Benoît XVI invite les fidèles à aller à contre-courant

Lors de son audience générale hebdomadaire, devant quelque 6.500 fidèles réunis dans la Salle Paul-VI au Vatican, pour le premier jour du Carême 2010, le pape a rappelé que « la conversion à laquelle nous sommes appelés ne doit pas être comprise comme un simple ajustement de notre vie, mais comme une véritable marche arrière ». « Se convertir », a précisé Benoît XVI, « signifie proprement ‘aller à contre-courant’, ce courant qui n´est autre qu´un style de vie superficiel et incohérent qui souvent nous entraîne, nous domine et nous rend esclaves et prisonniers du mal et de la médiocrité morale ». Aux yeux du pape, « bien plus qu´une décision morale », la conversion permet d'accéder au plus haut de la vie chrétienne, en pratiquant l'Evangile vivant et personnalisé qu'est Jésus-Christ » : « Il est le but et le sens de la conversion, la voie dans laquelle nous sommes tous appelés à avancer, éclairés par sa lumière, soutenus par sa force qui aide nos pas ». « ‘Convertissez-vous et croyez en l'Evangile’ n'est pas qu'au début de la vie chrétienne. Il doit accompagner chacun de nos pas, se renouveler et se manifester en tout. Chaque jour est favorable à la grâce... »

Quelques jours plus tôt, le 4 février, le Saint Père avait consacré son Message de Carême au thème de la justice, invitant les fidèles à « sortir de ce rêve qu´est l´autosuffisance, de ce profond repli sur soi qui génère l´injustice ». Dans ce message diffusé en 7 langues, Benoît XVI a pointé du doigt « une tentation permanente chez l´homme » : celle de chercher « l´origine du mal dans une cause extérieure. » Le pape a regretté que « de nombreuses idéologies modernes véhiculent » ce principe : « puisque l´injustice vient du dehors, il suffit d´éliminer les causes extérieures qui empêchent l´accomplissement de la justice ». Au contraire, aux yeux du souverain pontife, l´injustice « trouve son origine dans le cœur humain où l´on découvre les fondements d´une mystérieuse complicité avec le mal. Le psalmiste le reconnaît douloureusement : « Vois dans la faute je suis né, dans le péché ma mère m’a conçu. » (Ps 51,7) ». L´homme, a-t-il expliqué, « découvre en lui une force de gravité étonnante qui l´amène à se replier sur lui-même, à s´affirmer au-dessus et en opposition aux autres : (...) l´égoïsme conséquence du péché originel. Adam et Eve ont été séduits par le mensonge du Satan. En s’emparant du fruit mystérieux, ils ont désobéi au commandement divin ».

Poursuivant son analyse, le souverain pontife a ensuite évoqué comment Dieu est venu rétablir toute justice. D’abord en enseignant à Moïse la vertu à pratiquer envers le prochain, à l’imitation de Dieu qui « de la poussière relève le faible » (Ps 113,7) en libérant son peuple du joug de l’injustice qu’il subissait en Egypte. Cependant l’espérance de justice est pleinement assouvie par la justice du Christ.

« C’est avant tout une justice née de la grâce où l’homme n’est pas sauveur et ne guérit ni lui-même ni les autres ». Par son expiation « accomplie dans le sang du Christ », « l’homme n’est pas délivré du poids de ses fautes par ses sacrifices, mais par le geste d’amour de Dieu qui a une dimension infinie, jusqu’à faire passer en lui la malédiction qui était réservée à l’homme pour lui rendre la bénédiction réservée à Dieu (cf. Gal 3, 13-14). » « En réalité, ici, la justice divine se montre profondément différente de la justice humaine. Dieu a payé pour nous, en son Fils, le prix du rachat, un prix vraiment exorbitant. »

Exhortant à « abandonner vraiment l´illusion d´être autosuffisant, de découvrir et d´accepter sa propre indigence ainsi que celle des autres et de Dieu, enfin de découvrir la nécessité de son pardon et de son amitié », le pape a invité les chrétiens à pratiquer une justice plus grande, communiquée par les sacrements, qui est celle de « celui qui, dans quelque situation que ce soit, s´estime davantage débiteur que créancier parce qu´il a reçu plus que ce qu´il ne pouvait espérer ».

Il a conclu en rappelant que le « temps du carême culmine dans le triduum pascal » où « nous célébrerons la justice divine, qui est plénitude de charité, de don et de salut. Que ce temps de pénitence soit pour chaque chrétien un temps de vraie conversion et d’intime connaissance du mystère du Christ venu accomplir toute justice. » (Sources : vis/apic/imedia - DICI n°211 du 06/03/10)