Benoît XVI au Royaume-Uni : Le rôle des catholiques dans une société sécularisée

Lors de sa visite de quatre jours au Royaume-Uni (16-19 septembre 2010), les déclarations de Benoît XVI ont porté sur quatre thèmes plus particulièrement :

 1. le scandale des prêtres pédophiles ; 2. le rôle des catholiques dans une société fortement sécularisée – avec un rappel de la mission des évêques ; 3. le dialogue œcuménique avec les anglicans ; 4. l’exemple donné par le cardinal John Henry Newman qu’il avait tenu à béatifier personnellement.

2- Le rôle des catholiques dans une société sécularisée Le 16 septembre, en fin d´après-midi, célébrant la messe au grand parc Bellahouston de Glasgow (Ecosse), devant 70.000 fidèles, Benoît XVI a exhorté les catholiques écossais à s´engager dans la société, à faire la promotion des valeurs chrétiennes dans l´espace public. Il a également invité les jeunes à préférer le Christ aux tentations telles que la drogue, l´argent et la pornographie. « L´évangélisation de la culture est d´autant plus importante de nos jours, alors qu´une dictature du relativisme menace d´obscurcir l´immuable vérité sur la nature humaine, sa destinée et son bien suprême », a affirmé le pape au cours de l´homélie. « Certains cherchent aujourd’hui à exclure la croyance religieuse du discours public, à la limiter à la sphère privée ou même à la dépeindre comme une menace pour l’égalité et pour la liberté ».

Pourtant, a soutenu Benoît XVI, « la religion est en fait une garantie de liberté et de respect authentiques, car elle nous conduit à considérer chaque personne comme un frère ou une sœur ». Le pape a alors souhaité lancer « un appel particulier » aux « fidèles laïcs », leur demandant d’être « des exemples de foi dans la vie publique », mais aussi d’« introduire » et de « promouvoir dans le débat public l´argument d´une sagesse et d´une vision de foi ». « La société d´aujourd´hui, a-t-il poursuivi, a besoin de voix claires qui prônent notre droit de vivre, non pas dans une jungle de libertés autodestructrices et arbitraires, mais dans une société qui travaille pour le vrai bien-être de ses citoyens et qui, face à leurs fragilités et leurs faiblesses, leur offre conseils et protection ».

C´est aux « jeunes catholiques d´Écosse » que le pape a ensuite lancé une invitation : « Je vous invite à mener une vie digne de Notre Seigneur et de vous-mêmes. Chaque jour, vous êtes soumis à de nombreuses tentations – drogue, argent, sexe, pornographie, alcool – dont le monde prétend qu´elles vous donnent le bonheur ». « Mais ces choses détruisent et divisent », a-t-il rappelé ajoutant qu´il n’y a qu’une « seule chose » qui soit « durable » : « l´amour de Jésus-Christ pour chacun de vous personnellement ». « Cherchez-le, connaissez-le et aimez-le, et il vous rendra libres de l´esclavage d´une existence attrayante mais superficielle, souvent proposée par la société d´aujourd´hui », a lancé Benoît XVI devant de très nombreux jeunes. Et de les inviter à laisser de côté « ce qui ne vaut rien ». Le souverain pontife a aussi adressé un message aux « professionnels catholiques », aux « hommes politiques » et « professeurs » de la nation écossaise.

Il les a ainsi invités « à ne jamais perdre de vue leur vocation qui est de mettre leurs talents et leur expérience au service de la foi, en s´engageant à tous les niveaux de la culture contemporaine écossaise ». Un peu plus tôt, dans son premier discours officiel sur le sol britannique, au Palais royal de Holyroodhouse (Ecosse), en présence de la reine Elizabeth II, Benoît XVI avait demandé que le Royaume-Uni « n´enfouisse pas les fondements chrétiens qui sous-tendent ses libertés ». « Aujourd´hui, le Royaume-Uni s´efforce d´être une société moderne et multiculturelle », a relevé le pape. « Dans ce noble défi, a-t-il poursuivi, puisse-t-il garder toujours son respect pour les valeurs traditionnelles et les expressions de la culture que des formes plus agressives de sécularisme n´estiment ni ne tolèrent même plus ! ».

Aux yeux du pape, « les profondes racines chrétiennes » du Royaume-Uni « restent présentes dans toutes les strates de la vie britannique ». – A propos de ce « défi de la société moderne et multiculturelle », lire notre commentaire. Le Royaume-Uni ne compte que 6 millions de catholiques sur une population de plus de 59 millions d’habitants majoritairement anglicans, mais, selon certains observateurs, avec la chute de la pratique religieuse chez les anglicans et les flux migratoires, le nombre de catholiques pratiquants tendrait aujourd´hui à être plus élevé que celui des anglicans assistant aux offices.

