Deux franciscains chez les djihadistes

Deux religieux franciscains décrivent le ministère à haut risque qu’ils exercent dans la province d’Idlib (Syrie) au sein de l’un des derniers bastions djihadistes du pays. Ils évoquent la menace quotidienne qui pèse sur eux, et sur le troupeau des quelques trois cents familles catholiques qu’ils assistent au péril de leur vie.

Le père Hanna Jallouf a soixante-sept ans, le père Luai Bsharat, quarante. Ces deux franciscains sont les derniers prêtres exerçant un ministère dans la province d’Idlib, près de la frontière entre la Turquie et l’ouest de la Syrie.

Les deux fils de saint François apportent les secours spirituels à trois cents familles qui se terrent dans les villages de Knayeh et Yacoubieh.

C’est par le biais de leur supérieur, le père Firas Lufti, gardien de la province Saint-Paul pour les franciscains de Syrie, que les deux prêtres ont décidé de confier quelques détails de leur apostolat. L’entretien a été publié le 22 octobre 2020, sur le portail anglophone de l’association Aide à l’Eglise en détresse.

Le père Lutfi plante le décor, en évoquant la souffrance des chrétiens d’Idlib, amorcée il y a dix ans, lorsque l’organisation Etat islamique (EI) a proclamé le califat dans la région : « ils (les djihadistes) ont confisqué les propriétés des chrétiens, imposé la charia, ils ont détruit et interdit tout symbole chrétien apparent, comme les croix au-dessus des églises et des cimetières », précise le religieux.

Aujourd’hui encore, même si l’EI n’existe plus officiellement, la région est toujours aux mains des djiahdistes d’Al-Qaïda, et les chrétiens font encore face à une « persécution absolue, à la violence, à la peur ».

Mais, « malgré les difficultés quotidiennes et les misères insupportables, le père Luai Bsharat et le père Hanna Jallouf ont décidé de demeurer là, parce qu’ils sont convaincus qu’il faut servir, et essayer de protéger les chrétiens qui restent, et ils pensent que cette région ne doit pas être abandonnée », explique avec émotion le provincial des franciscains de Syrie.

Le père Lutfi ne cache pas sa fierté à l’égard des deux prêtres : « leur présence est un signe d’espoir au milieu des ténèbres. (…) Pour les familles chrétiennes, cela revêt une importance capitale, ils contribuent à fortifier l’Eglise », insiste-t-il.

Mais le père Jallouf et le père Bsharat savent que leur ministère est à haut risque : « le père François Murad, a été décapité en 2013, et plus récemment, une enseignante a été violée et assassinée, à Yacoubieh », ajoute le père Lutfi.

La région d’Idlib demeure en effet le terreau du djihadisme international : l’exploitation du téléphone du russo-tchétchène Abdouallakh Anzorov, coupable d’avoir décapité un enseignant français à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) le 16 octobre dernier, a permis d’apprendre que le terroriste avait échangé, avant son passage à l’acte, avec deux fous d’Allah se trouvant précisément à Idlib.

La région demeure une terre d’asile pour des milliers d’islamistes étrangers, notamment Français, Britanniques, ou Tchétchènes. Elle est le dernier bastion de résistance au régime de Bachar al-Assad qui a repris le contrôle d’environ soixante-dix pour cent du territoire syrien, grâce à l’aide militaire de la Russie.