France : le conseil municipal se réunit illégalement à l’église

Le maire d’une commune du Calvados (France) pourrait voir son élection invalidée pour avoir organisé, de façon totalement illégale, la première réunion du conseil municipal dans l’église du village. 

« Je suis athée à 300% ! », s’est exclamé Stéphane Almicar, le maire d’Emiéville, une modeste commune normande, après avoir jeté un nouveau pavé dans la mare de la laïcité à la française. 

Tout commence le 25 mai 2020, lorsque l’édile - de concert avec le maire de Saint-Pair, une commune voisine - déclare son intention d’organiser dans l’église de son village le premier conseil municipal devant procéder à son élection. La raison est le manque de place dans les autres bâtiments publics à sa disposition, vu les distances de sécurité imposées par la pandémie de Covid-19. 

Le diocèse de Bayeux et Lisieux, mis au courant quelques heures avant, alerte alors la préfecture qui tente de dissuader les deux maires. Prudent, le premier magistrat de Saint-Pair fait marche arrière, mais son voisin d’Emiéville entend bien « camper sur (ses) positions ». 

Le coup de force a donc eu lieu, et l’église est devenue, l’espace de quelques heures, le théâtre d’un rituel républicain. 

Dans un communiqué, le diocèse a réagi timidement, évoquant une « utilisation manifestement illégale », précisant que, « quelles que soient les circonstances, l’évêché préfèrera toujours le dialogue » et qu’il se tient prêt à « étudier toutes les solutions pour permettre à la démocratie locale de s’exercer dans le dialogue ». Le diocèse ne s’étend guère sur le scandale d’une élection profane accomplie dans un lieu sacré de la religion catholique, et la réparation à accomplir telle que le prévoit le droit de l’Eglise. 

Si le goupillon ne risque pas de s’abattre sur Stéphane Almicar, ce dernier court un plus gros risque du côté du pouvoir laïc et républicain, qui envisage d’annuler l’élection. 

Ironie du sort d’un maire qui fait profession d’être attaché aux valeurs de la République, tout en enfreignant la loi de 1905 qui affecte les églises au culte catholique, et spécialement son article 26 : « Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte ». Décidément, en matière de laïcité, on n’est plus à un paradoxe près.