Le matin du 17 septembre, à Londres, dans le quartier de Twickenham, Benoît XVI a interpellé les jeunes britanniques en ces termes : « J´espère que, parmi ceux d´entre vous qui m´écoutent aujourd´hui, se trouvent des futurs saints du 21e siècle », et il a fait remarquer : « Il n´arrive pas souvent qu´un pape, ou même une autre personne, ait la possibilité de parler à des étudiants de toutes les écoles catholiques d´Angleterre, du Pays de Galles et d´Ecosse à la fois ». - En effet, cette rencontre sur le campus de l´université St Mary était retransmise en direct dans une partie des 2.800 écoles et universités catholiques du Royaume-Uni.

« Nous vivons dans une culture de la célébrité, et les jeunes sont souvent encouragés à se modeler sur des personnalités du monde du sport ou du spectacle », a noté le pape avant de demander à nouveau aux jeunes de « devenir des saints ». « L´argent, a-t-il précisé, permet d´être généreux et de faire du bien dans le monde, mais à lui seul, il ne suffit pas à nous rendre heureux ». Enfin, le pape a expliqué qu´une « bonne école » devait pourvoir à « une éducation complète de la personne tout entière », et qu´une « bonne école catholique, en plus de cela, devrait aider tous ses élèves à devenir des saints ». Auparavant, devant plusieurs centaines de religieux et religieuses du monde de l´éducation catholique, mais aussi devant le Secrétaire d´Etat britannique pour l´éducation, Benoît XVI a affirmé que l´éducation n´était pas et ne devait jamais être « considérée selon une optique purement utilitaire ».

« La présence de religieux dans les écoles catholiques est vraiment un puissant rappel de l´esprit catholique, souvent remis en cause, qui doit imprégner tous les aspects de la vie scolaire », a-t-il déclaré. Au cours de la veillée de prière qu´il présidait à Hyde Park, en plein cœur de Londres, dans la soirée du 18 septembre, Benoît XVI a appelé les catholiques à ne pas renoncer à leur « tâche ». Il a exhorté les 80.000 fidèles présents à ne pas faire abstraction de « la profonde crise de la foi qui a ébranlé notre société » et à ne pas tenir pour acquis « le patrimoine des valeurs transmises par des siècles de chrétienté ».

Depuis un imposant podium couvert d´une voûte en toile et dont le fond évoquait la décoration des églises romanes, le pape a rappelé le sort dramatique des martyrs catholiques autrefois torturés à Tyburn, localité désormais intégrée à la ville de Londres. Il s’est réjoui qu´« à notre époque, le prix à payer pour la fidélité à l´Evangile (ne soit) plus la condamnation à mort par pendaison ou par écartèlement », toutefois il s´est dit conscient que cette fidélité à l’Evangile « entraîne souvent d´être exclus, ridiculisés ou caricaturés ».

Face à cette situation, a aussitôt précisé le souverain pontife, « l´Eglise ne peut renoncer à sa tâche » et doit « proclamer le Christ et son Evangile comme vérité salvifique, source de notre bonheur individuel ultime et fondement d´une société juste et humaine ». Avec « réalisme », le pape a en outre constaté qu´« il est manifeste que les chrétiens ne peuvent plus se permettre de mener leurs affaires comme avant ». Ils ne peuvent notamment « ignorer la profonde crise de la foi qui a ébranlé notre société, ni même être sûrs que le patrimoine des valeurs transmises par des siècles de chrétienté, va continuer d´inspirer et de modeler l´avenir de notre société ».

Pour autant, a souligné Benoît XVI, « chacun de nous, selon son propre état de vie, est appelé à œuvrer pour l´avènement du Royaume de Dieu en imprégnant la vie temporelle des valeurs de l´Evangile ». « Chacun de nous a une mission, a renchéri le pape, chacun de nous est appelé à changer le monde, à travailler pour une culture de la vie, une culture façonnée par l´amour et le respect de la dignité de toute personne humaine ». Peu après avoir prononcé ces paroles, le pape s´est agenouillé pour adorer le Saint-Sacrement. L´assemblée des fidèles a ensuite imité le pape en priant, à genoux sur l´herbe, avec un recueillement qui plongea tout le parc dans le silence.