Espagne : La cathédrale de Cordoue partagée avec la mosquée ? (suite)

Cathedrale Notre-Dame de l'Assomption de Cordoue - le plafond

La Basilique Sainte-Sophie, à Istanbul, était catholique avant de devenir la mosquée bleue

A propos de la polémique autour d’une utilisation commune de la cathédrale de Cordoue, ancienne mosquée médiévale, par les catholiques et les musulmans (voir DICI n°95), Mgr Michaël Louis Fitzgerald, président du Conseil pontifical pour le Dialogue Interreligieux demande aux musulmans "d’accepter l’histoire", "sans désir de prendre une revanche", tout comme les catholiques ne revendiquent pas leurs anciens édifices religieux passés à l’islam au cours des siècles.

Et d’ajouter : "Le pape a visité la mosquée des Umayyades à Damas et y a prié devant le mausolée de saint Jean-Baptiste, que contient cette ancienne église byzantine. Mais il n’a pas demandé à y célébrer la messe". (AsiaNews du 29 avril)

"L’utilisation de lieu commun par diverses communautés religieuses est problématique. De tels lieux existent, par exemple les chapelles des aéroports. Mais ce ne sont ni de vraies églises, ni de véritables mosquées. Ce sont des espaces interreligieux", explique Mgr Fitzgerald, qui souligne que la disposition de ces lieux permet leur usage commun à plusieurs religions. "Ce n’est pas le cas à Cordoue, où l’édifice appartient à une communauté particulière".

Interrogé sur l’argument selon lequel un lieu de culte devient terre d’islam, dès lors que des musulmans sont venus y prier — la cathédrale de Cordoue était au Moyen Age une église avant de devenir une mosquée -, l’archevêque a répondu, "pas toujours", et a signalé que "des musulmans avaient prié au Vatican, sans pour autant le revendiquer. Une rue où peuvent prier des musulmans ne leur appartient pas. Les autorités espagnoles n’ont pas la sensibilité théologique nécessaire pour comprendre la position de l’Eglise en cette matière", a conclu Mgr Fitzgerald.

De fait, Mansur Escudero, secrétaire général du Conseil islamique espagnol, avait annoncé avoir envoyé au Saint-Siège une demande pour que la cathédrale de Cordoue devienne la première église au monde où les chrétiens et les musulmans puissent prier ensemble. Par ailleurs, les musulmans de la ville, soutenus par la municipalité considérant qu’un tel geste serait un pas dans le dialogue interreligieux et l’œcuménisme, avaient adressé une requête semblable à Mgr Asenjo Pelegrino, évêque de Cordoue.

La polémique cordouane est vieille de plus de dix ans et a été relancée au mois de mars dernier, lors d’une rencontre sur le thème de la formation des prêtres et des imams, organisée par le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et la World Islamic Call Society. Les délégués musulmans espagnols présentèrent leur requête et une lettre du maire de Cordoue, réclamant l’usage commun aux musulmans et aux catholiques de la cathédrale andalouse. La supplique resta sans réponse, mais à la fin du congrès Mgr Fitzgerald leur fit savoir que "l’usage d’une cathédrale était de la responsabilité de l’évêque du lieu".

La controverse est actuellement au point mort. L’évêque demeure discret et désire laisser faire le temps pour apaiser les esprits. Toutefois, afin d’éviter tout incident, les entrées de la cathédrale sont maintenant surveillées.

Il faut savoir que dans le contexte de l’attentat du 11 septembre à New York, des films de propagande terroriste ont été trouvés en Espagne qui rappellent le prestigieux passé musulman d’Al-Andalus (l’Andalousie) rejetant la Reconquista espagnole, dans un pays aujourd’hui confronté à une forte immigration musulmane. Cordoue est actuellement le centre de l’Espagne musulmane. Sur les bords du Guadalquivir se trouve la première université islamique d’Espagne et, à Aldomovar del Rio (à une vingtaine de kilomètres), est installé le Centre islamique international Internet de la Fondation Roger Garaudy (communiste français converti à l’Islam). Et, comme en Europe, certaines des 200 mosquées espagnoles ont été en partie financées par l’Arabie Saoudite, qui prône un islam wahhabite radical.