France : Les prêtres et les religieuses récupérés par les maisons de disques

Source: FSSPX Actualités

Après Les Prêtres (voir DICI n °216), Les Sœurs sortent leur album, intitulé « In paradisum ». L’une des maisons les plus importantes, Universal Music, vient en effet de produire un disque avec la communauté de religieuses bénédictines du Barroux, dans le Vaucluse (sud de la France), après un concours organisé sur tous les continents. Les Sœurs profitent de l’engouement pour les groupes musicaux à caractère religieux. C’est certainement le succès de The Priests qui a incité les grands distributeurs français à investir dans la promotion de talents issus de l’univers catholique. Ce groupe irlandais composé de trois ecclésiastiques en clergyman, interprétant les chants classiques du répertoire chrétien (« Ave Maria », « Douce nuit », « Amazing grace »), a vendu depuis 2008 près de 2 millions d’albums. Leurs homologues français, Les Prêtres, originaires du diocèse de Gap, totalisent de leur côté plus de 500.000 titres écoulés. Dans un style beaucoup plus traditionnel que les trois prêtres français, les religieuses de l’abbaye Notre-Dame de l’Annonciation du Barroux devraient tout de même vendre quelques dizaines de milliers d’exemplaires de leur disque consacré au chant grégorien. Les bénéfices éventuels seront reversés à des œuvres caritatives, selon le choix de la Mère abbesse.

La Croix du 9 novembre 2010 a tenté d’analyser ce phénomène. Pour Mgr Jean-Michel Di Falco, à l’origine du groupe Les Prêtres, « dans un monde éclaté, voir des membres du clergé heureux de chanter est un réconfort, pas seulement pour les chrétiens. Ils formulent une réponse à un besoin d’espérance ». L’évêque de Gap y voit une forme de demande persistante de religiosité dans une société sécularisée. Pour Tom Lewis, le responsable artistique de la maison qui a produit les religieuses, « quand vous entendez chanter les sœurs, c´est comme si vous échappiez immédiatement aux tensions et bruits de la vie moderne ; c´est une évasion face au stress, aux défis, à la vitesse de cette vie ». La journaliste de La Croix, Gwénola de Coutard, souligne que la dimension religieuse « sert ici d’argument marketing : le sentiment d’évasion face au stress, la déconnexion du mode de vie moderne sont mis en avant. Les noms mêmes de ces groupes (…) sont révélateurs. » Le christianisme aurait ainsi été récupéré par les services commerciaux d’Universal Music. Pour Yann Ollivier, directeur du département musique classique et jazz au sein de cette maison : « Le fait que des religieux eux-mêmes chantent donne de l’authenticité ». D’autant que la cible commerciale visée, les adultes d’un certain âge, représentent une clientèle non négligeable. A l’heure de la musique téléchargeable en ligne à bas prix, les « seniors » sont encore prêts à acheter l’objet « disque ». Le religieux serait ainsi une « niche » tout à fait rentable, un bon filon à exploiter.

Cette récupération n’effraie pas pour autant Les Sœurs. Depuis leur cloître, au pied du Mont Ventoux, elles assurent considérer l’expérience comme un moyen d’évangélisation : « Nous souhaitons envoyer un message à nos contemporains, un message dont on a le plus grand besoin, un message de joie infinie. Tant pis si la plupart des vendeurs et des acheteurs ne perçoivent pas ce que ces chants représentent pour nous, si cela sert de musique d´ambiance ». (Sources : Apic/La Croix- DICI n°230 du 19/02/11)