Ethiopie : un prêtre à l'assaut des cimes

L’église d’Abuna Yemata Guh, dans le nord de l'Ethiopie, est creusée dans une falaise de 250 mètres : chaque jour, un prêtre copte la rejoint à la force des bras.

Le père Haylesilassie Kahsay n’a pas besoin de s'interroger sur les moyens de conserver la santé. Tous les jours, ce prêtre copte marche pendant deux heures, puis escalade une falaise abrupte pour atteindre son église.

Abuna Yemata Guh, dans le nord de l'Ethiopie, est creusée dans le flanc d'une falaise. Ornée de fresques et de deux coupoles, cette église est accessible uniquement en escaladant la falaise et en traversant d'étroites saillies. La montée comprend une section verticale de 10 mètres. Il est de coutume de l'escalader sans chaussures ni corde.

L'église a été construite par Abuna Yemata, l'un des neuf saints venus de Syrie, Constantinople ou Rome, pour apporter le christianisme en Ethiopie à la fin du Ve siècle.

Le prêtre a été interrogé par la BBC : « Je n'ai pas peur quand je monte à l'église parce que je grimpe tous les jours, c'est très difficile, mais c’est gérable », a-t-il déclaré. « Je me lève très tôt le matin, et je travaille dans le presbytère jusqu'à 6 heures du matin, puis quand j’ai avalé mon petit-déjeuner je suis très heureux de me diriger vers Abuna Yemata ».

Sur la montagne, le prêtre passe son temps à l’étude des textes anciens et la prière. « Ici, il n'y a vraiment personne à qui parler, vous communiquez avec Dieu et partagez vos secrets avec lui, et votre esprit devient libre et heureux ».

L'église est aussi un lieu de sépulture pour les prêtres qui sont venus là tout au long des siècles. « Jusqu'à présent, personne n'est tombé », explique le prêtre « car les neuf saints les ont sauvés, les saints qui ont vécu dans ces montagnes, les ont protégés ».

Le père Haylesilassie reste là jusqu'au coucher du soleil, lorsqu'il ferme l'église et rentre chez lui. Il conclut l’entretien pas ces mots qui résument sa mission : « la raison pour laquelle je suis devenu prêtre, c’est pour enseigner aux fidèles ce que j'ai moi-même reçu, afin qu'ils puissent marcher sur mes traces : les actes de Dieu sont parfaits ».

Pour édifiante que paraisse l'ascèse de ce prêtre, il convient de rappeler, avec la Didachè, la règle de la foi : « Si quelqu'un vient et vous enseigne tout ce qui vient d'être dit [de la doctrine des apôtres], recevez-le. Seulement, si ce docteur se dévoie et vous donne un autre enseignement de manière à renverser celui que vous avez reçu, ne l'écoutez pas » (XI,1).

La majorité des coptes sont séparés de l’unité romaine depuis leur refus du concile d’Ephèse en 431. Ils sont « monophysites », partisans de l’hérésie selon laquelle Jésus-Christ n’a qu’une seule nature, divine, qui a totalement absorbé sa nature humaine.

Après des tentatives aux XVe et XVIe siècles, un retour à l'unité de l'Eglise ne s'est concrétisé en Egypte qu'au XVIIIe siècle. A partir de 1741, des Vicaires apostoliques purent être nommés par Rome. Un patriarcat d'Alexandrie pour les Coptes catholiques fut établi par le pape Léon XIII à partir de 1895. Cyrille Macaire fut le premier patriarche nommé, mais exerça ses fonctions en tant qu'administrateur apostolique. Depuis 1947 la patriarcat est organisé de plein droit. C'est actuellement Ibrahim Isaac Sidrak qui est à sa tête.

Cette communauté catholique compte environ 250.000 fidèles répartis entre l'Egypte et la diaspora, soit 2,4 % du monde copte. Elle est organisée en sept diocèses, tous en Egypte : les éparchies du Caire et d'Alexandrie ; de Béni Suef - à une centaine de kilomètres au sud du Caire ; d'Al-Minya en Moyenne-Egypte ; d'Assiout en Haute-Egypte ; de Sohag au sud d'Assiout ; de Louxor ; d'Ismaïla et de Port-Saïd. Sa langue liturgique est le bohaïrique, un dialecte copte descendant de l'égyptien ancien.