Benoît XVI vu par la cardinal Ruini

 

 Le Vicaire du diocèse de Rome, Camillo Ruini, présenté par plusieurs vaticanistes comme l’un des grands électeurs de Benoît XVI, s’est exprimé sur les défis qu’aura à relever  l’Eglise, dans un entretien accordé au Corriere della Sera du 29 avril. Il y déclare : "Il faut s’habituer à une Eglise qui parle à voix haute parce que la situation l’impose, parce que c’est son devoir, plus encore que son droit".

 Il indique aussi combien le rôle de l’Eglise qui est en Italie est important pour l’Europe, "en référence à l’identité chrétienne". Interrogé sur les conséquences d’un second pape non italien, le cardinal  répond que "le problème du pape italien ou non italien n’existe plus". "Je vois une continuité affective entre le moment où les Italiens ont aimé Jean Paul II et le sentiment avec lequel la foule est accourue à Saint-Pierre pour l’élection de Benoît XVI, ou bien s’est pressée lundi soir à Saint-Paul-hors-les-murs". "Et puis, ajoute-t-il, le pape Ratzinger est en Italie depuis 1981, il a eu une grande présence dans l’Eglise et dans la réalité culturelle italienne".

 Le cardinal Ruini souligne également les rapports "des évêques italiens avec le pape", qui ont toujours été caractérisés "par une profonde adhésion et une affectueuse proximité". Et d’affirmer clairement : "Tel sera aussi notre lien avec le nouveau souverain pontife".

 Pour le Vicaire du diocèse de Rome, ce pape allemand est "une grande reconnaissance pour l’Allemagne". "Je suis heureux pour cette nation qui a tant contribué à la culture et à la civilisation européennes". "Benoît XVI est le signe que les séquelles de la Seconde Guerre mondiale sont vraiment derrière nous", déclare-t-il en ajoutant nourrir une espérance: "l’Allemagne d’aujourd’hui est un des lieux décisifs pour le défi que la foi chrétienne doit affronter, et il peut être providentiel que le pape vienne de là et soit donc particulièrement apte à témoigner la foi dans ce contexte humain et culturel". - On sait que l’Allemagne compte une très forte communauté turque musulmane et que sa population catholique est très engagée dans l’œcuménisme avec les protestants. C’est là au moins un double défi pour l’Eglise catholique,  ad extra et ad intra.

Interrogé sur le rôle de « défenseur de la foi » de Benoît XVI avant son élection, le cardinal Ruini répond qu’il a été "un grand défenseur de la foi, mais avec une grande capacité de discernement et de proposition". "Un défenseur et en même temps un témoin, et ainsi nous avons un pape préparé à affronter de la meilleure manière, le défi le plus profond pour le christianisme d’aujourd’hui, qui est celui de conserver la foi incarnée dans la modernité", souligne-t-il. "Ce n’est pas un pur défenseur de la foi : il a un esprit créatif, et a fait beaucoup pour repenser le christianisme à notre époque", poursuit-il. "Selon moi, plus la foi est profonde, plus on peut être créatif". – En parlant du défi de « conserver la foi incarnée dans la modernité » et d’« esprit créatif », le haut prélat romain envisage-t-il cette pédagogie avec laquelle l’Eglise, mère et maîtresse, rappelle d’une façon adaptée à chaque époque la doctrine traditionnelle : vetera  noviter  dicta ? Ou bien songe-t-il à une créativité qui ne porterait pas seulement sur le mode de prédication, mais sur l’objet même de la prédication ? Comment faut-il entendre l’expression « repenser le christianisme à notre époque » ? La modernité, celle des Lumières et de la Révolution, s’accorde-t-elle avec la Foi au Dieu un et trine ? Avant de relever le défi, une définition précise des termes s’impose.

 Pour le cardinal italien, "Benoît XVI a vécu trois grandes expériences: jusqu’à 50 ans, il a étudié et enseigné". "Puis, pendant 4 ans, il a dirigé le grand diocèse de Munich, en Bavière". "Enfin, il a été un des plus étroits collaborateurs de Jean Paul II, pendant 23 ans, ce qui lui a donné une connaissance complète des thématiques mondiales de l’Eglise". Certes, "les charismes et les histoires personnelles de Jean Paul II et Benoît XVI sont différentes", mais, pour le cardinal Ruini, ils ont en commun "l’adhésion au Christ et la vision profonde du monde contemporain".       

Sur le fait que Benoît XVI serait un pape de transition, le cardinal Ruini affirme qu’il sera un pape qui "laissera de grandes traces" et "un signe profond". "De tout ce qu’il a dit, on comprend combien il sent la mission de l’Eglise et combien il est déterminé à la promouvoir jusqu’au bout".

 A la question de savoir si, comme cela a été écrit, Benoît XVI est l’allié des néo-conservateurs américains et du président Bush, le cardinal Ruini préfère reposer le problème : "L’élément significatif me semble surtout celui-ci: il existe dans le monde, et particulièrement aux Etats-Unis, un mouvement de renaissance chrétienne qui va au-delà des frontières des Eglises et qui souligne un élan chrétien qu’on ne peut ignorer". "C’est un souffle chrétien qui pousse à témoigner et proposer la foi dans le Christ et la vision chrétienne de l’homme". Il affirme ne pas croire qu’un pape "puisse ou veuille jouer un rôle géopolitique entre les Etats". "Mais il peut certainement diriger le potentiel religieux et culturel de l’Eglise pour maintenir et relancer le rôle historique du christianisme, dans un contexte qui change". "Les instruments sont ceux de la mission, de l’œcuménisme, du dialogue entre les religions pour la promotion de la paix", explique-t-il. "L’Eglise ne connaît pas de frontière : pour cela elle demande toujours la liberté religieuse, dans chaque contexte". – Le rôle que le cardinal veut faire jouer à l’Eglise, en s’appuyant sur la mission, mais aussi sur l’œcuménisme et le dialogue interreligieux « pour la promotion de la paix » s’inscrit dans la droite ligne du précédent pontificat. Benoît XVI se sentira-t-il engagé par les considérations d’un de ses électeurs ? La nomination de son successeur à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi l’indiquera. Sa première encyclique le dira.