Cérémonies de clôture de l’Année sacerdotale
Commencée il y a un an sur le thème Fidélité du Christ - fidélité du prêtre, l’Année sacerdotale s´est achevée les 9-11 juin à Rome. Au premier jour des cérémonies de clôture, le cardinal Joachim Meisner, archevêque de Cologne (Allemagne), a affirmé que les prêtres qui s´éloignaient de la confession risquaient « une grave crise d´identité ». Intervenant dans la basilique romaine de Saint-Paul-hors-les-murs devant plusieurs milliers de prêtres – dont certains suivaient cette conférence sur grand écran à Saint-Jean-de-Latran –, le prélat allemand a déclaré : « La perte du sacrement de la réconciliation est la racine de nombreux maux dans la vie de l´Eglise et dans la vie du prêtre ». Il a assuré que « l´une des pertes les plus tragiques » que l´Eglise avait subie « dans la seconde moitié du 20e siècle », était « la perte de l´Esprit Saint dans le sacrement de la réconciliation ».
Dans cette méditation sur la ‘conversion et la mission’, le cardinal Meisner a longuement expliqué qu’un « prêtre qui ne se trouve pas, avec régularité, d´un côté comme de l´autre de la grille du confessionnal, subit des dommages permanents pour son âme et sa mission ». Aux yeux de l´archevêque de Cologne, la fréquence du sacrement de réconciliation devrait être d´« au moins une fois par mois ». Un prêtre qui « n´est plus un confesseur », a-t-il ajouté, « devient un opérateur social religieux ». « La prétendue crise du sacrement de la pénitence n´est pas seulement due au fait que les gens ne vont plus se confesser, mais que nous, prêtres, nous ne sommes plus présents dans le confessionnal », a-t-il ajouté, avant de confier qu’« un confessionnal dans lequel un prêtre est présent, dans une église vide, est le symbole le plus touchant de la patience de Dieu qui attend ».
Dans la soirée du 9 juin, devant plusieurs centaines de prêtres, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d´Etat du Saint-Siège a évoqué « la douleur » traversée ces derniers temps par l´Eglise à cause des affaires d´abus sexuels commis par des membres du clergé. « C´est pourquoi, a-t-il expliqué, le pape, en répondant aux journalistes pendant son récent voyage au Portugal, avait parlé d´une ‘persécution’ qui naît de l´intérieur même de l´Eglise ». Le prélat romain a consacré une partie de son discours à la question du célibat sacerdotal, affirmant que les prêtres étaient les « frères de chaque personne, des hommes et des femmes », qu´ils devaient « aimer et servir avec un dévouement total, sans aucun attachement, sans rechercher leur intérêt propre ». C´est ainsi, selon le cardinal Bertone, qu´il faut « comprendre l´actualité et la beauté du célibat ».
Dans la matinée du 10 juin, lors d’une messe qu´il célébrait dans la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège a de nouveau traité du célibat consacré, affirmant : « L´exigence du célibat pour le royaume des cieux » est une « condition de la consécration intégrale et définitive que l´ordination sacerdotale comporte ». Il a rappelé que « le célibat sacerdotal » était « un signe et à la fois un encouragement à la charité pastorale », tout en étant une « source spéciale de fécondité spirituelle dans le monde ».
Le même jour, 10 juin, dans la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, le cardinal Marc Ouellet, primat du Canada, a déclaré : « Nous voyons déferler aujourd´hui une vague de contestation sans précédent sur l´Eglise et sur le sacerdoce, à la suite du dévoilement de scandales dont il nous faut reconnaître la gravité et corriger sincèrement les conséquences ». L’archevêque de Québec a affirmé qu’« au-delà des purifications nécessaires » au sein de l´Eglise, il fallait « reconnaître aussi à l´heure actuelle une opposition ouverte » au « service de la vérité » des prêtres et « des assauts du dehors et même de l´intérieur pour diviser l´Eglise ». Le cardinal Ouellet, qui a déploré « les péchés dans l´Eglise, surtout ceux qui sont motifs de scandale et d´éloignement des fidèles et des incroyants », a toutefois reconnu le « dévouement inlassable de toutes ces âmes consacrées ». Par ailleurs, il a jugé que le « scandale permanent de la division des chrétiens, les tensions récurrentes entre clercs, laïcs et religieux, (...) l´urgence d´une nouvelle évangélisation », appelaient « sur l´Eglise et le monde une nouvelle Pentecôte ». Enfin, a-t-il conclu, « aujourd´hui comme au début de l´Eglise, les défis de l´évangélisation sont accompagnés de l´épreuve des persécutions ».
