Fête de saint Jérôme
L’Eglise fête en ce 30 septembre 2020 saint Jérôme, mort il y a 1600 ans. Il est l’un des quatre grands docteurs de l’Eglise latine avec saint Augustin, saint Ambroise et saint Grégoire le Grand. Pour le 1500e anniversaire de sa mort, en 1920, le pape Benoît XV avait écrit une encyclique dont voici quelques extraits.
L’Esprit-Saint, qui, pour initier le genre humain aux mystères de la divinité, lui avait donné le trésor des Saintes Lettres, a fort providentiellement suscité au cours des siècles de nombreux exégètes, aussi remarquables par leur sainteté que par leur science, qui, non contents de ne point laisser infécond ce céleste trésor, devaient, par leurs études et leurs travaux, faire goûter avec surabondance aux fidèles la consolation des Ecritures. C’est d’un avis unanime qu’on place au premier rang de cette élite saint Jérôme, en qui l’Eglise catholique reconnaît et vénère le plus grand Docteur que lui ait donné le ciel pour l’interprétation des Saintes Ecritures. (…)
De fait saint Jérôme, « esprit pleinement imprégné du sens catholique et très versé dans la connaissance de la loi sainte » (Sulpice Sévère), « maître des catholiques » (Cassien), « modèle de vertu et lumière du monde entier » (S. Prosper), a merveilleusement exposé et défendu avec vaillance la doctrine catholique concernant nos Saints Livres ; à ce titre, il nous fournit une foule d’enseignements de très haute valeur. (…)
Naissance, formation et voyages en Orient
Comme vous le savez, Vénérables Frères, Jérôme naquit à Stridon [vers 345], « jadis ville frontière entre la Dalmatie et la Pannonie 1 » ; élevé dès la plus tendre enfance dans le catholicisme, il revêtit ici même à Rome, au baptême, les livrées du Christ ; dès ce jour, et jusqu’à la fin de sa très longue vie, il consacra toutes ses forces à l’étude, à l’explication et à la défense des Saints Livres.
A Rome, il s’initia aux lettres latines et grecques, et il quittait à peine la chaire des rhéteurs que, encore adolescent, il s’essaya à commenter le prophète Abdias ; cet essai de sa « première jeunesse » développa à ce point son amour des Ecritures que, suivant la parabole de l’Evangile, il décida de sacrifier au trésor qu’il découvrait « tous les avantages de ce monde ».
Aussi, bravant toutes les difficultés d’un pareil projet, il quitte sa maison, ses parents, sa sœur et ses proches, renonce à sa table somptueuse et part pour les Lieux Saints, afin d’y acquérir plus abondamment les richesses du Christ et la connaissance du Sauveur par la lecture et l’étude des Saints Livres. A plusieurs reprises, il nous dit lui-même comment il s’y employa sans épargner ses sueurs :
« Une soif ardente m’excitait à m’instruire auprès des autres et je ne fus point, comme certains le pensent, mon propre maître. A Antioche, je suivis souvent les leçons d’Apollinaire de Laodicée, que je fréquentais mais, bien que je fusse son disciple dans les Saintes Ecritures, jamais je n’ai adopté son dogmatisme opiniâtre en matière de sens. »
De Palestine, Jérôme se retira dans le désert de Chalcis en Syrie orientale ; et, en vue de pénétrer plus à fond le sens de la parole divine un même temps que pour refréner par un travail acharné les ardeurs de la jeunesse, il se mit à l’école d’un Juif converti, qui lui apprit également l’hébreu et le chaldéen. « Quelle peine il m’en coûta, que de difficultés à vaincre, que de découragements, combien de fois j’ai abandonné cette étude pour la reprendre ensuite, stimulé par ma passion de la science, moi seul pourrais le dire qui l’éprouvai, et ceux avec qui je vivais. Je bénis Dieu pour les doux fruits qu’a portés pour moi la graine amère de l’étude des langues. »
Fuyant les bandes d’hérétiques, qui venaient le troubler jusqu’au fond du désert, Jérôme gagna Constantinople. L’évêque de cette ville était alors saint Grégoire le Théologien, célèbre pour l’universel renom de sa science. Jérôme le prit, durant près de trois années, pour guide et maître dans l’interprétation des Saintes Lettres.
