Burkina Faso : menacé d’encerclement par les djihadistes

Les évêques du Burkina et du Niger se sont réunis du 10 au 15 juin 2019 à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Dans sa déclaration finale, la Conférence épiscopale Burkina-Niger (CEB-N) dénonce les attaques terroristes à répétition qui frappent le Burkina Faso et le Niger. Ces attaques se sont intensifiées depuis septembre 2018. Assassinats, enlèvements, destructions de lieux de culte et de sites sacrés, actes de profanation de lieux et d’objets de culte, sont devenus courants dans les deux pays.

 Deux prêtres, le P. Pier Luigi Maccalli, missionnaire italien de la Société des Missions Africaines (SMA) au Niger, et l’abbé Joël Yougbaré, curé de Djibo au Burkina Faso, enlevés respectivement le 17 septembre 2018 et le 17 mars 2019, sont toujours aux mains des djihadistes. « A Kompienbiga, la tension monte surtout depuis août 2018, explique la mère supérieure des Sœurs des Campagnes à l’Aide à l’Eglise en détresse (AED). Des assaillants entrent régulièrement dans les villages, rassemblent la population et leur donnent des instructions. La peur saisit les gens. »

« Du point de vue géographique, le problème de l’insécurité et de la radicalisation qui existait à la frontière avec le Mali, s’est propagé vers l’est, à la frontière avec le Niger, et l’année dernière il a atteint le sud-est du pays – par exemple les zones proches de Pama, où nous avons été informés de la radicalisation islamique et de l’insécurité frappant la communauté chrétienne. Il semble que les terroristes soient en train d’encercler les frontières du Burkina Faso. C’est quelque chose de nouveau et vraiment alarmant », expliquait Rafael D’Aqui, chef de projet de l’AED pour le Burkina Faso, le 20 février.

Après l’assassinat de quatre fidèles, le 13 mai, lors d’une procession en l’honneur de la Vierge Marie, Mgr Justin Kientega, évêque du diocèse d’Ouahigouya (nord-ouest du Burkina Faso), a appelé fidèles, prêtres et religieuses à une vigilance accrue dans leurs déplacements et signes extérieurs de reconnaissance. 

Cette « spirale d’horreurs » inquiète les évêques de la CEB-N, qui suivent la situation avec « un sentiment de désolation et une profonde consternation ». Cette vague de violences djihadistes a jeté sur les routes plus de 150.000 habitants au Burkina Faso. Au Niger, plus de 70.000 déplacés ont été recensés dans les régions de Tillaberi, sud-ouest, et Tahoua, centre-ouest au Niger. La famine menace les populations qui fuient les exactions des bandes terroristes et abandonnent leurs champs et leurs produits vivriers, déplorent les évêques.

Le Burkina Faso, qui côtoie les frontières du Niger et du Mali, concentre l’action de divers groupes armés islamiques radicaux comme Boko Haram ou Al-Qaïda au Maghreb islamique. Bien qu’à majorité musulmane (54,2%), le Burkina Faso jouit d’une tradition de bonne entente entre les religions, et les minorités – chrétiennes (23,9% de la population) et animistes (21,3%) – ne souffrent pas de discrimination au quotidien, précise l’AED. Le président de la République, Roch Marc Christian Kaboré, catholique élu en 2015 avec 53,49% des voix, a appelé le 20 juin 2019 à « plus d’actions concertées » dans la lutte contre les groupes djihadistes.