Du prochain consistoire au prochain conclave
Le 9 juillet 2023, le pape François a annoncé qu’il créerait 21 cardinaux, lors d’un consistoire qui se tiendra le 30 septembre. Ce n’est pas une nécessité numérique qui pousse le souverain pontife à cette nouvelle création, car, si l’on suit les règles fixées par Jean-Paul II, le nombre maximum d’électeurs au conclave est de 120 cardinaux.
Or, après le consistoire de septembre, le collège cardinalice comprendra 137 électeurs, dont 53 Européens, 24 Asiatiques, 19 Africains et 17 d’Amérique du Nord ; 16 d’entre eux proviendront d’Amérique du Sud, 5 d’Amérique centrale et 3 d’Océanie. Au total 99 auront été créés par François, soit plus de 70 % des cardinaux de moins de 80 ans. Depuis son élection en 2013, le pape François a créé 121 cardinaux issus de 66 pays, lors de huit consistoires. Ce n’est qu’en 2024/2025 que le nombre maximal d’électeurs sera à nouveau inférieur à 120.
Les hommes de François
Ce grand nombre de nouveaux cardinaux montre à l’évidence que François estime que le temps lui est compté : il veut s’assurer que le processus des réformes entamé avec lui puisse se poursuivre après lui. C’est pourquoi, la liste des futurs cardinaux est composée d’hommes de confiance, très proches de ses idées réformatrices. On trouve ainsi les noms suivants :
Mgr Victor Manuel Fernández, qui vient d’être nommé préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi (Argentine) ; Mgr Grzegorz Ryś, archevêque de Lodz (Pologne), un des rares prélats polonais favorables à la ligne du pape ; Mgr Stephen Chow Sau-yan, s.j., évêque de Hong Kong (Chine), dont François apprécie l’esprit de dialogue avec Pékin ; Mgr Angel Sixto Rossi, lui aussi jésuite, archevêque de Córdoba (Argentine), très engagé sur le plan social ; Mgr Américo Manuel Alves Aguiar, évêque auxiliaire de Lisbonne (Portugal), qui a déclaré à RPT Noticias, le 6 juillet, ne pas chercher à convertir au Christ les jeunes présents aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), du 1er au 6 août…
Sur katholisches.info du 9 juillet, le vaticaniste Giuseppe Nardi n’hésite pas à écrire : « Les premiers jours des vacances d’été de la curie romaine ont été marqués par deux changements radicaux : le démantèlement de la Congrégation pour la doctrine de la foi [avec la nomination de Mgr Fernández à sa tête] et un acharnement à assurer des majorités bergogliennes pour l’après-François. »
Cet avis est partagé par Jean-Marie Guénois, le journaliste religieux du Figaro, qui affirme le 9 juillet : « Aucun pontife romain avant François ne s’était jamais permis d’aller aussi vite dans la création de nouveaux cardinaux – presque une promotion par an – pour assurer la pérennité de ses réformes. […] Pour mémoire, Jean-Paul II convoqua neuf consistoires en… 25 ans. »
Et d’expliquer : « Pour François, nommer des cardinaux proches de sa ligne est une dimension décisive de sa politique de réforme de l’Eglise, puisqu’elle détermine le choix de la ligne de son successeur. Il récuse ainsi toute personnalité divergente, ce que ne faisaient pas ses prédécesseurs qui intégraient toujours des cardinaux qui leur étaient opposés pour tenir compte de la diversité des opinions dans l’Eglise. »
Mettre vite en sûreté l’héritage, mais quel héritage ?
Cette précipitation à nommer rapidement beaucoup de cardinaux en phase avec sa ligne réformatrice, inspire à Andrea Gagliarducci sur le site Monday Vatican du 11 juillet, le commentaire suivant : certes François fait tout pour sécuriser son héritage, mais il s’agit d’un « héritage incertain ».
« Le pape démontre finalement qu’il n’a pas confiance en sa révolution et en ses effets. Il sait qu’il n’a pas conquis le cœur de tous. Ce pontificat a été caractérisé par la présence de “gardiens de la révolution”, capables de qualifier toute position critique d’“antipapiste”, même si cette critique était relativement modérée et ne faisait que soulever des questions, plutôt que de contester l’autorité du pape. »
Le 17 juillet, toujours sur Monday Vatican, le vaticaniste italien se demande ce qu’il restera de cet héritage que François s’applique à mettre à l’abri avec tant d’obstination et de précipitation. Bien sûr, comme il a été déjà dit, « les nouveaux cardinaux du pape ont une moyenne d’âge basse ; les nouveaux archevêques de Madrid, Bruxelles et Buenos Aires ont environ 60 ans et ont donc au moins 20 ans de vie devant eux. »
En sorte que « François n’a donc pas seulement nommé de nouveaux évêques et cardinaux, il a en quelque sorte imposé leur présence à son successeur ». Ici Andrea Gagliarducci rapporte une confidence : « Il y a quelque temps, un proche de François m’a dit que le pape avait un plan sur dix ans. En voyant toutes les initiatives prises ces derniers mois, cela me semble une prophétie vivante. Pourquoi dix ans ? Parce qu’en dix ans, tous ceux qui auraient pu bloquer son plan, ou du moins mettre en évidence les failles de ses réformes, auraient quitté la curie romaine. »
Mais la question centrale demeure : qu’est-ce que le pape François a laissé derrière lui ? Et de répondre : « peut-être que son héritage le plus incroyable est sa présence dans les médias, le besoin de parler publiquement de choses qui, dans le passé, auraient été taboues comme le scandale des abus dans l’Eglise, allant jusqu’à accuser l’institution elle-même dans une campagne de communication qui semble exalter le pape et mettre tout le reste en difficulté ».
Sur l’idée d’une corruption « systémique » et non « conjoncturelle » qui justifierait une réforme complète de l’Eglise, en la débarrassant de son prétendu « cléricalisme » tridentin, Andrea Gagliarducci affirme : « Dans ses allégations d’abus, le pape reprend une croix que Jean-Paul II avait portée. Sous Jean-Paul II, des scandales dans l’Eglise avaient été révélés pour la première fois.
« Mais Jean-Paul II et Benoît XVI, malgré les demandes d’excuses, n’ont jamais accusé l’institution, la différence entre la responsabilité individuelle et institutionnelle restant évidente pour eux. […] Le pape François a inauguré une nouvelle saison : celle d’une Eglise à l’écoute de l’opinion publique, qui se laisse interpeller par l’opinion publique, et qui répond sans craindre les conséquences internes. Le cas des abus au Chili, que le pape François n’a approfondi qu’après les protestations reçues dans le pays en 2018, est emblématique. […]
« Céder à l’opinion publique – ce que le pape a appelé “l’autel de l’hypocrisie” [lors de la démission de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, en décembre 2021. NDLR] – signifie céder du terrain, laisser l’initiative aux médias. Pourtant, cette transparence renouvelée (et parfois naïve) est peut-être l’héritage le plus important du pape François. Il n’y a pas de retour en arrière possible dans cette relation parfois délicate avec les médias. Une fois la porte ouverte, elle reste ouverte. »
Selon le journaliste italien, l’héritage de François est celui d’une Eglise à l’écoute de l’opinion publique, ce qui est une façon de l’ouvrir toujours plus à l’esprit du temps présent. Mais ce n’est certainement pas l’Eglise Mater et magistra, une mère enseignant la Vérité révélée qu’elle a reçue en dépôt.
(Sources : katholisches.info/Le Figaro/Monday Vatican – Trad. à partir de benoitetmoi/DICI n°435 – FSSPX.Actualités)
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