De retour à Rome auprès du pape Damase
Les difficultés que traversait la chrétienté le ramenèrent à Rome. Il y fut paternellement accueilli par le pape Damase, qu’il assista dans le gouvernement de l’Eglise. Tiraillé en tous sens par les soucis de cette charge, il n’en continua pas moins soit de fréquenter assidûment les Livres Saints et de transcrire et collationner les manuscrits, soit de résoudre les difficultés qu’on lui soumettait et d’initier des disciples des deux sexes à la science des Ecritures.
Le Pape lui avait confié la tâche immense de réviser la version latine du Nouveau Testament ; il y fit preuve d’une telle pénétration et finesse de jugement que son œuvre est de plus en plus admirée et estimée par les exégètes modernes eux-mêmes.2
Retiré à Bethléem
Mais toutes ses pensées, tous ses goûts l’attiraient vers les lieux vénérables de la Palestine. Aussi, à la mort de Damase, Jérôme se retira à Bethléem ; il éleva près du berceau du Christ un monastère où il se consacra tout entier à Dieu, employant tous les instants que lui laissait la prière à étudier et enseigner les Ecritures.
« Déjà, dit-il encore lui- même, ma tête se parsemait de cheveux blancs et me donnait l’apparence d’un maître bien plus que d’un disciple ; néanmoins, j’allai à Alexandrie me mettre à l’école de Didyme. Je lui dois beaucoup ; il m’apprit ce que j’ignorais ; ce que je savais, j’ai gagné à l’apprendre sous une autre forme. On se figurait que je n’avais plus rien à apprendre ; or, à Jérusalem et à Bethléem, au prix de quelles fatigues et de quels efforts n’ai-je pas suivi encore pendant la nuit les leçons de Baraninas ! » (...)
Voici donc Jérôme nourrissant sans cesse son esprit de cette manne exquise, commentant les Epîtres de saint Paul, corrigeant à la lumière des textes grecs les manuscrits latins de l’Ancien Testament, retraduisant de l’original hébreu en latin presque tous les Livres Saints, expliquant chaque jour les Saintes Ecritures aux fidèles assemblés, répondant aux lettres qui de toute part lui soumettent des difficultés exégétiques à résoudre, réfutant avec véhémence les détracteurs de l’unité et de la foi catholique, et – si puissante était l’énergie que lui donnait son amour des Ecritures – ne s’arrêtant d’écrire ou de dicter que lorsque la mort viendra glacer sa main et éteindre sa voix.
C’est ainsi que, sans compter avec les fatigues, les veilles ni les dépenses, jamais, jusqu’à son extrême vieillesse, il ne cessa de méditer jour et nuit, auprès de la Crèche, la loi du Seigneur, du fond de sa solitude rendant plus de services au nom catholique, par les exemples de sa vie et par ses écrits, que s’il avait vécu à Rome, centre du monde. (…)
Jérôme menait, loin de Rome, une vie plus pénible pour son corps ; mais le rappel de ces augustes souvenirs apportait à son âme tant de douceur qu’il s’écriait : « Ah ! Si Rome avait ce que possède Bethléem, plus humble pourtant que la Cité Romaine ! » (Ep. 51, 13, 6.)
Le vœu du très saint exégète s’est réalisé autrement qu’il ne pensait, et Nous avons, Nous et tous les citoyens de Rome, sujet de nous en réjouir. En effet, les restes du grand Docteur, déposés dans cette grotte qu’il avait si longtemps habitée et que la célèbre cité de David se faisait gloire autrefois de conserver, Rome a aujourd’hui le bonheur de les posséder dans la basilique de Sainte-Marie Majeure où ils reposent à côté de la crèche même du Sauveur. (…)
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 15 septembre 1920, en la septième année de Notre Pontificat.
BENEDICTUS PP. XV
(Sources : MG - FSSPX.Actulalités)
Illustration : Le Caravage / Domaine public