Europe : Après les attentats de Paris, sécurité et séjour en abbaye…

Suite aux attentats du 13 novembre 2015, à Paris, les mesures de sécurité ont été renforcées à Rome et au Vatican. Les contrôles ont été étendus aux lieux touristiques, aux lieux de culte, et bien sûr aux alentours de la place Saint-Pierre.

A l’approche du Jubilé de la miséricorde, qui doit s’ouvrir le 8 décembre prochain, le ministre de l’Intérieur italien, Angelino Alfano, a annoncé un renfort de 700 militaires à Rome. Durant l’Année sainte, sur le territoire du Vatican, les 130 gendarmes et 110 gardes suisses seront sur le qui-vive tandis que des drones effectueront un contrôle aérien des foules.

Dans un entretien au quotidien français La Croix, le 15 novembre 2015, le cardinal Pietro Parolin a reconnu que le Vatican pouvait être une cible « en raison de sa signification religieuse ». Mais pour le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le jubilé de la miséricorde arrive à point nommé : « C’est le moment juste pour lancer l’offensive de la miséricorde. On peut comprendre qu’après des attentats, existent des sentiments de vengeance mais il faut vraiment les combattre (…) ».

Pas de « sentiment de vengeance » non plus chez le cardinal Jean-Louis Tauran pour qui « le danger serait de laisser germer la haine, et c’est là que les chrétiens doivent montrer le pouvoir de l’amour. » Dans un entretien accordé à l'agence I.Media, le 17 novembre, le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux a admis que les actes terroristes « donnent bien sûr peu de crédibilité au dialogue interreligieux », mais a assuré que « la majeure partie des musulmans n’est pas comme cela. »

« La question du rapport de l'islam avec la violence reste posée » écrit tout de même l’Apic, le 18 novembre 2015, en écho aux propos de Mgr Guy Harpigny, évêque de Tournai, sur CathoBel, le site officiel de l’Eglise catholique en Belgique francophone. Il a ainsi déclaré le même jour que « dans l’islam, on peut trouver toutes sortes de textes pour justifier des actes abominables ». Toutefois, a-t-il précisé un peu plus loin, « ce n’est pas ça l’islam ». Le prélat belge a, malgré tout, estimé légitime de « porter un regard critique sur ce qui se passe et de demander aux musulmans s’ils sont d’accord ou pas avec ces actes. »

Selon l’AFP, 400 « responsables musulmans » de France se sont rassemblés le 29 novembre devant le grand auditorium de l'Institut du monde arabe, à Paris, en réponse à un appel lancé par le Conseil français du culte musulman (CFCM). Le président du CFCM, Anouar Kbibech, a évoqué un « rassemblement historique » et condamné des « actes barbares qui ne peuvent se réclamer d'aucune religion, d'aucune cause, d'aucune valeur humaine ».

Ce n’est pas l’avis du journaliste et islamologue marocain, Abdellah Tourabi. Selon lui, « les adeptes de Daech appliquent le Coran à la lettre, font des hadiths le fondement même de leur vie quotidienne, et veulent reproduire intégralement la première forme politique connue de l’islam, le califat. Leur univers est certes fantasmé et anachronique, mais il correspond à une réalité qui a existé il y a 14 siècles. Le nier ou refuser de le reconnaître serait un aveuglement. » C’est dans la revue marocaine Tel quel qu’il s’est exprimé le 20 novembre, affirmant que « notre refus de voir cette vérité en face, de reconnaître la part de violence dans l’islam et de vouloir la dépasser nous entraîne dans une spirale d’hypocrisie et de déni de réalité. »

Un déni dans lequel le P. Hervé Benoît n’a pas voulu sombrer, dénonçant non seulement la culture de mort des auteurs des attentats du 13 novembre, mais également celle des victimes du Bataclan. Dans une tribune publiée par le site Riposte catholique, le 20 novembre, et intitulée Les Aigles (déplumés) de la mort aiment le diable !, ce prêtre lyonnais dit avoir vu en eux des « morts-vivants », des « pauvres enfants de la génération bobo ». Il présente également leurs « assassins, ces zombis-haschishin » comme leurs « frères siamois », soulignant les points communs entre attaquants et attaqués : « même déracinement », « même amnésie », « même infantilisme », « même inculture »… Et de poursuivre : « les uns se gavaient de valeurs chrétiennes devenues folles : tolérance, relativisme, universalisme, hédonisme… », les autres « de valeurs musulmanes devenues encore plus folles au contact de la modernité : intolérance, dogmatisme, cosmopolitisme de la haine… »

Une semaine après la publication de ce texte, le P. Benoît, qui exerçait comme chapelain à la basilique de Fourvière, a été « relevé de ses différentes charges pastorales » par le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et invité à « prendre du recul » en se retirant dans une abbaye. Dans un communiqué publié sur Twitter le 27 novembre, le primat des Gaules a précisé que « dans le contexte qui est le nôtre, il n'est pas acceptable que des chrétiens, à plus forte raison des prêtres, ne s'appliquent pas toujours et le plus possible à maintenir entre les hommes la paix et la concorde fondée sur la justice ». Le jour même, le site change.org a publié la nouvelle, célébrant son succès : la pétition lancée sur le même site pour demander « la destitution du prêtre » avait totalisé 42.040 signatures…

Le 28 novembre, Riposte catholique a rappelé les propos du cardinal Robert Sarah lors du dernier synode des évêques sur la famille : « Un discernement théologique nous permet de voir à notre époque deux menaces inattendues (presque comme deux ‘bêtes de l’Apocalypse’) situées sur des pôles opposés : d’une part, l’idolâtrie de la liberté occidentale ; de l’autre, le fondamentalisme islamique : laïcisme athée contre fanatisme religieux (…) Plusieurs indices nous permettent de percevoir la même origine démoniaque de ces deux mouvements. » Et Riposte catholique de s’interroger : « Faut-il envoyer le cardinal Sarah réfléchir dans une abbaye ? »

(Sources : apic/lacroix/telquel/twitter/ripostecatholique/afp – DICI n°326 du 04/12/15)

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