Etats-Unis : Contre Mel Gibson, Abraham Foxman brandit "Nostra Aetate" - 2003
Et se trouvant en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des gouttes de sang découlant jusqu'à terre (Lc 22, 44)
La Ligue Anti-diffamation (ADL) accuse le film sur la Passion du Christ d'attiser l'antisémitisme.
États-Unis
Le Vatican doit sensibiliser les différentes Conférences épiscopales catholiques pour qu’elles communiquent la position de l’Eglise catholique condamnant l’antisémitisme, a déclaré Abraham Foxman dans le quotidien italien La Repubblica du 19 février.
"Recommencer à parler du "déicide" signifierait faire un gigantesque pas en arrière, cela nous ramènerait 40 ans en arrière", a expliqué le juif américain à Mgr John Foley, président du Conseil pontifical pour les Communications Sociales, un de ses interlocuteurs au Vatican. - Mgr Foley avait du reste jugé favorablement le film de Mel Gibson à l’issue d’une projection privée.
A l’appui de son propos, Abraham Foxman a cité en exemple la Conférence épiscopale américaine qui diffusait dans toutes les paroisses des Etats-Unis, la veille du mercredi des Cendres, une série de documents concernant l’enseignement catholique sur les juifs, la mort de Jésus et le "péché d’antisémitisme". - Intitulée La Bible, les juifs et la mort de Jésus, cette publication de 110 pages est un recueil de textes incluant les plus importantes déclarations de l’Eglise sur les juifs et l’antisémitisme, notamment la déclaration conciliaire Nostra Aetate, des prises de position du pape Jean-Paul II, et des documents sur les traditionnels "jeux de la Passion".
Pour Abraham Foxman, le film de Mel Gibson est "d’inspiration traditionaliste, en contraste avec l’enseignement de l’Eglise". "Dans le film, les juifs sont représentés de façon négative à l’inverse des Romains" a-t-il insisté. S’inquiétant de son influence sur les spectateurs, particulièrement sur les enfants, il a exprimé ses doutes concernant sa réception en Pologne.
Intervenant à Rome, le 20 février, devant un petit groupe de journalistes, à l’occasion de la visite ad limina des évêques français de la province de Paris, le cardinal Jean-Marie Lustiger s’est dit "extrêmement réservé sur la théâtralisation de la passion", encore plus "par le biais d’expressions électroniques". Pour lui, "la passion du Christ n’est pas un spectacle que l’on regarde, c’est un acte de la puissance divine. Et à ce titre, la figuration peut être une régression absolue". "Ce type de film, a-t-il encore ajouté, touche la sensibilité et l’imagination, mais peut être très ambigu". Le cardinal français a précisé qu’il n’avait pas vu le film en avant-première.
La semaine suivante, alors qu’il se trouvait à New-York en compagnie de huit autres évêques français, à l’invitation du rabbin Israël Singer, directeur du Congrès juif mondial (CJM), le cardinal Lustiger a une nouvelle fois exprimé sa solidarité avec le judaïsme. L’archevêque de Paris et la direction du CJM ont publié un communiqué commun à l’occasion de la sortie aux Etats-Unis et au Canada du film de Mel Gibson : "Nous ne laisserons pas la controverse entourant le film La Passion du Christ porter atteinte aux relations religieuses respectueuses entre les catholiques et les juifs". "Au cours de la dernière moitié du XXe siècle, catholiques et juifs ont œuvré et réussi à construire des relations religieuses respectueuses... Notre foi, notre respect et notre compréhension mutuelle sont plus forts que toute tempête", ont souligné Mgr Lustiger et le rabbin Singer.
France
- Le 1er mars, le public français a appris qu’il pourrait voir La Passion du Christ à partir du 4 avril, grâce au producteur tunisien Tarak Ben Ammar, homme d’affaires international, conseiller de Silvio Berlusconi et de Rupert Murdoch, et "ami de longue date de Mel Gibson". En annonçant sa décision de distribuer La Passion sur les écrans français, il a déclaré au Figaro : "Quand j’ai vu ce film, il y a quinze jours, j’ai été bouleversé car il nous montre ce qu’a réellement vécu le Christ dans ses derniers moments. C’est un film puissant qui n’est absolument pas antisémite. Comme le comprendront tous les spectateurs qui iront le voir". Et de préciser : "Dès que le film sera sorti en France, on saisira mieux, et en dehors de toute passion excessive, la portée et la valeur de ce film".
Gageons que le montant des recettes enregistrées aux Etats-Unis, en cinq jours d’exploitation, aura aidé ce distributeur à prendre une décision : 117,5 millions de dollars. Mel Gibson a financé personnellement ce film, entre 25 à 30 millions de dollars.
Europe
En Allemagne et en Autriche, les spectateurs pourront voir La Passion du Christ dès le 18 mars. En effet, la distribution du film est avancée de trois semaines en raison de son succès outre-Atlantique.