénin : 160 ans d’une évangélisation fructueuse

Source: FSSPX Actualités

Statue élevée en l’honneur du Père Francisco Borghero à Ouidah

Le Bénin célèbre cette année le cent soixantième anniversaire de l’implantation durable de l’Eglise sur sa terre, alors Royaume du Dahomey. En 2021, c’est au défi du syncrétisme et des sectes que doit faire face l’Eglise dans le pays.

« 18 avril, jeudi. Dans la matinée, nous gagnons un peu dans le Nord pour découvrir la terre. […] Vers midi, nous arrivons devant le comptoir de Whydah (Ouidah). […] Nous y recevons l’hospitalité jusqu’à ce que nous trouvions une installation pour y établir la mission. »

C’est par ces quelques lignes, consignées en hâte dans son journal de bord, que le père Francesco Borghero, religieux de la Société des missions africaines (SMA), évoque l’implantation de l’Eglise au Dahomey.

Le prêtre, originaire de Gênes (Italie), est entré dans la SMA en 1858, à l’occasion d’une rencontre fortuite avec son fondateur, Mgr Melchior de Marion-Brésillac.

Débarqué à Ouidah le 18 avril, le missionnaire, âgé de 31 ans, prépare sa rencontre avec le roi Glélé depuis des semaines : « j’ai posé nettement les conditions suivantes, écrit-il dans son journal.

1) de n’être forcé par le Roi d’aucun acte qui fût contraire à mes croyances religieuses ;

2) que dans tous les endroits de la ville par où j’aurais dû passer en forme solennelle (…), fussent ou enlevées, ou couvertes (…), toutes espèces d’idoles, de fétiches ou tout autre objet de superstition ;

3) que je n’assisterai à aucune cérémonie dans laquelle on aurait sacrifié la vie de quelqu’un et que personne ne fût tué en mon honneur… »

On est loin de l’œcuménisme post-conciliaire. Et pourtant, le roi accepte sans sourciller les exigences de son hôte. A la fin de l’audience, il raccompagne lui-même le missionnaire à l’extérieur de son palais : du jamais-vu avec un étranger. Et le royaume s’ouvre à l’Evangile.

Pendant les quatre années de sa présence dans le Vicariat du Dahomey, le père Borghero voyage beaucoup : du Liberia à l’île de Fernando-Po. Il se propose de fonder des communautés chrétiennes au sein desquelles un soin tout particulier sera donné à l’enseignement.

Ainsi, le 10 février 1862, soit moins d’un an après son arrivée, le missionnaire, aidé par le père Francesco Fernandez, fonde au fort portugais de Ouidah, la première école catholique du Dahomey. Son but : œuvrer à la formation d’une élite autochtone.

Des efforts qui vont payer, puisque cent soixante ans plus tard, l’Eglise catholique au Bénin représente un peu plus de 25% de la population, gère 523 établissements dont 113 écoles maternelles, 266 écoles primaires, 138 collèges et lycées, 5 universités, et une école normale dédiée à la formation des futurs enseignants.

Une excellence qui ne se dément pas avec le temps : lors du baccalauréat 2018, les cinq premiers lauréats au classement national provenaient exclusivement d’écoles catholiques.

Mais au XXIe siècle, le Bénin fait face à un nouveau danger : l’invasion de sectes de toutes sortes. « Le grand défi que l’Eglise au Bénin devra relever aujourd’hui, c’est l’évangélisation en profondeur », remarque Constant Ehoumi.

Ce journaliste catholique alerte sur « le syncrétisme est rampant » qui se diffuse dans le pays. « Sans être appelés ou forcés, des catholiques courent la nuit auprès des acteurs des religions endogènes ou des sectes, en quête de pouvoirs occultes, d’argent ou de bien-être », explique-t-il.

Pour retrouver le souffle évangélisateur du XIXe, il faut se souvenir des conseils du père Borghero. Au début de son Journal, il détaille les qualités dont doit être revêtu l’authentique missionnaire.

« Un missionnaire doit avant tout avoir l’esprit des Apôtres, l’amour de N. S. Jésus Christ à un degré héroïque, le désir ardent de propager l’Eglise parmi tous les peuples. C’est là son patrimoine principal. Mais pour bien l’employer au milieu des hommes, et surtout au milieu des peuples barbares, il a besoin encore de ces moyens humains qui tiennent à la vie extérieure.

« En conséquence, outre les études sacrées propres à l’état ecclésiastique, le missionnaire, lancé au milieu des peuplades éloignées encore plus moralement que physiquement de toute civilisation, se trouve dans la nécessité de connaître encore un certain nombre de langues, de posséder les notions élémentaires de l’astronomie, la géographie, l’architecture, la médecine et la petite chirurgie, l’agriculture et même savoir se servir de ses mains pour être au besoin menuisier, forgeron et tailleur.

« Sans compter qu’il a besoin plus que personne d’être durci à la fatigue des marches à pied, aux ardeurs du soleil, à la rigueur du froid, et savoir trouver sa nourriture dans les choses les plus simples, se contenter de peu de chose, pouvoir dormir sur la dure, sur la terre et à ciel ouvert quand les circonstances l’exigent. »

Une description qui, sans aucun doute, reflète l’auteur de ces lignes et son amour débordant du Christ et des âmes à lui conquérir.