Inde : le gouvernement invite les chrétiens à discuter
Le premier ministre indien, Narendra Modi
Alors qu’une vague grandissante d’incidents antichrétiens se produit en Inde, la Commission nationale pour les minorités (NCM) du gouvernement indien a invité un réseau chrétien national qui surveille les atrocités à engager une discussion.
« Nous sommes heureux que le gouvernement nous ait appelés pour discuter de nos diverses préoccupations », a déclaré A.C. Michael, coordinateur national du United Christians Forum (UCF), à CNA le 14 septembre. L’UCF documente les atrocités et les problèmes de discrimination à l’encontre des chrétiens.
Selon M. Michael, la NCM a envoyé une « invitation à une réunion concernant les questions liées à la communauté chrétienne » le 21 septembre au bureau de la commission à New Delhi. L’invitation reconnaissait que la « lettre datée du 21.4.2023 adressée à l’honorable Premier ministre soulevant des questions relatives à la communauté chrétienne a été reçue par la NCM ».
Ce n’est pas la première fois que le Premier ministre Narendra Modi s’implique auprès des chrétiens. Il a ainsi visité la cathédrale du Sacré-Cœur à New Delhi le jour de Pâques, le 9 avril. Deux semaines plus tard, Michael, au nom de l’UCF, a écrit une lettre à Modi, dont le parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP), est connu pour avoir adopté un programme nationaliste hindou.
Trois griefs majeurs
Le responsable de l’UCF a énuméré trois griefs majeurs, dont l’impact « néfaste » des lois anti-conversion promulguées dans onze Etats, les attaques fréquentes contre les établissements d’enseignement chrétiens et la discrimination persistante à l’encontre des Dalits chrétiens. Le terme Dalit désigne les castes inférieures ou “intouchables”.
Ils doivent souvent gagner leur vie par de vils travaux tels le ramassage des ordures, et vivre à l’écart des castes supérieures. En 1950, le gouvernement fédéral a inscrit les Dalits hindous sur la liste des castes répertoriées (SC) et les a rendus éligibles à l’éducation gratuite et au quota de 15 % dans les emplois publics et les sièges dans les assemblées législatives afin d’améliorer leur statut social.
Plus tard, cet avantage a été étendu aux Dalits sikhs et bouddhistes. Cependant, des décennies de réclamation en faveur de l’égalité des droits pour les Dalits chrétiens, qui représentent les deux tiers des 34 millions de chrétiens que compte l’Inde, sont restées lettre morte.
Face à l’augmentation constante des actes de violence antichrétienne, l’UCF a exhorté le Premier ministre Modi à « ne pas laisser quelques personnes malavisées étrangler […] la coexistence pacifique en Inde. (…) Nous espérons qu’une discussion sérieuse aura lieu et qu’elle ouvrira la voie à une diminution des atrocités contre les chrétiens, qui ne cessent d’augmenter ».
Données sur la violence antichrétienne
L’UCF a présenté des données chiffrées sur l’augmentation de la violence antichrétienne. « Au cours des 212 premiers jours de l’année 2023, 525 incidents de violence contre des chrétiens ont été signalés dans 23 Etats de l’Inde… qui sont le fait de groupes d’autodéfense d’une confession particulière et qui recevraient le soutien de personnes au pouvoir », souligne un communiqué.
« Les attaques contre les chrétiens ne se limitent pas à la violence collective : 520 chrétiens ont été arrêtés, accusés de fausses conversions forcées sans preuve », précise l’UCF. L’organisation note que les actes contre les chrétiens sont passés de 100 en 2014, date d’arrivée de Modi au pouvoir, à 505 en 2022.
« Nous sommes déçus que les médias aient ignoré ces données alors qu’ils étaient préoccupés par le traitement que le gouvernement a réservé aux chiens errants lors du sommet du G20 », a encore déploré Michael. Référence à un article du Hindustan Times : « Sommet du G20 : la Municipalité de New Dehli se défend alors que l’indignation grandit à propos du traitement des chiens. »
(Sources : CNA – FSSPX.Actualités)
Illustration : Flickr / MEAphotogallery (CC BY-NC-ND 2.0)