Erythrée : l’Eglise face au totalitarisme d’Etat

Ecole logée dans le cloître de la cathédrale d’Asmara

Alors que le pays est en proie à la guerre civile dans la région du Tigré, la Conférence des évêques d’Erythrée vient d’envoyer une nouvelle protestation solennelle au gouvernement, afin de dénoncer les confiscations abusives des établissements de santé et d’éducation dont l’Eglise est propriétaire.

« Nous, pasteurs et dirigeants de l’Eglise catholique en Erythrée, sommes profondément attristés et intimement blessés par les mesures que le gouvernement prend ou a déjà prises par la force, nous retirant les institutions éducatives et sanitaires qui nous appartiennent légitimement, et limitant notre service au pays. »

Le ton du courrier envoyé au ministère de l’Education en ce mois de juin 2021, se veut grave et solennel. Il y a de quoi : dans ce petit pays de la Corne de l’Afrique, majoritairement chrétien, l’Eglise subit l’acharnement du régime totalitaire d’Issayas Afeworki.

Le chef de l’Etat érythréen cherche à museler l’institution catholique qui est à peu près la seule à s’exprimer pour dénoncer les injustices, mais aussi, plus récemment, les atrocités commises dans la région du Tigré.

Pour faire plier l’Eglise, l’homme fort du pays s’appuie sur un texte législatif datant de 1995, qui n’avait pas été appliqué jusqu’à ces dernières années. Celui-ci prévoit que toutes les structures sociales – écoles, centres médicaux – soient placées sous le contrôle direct de l’Etat.

En 2018, date qui marque le début de la confiscation progressive des établissements catholiques, l’épiscopat érythréen avait envoyé plusieurs lettres de protestation au gouvernement. En vain.

Le mouvement tend à s’accélérer depuis plusieurs semaines, probablement en réponse aux condamnations répétées, de la part de la hiérarchie catholique, des massacres commis au Tigré par l’armée régulière, aidée par des supplétifs venus d’Ethiopie.

En plus des structures déjà confisquées, l’Etat a désormais l’intention de nationaliser ou de fermer d’autres écoles primaires catholiques, dont une dans l’éparchie – l’équivalent d’un diocèse – de Barentu, seize dans l’éparchie de Cheren, et deux dans l’archiéparchie d’Asmara.

« Ces mesures violent en principe les droits de l’Eglise et portent ouvertement atteinte aux principes les plus élémentaires de la justice, privant les familles de la possibilité d’envoyer leurs enfants dans une école de leur libre choix », condamnent les évêques.

« Les écoles et les cliniques confisquées ou fermées, ou destinées à subir le même sort, sont la propriété légitime de l’Eglise catholique, construites, constituées et organisées dans l’intérêt suprême et exclusif de servir le peuple », concluent les prélats qui dénoncent la « déformation de la vérité », dont se rend coupable l’exécutif, selon eux.