Dans la soirée du jeudi 10, place Saint-Pierre, devant près de 15.000 prêtres originaires d’une centaine de pays différents, mais aussi devant 80 cardinaux et 300 évêques, le pape a répondu aux questions de cinq prêtres venus des cinq continents, en improvisant durant près de 40 minutes. Interrogé sur le célibat ecclésiastique par un prêtre slovaque, le pape, assis devant la basilique vaticane sous un grand portrait de saint Jean-Marie Vianney, a évoqué le « grand scandale » que représente ce célibat « pour le monde actuel ». « Cette critique permanente à l´égard du célibat peut surprendre, a-t-il confié, à une époque où il est toujours plus à la mode de ne pas se marier ». « Ne pas se marier, a alors précisé le pape, est une chose complètement différente du célibat, fondée sur la volonté de vivre seulement pour soi-même, de n´accepter aucun lien définitif ». Au contraire, a-t-il expliqué, « le célibat est un ‘oui’ définitif ». « Nous savons qu´à côté de ce grand scandale que le monde ne veut pas accepter, il y a les scandales secondaires de nos insuffisances et de nos péchés qui assombrissent le véritable grand scandale », a encore affirmé le pape, avant de conclure « Prions le Seigneur pour qu´il nous libère de ces scandales ».
Un prêtre brésilien a demandé au souverain pontife quelle « direction » prendre alors que les curés du continent latino-américain étaient confrontés à des « communautés particulièrement étendues » et insérées dans une société « qui n´est plus complètement chrétienne ». Le pape a alors invité les prêtres à prendre soin des « trois piliers du sacerdoce » : « l´Eucharistie », « l´annonce de la Parole », et « la caritas, l´amour du Christ pour ceux qui souffrent ». Benoît XVI, salué par des applaudissements nourris, a aussi appelé les prêtres à « l´humilité », à avoir « le courage de se reposer » devant « l´impossibilité de tout faire ».
Interrogé par un prêtre ivoirien sur l´apparente « fracture entre théologie et spiritualité », Benoît XVI a souhaité saluer le travail de très nombreux théologiens, évoquant brièvement les « abus » de certains, jugeant aussi que certaines hypothèses théologiques « des années 1970 et 1980 » ont « vieilli, n´ont plus de valeur et, pour beaucoup, semblent ridicules ». Répondant à un prêtre australien sur les moyens « efficaces » pour faire face au manque croissant de vocations, le pape a proposé de prier « avec instance, détermination et conviction », de faire en sorte d´être des « prêtres convaincants » et d´avoir enfin « le courage de parler avec les jeunes ». Au terme de cette veillée, le plus grand rassemblement de prêtres jamais organisé, Benoît XVI a présidé l´adoration du Saint-Sacrement, avant de prononcer une prière composée à l´occasion de l´Année sacerdotale.
Le vendredi 11 juin, dernier jour de l´Année sacerdotale, Benoît XVI a demandé pardon avec « insistance » au nom de l´Eglise catholique pour les actes pédophiles de certains prêtres : « Nous aussi nous demandons avec insistance pardon à Dieu et aux personnes impliquées, alors que nous entendons promettre de faire tout ce qui est possible pour que de tels abus ne puissent jamais plus survenir ». « Il est arrivé que, spécialement au cours de cette année de joie pour le sacrement du sacerdoce, sont venus à la lumière les péchés des prêtres - en particulier l´abus à l´égard des petits, où le sacerdoce chargé de témoigner de la prévenance de Dieu à l´égard de l´homme se trouve retourné en son contraire », a déclaré le pape au cours de la messe de clôture de l’Année sacerdotale. C´est la première fois, depuis qu´ont éclaté les scandales de pédophilie au sein du clergé à l´automne 2009, que Benoît XVI demande pardon aux victimes en public.
Au cours d´une longue homélie, Benoît XVI a aussi tenu à « promettre que, dans l´admission au ministère sacerdotal et dans la formation délivrée lors du parcours qui y prépare », l´Eglise ferait « tout ce qui est possible pour examiner attentivement l´authenticité de la vocation ». Il a également indiqué que l’Eglise voulait « mieux encore accompagner les prêtres sur leur chemin, afin que le Seigneur les protège et les garde dans les situations difficiles et face aux dangers de la vie ». Dans une évocation du sens du « bâton du pasteur », Benoît XVI a expliqué que son usage protégeait « la foi contre les falsificateurs, contre les orientations qui sont, en réalité, des désorientations ». « L´usage même du bâton peut être un service d´amour », a-t-il poursuivi devant plusieurs centaines d´évêques et dizaines de cardinaux, indiquant « qu´il ne s´agit pas d´amour quand on tolère des comportements indignes de la vie sacerdotale ». « De même, a-t-il ajouté, il ne s´agit pas non plus d´amour quand on laisse proliférer l´hérésie, la déformation et la décomposition de la foi, comme si nous inventions la foi de façon autonome ». (Sources : Apic/Imedia/Zenit/VIS – DICI n°217 du 26/06/10)
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