Irak : « Le dialogue ne stoppe pas les extrémistes »
C’est ainsi que l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) titrait l’entretien accordé par le patriarche syriaque catholique Ignace Youssef III Younan au lendemain du 27e Conseil des droits de l’homme de l’ONU, tenu le 16 septembre 2014 à Genève. Résidant à Beyrouth (Liban), Mgr Younan n’hésitait pas à déclarer : « nous, les évêques, ne sommes ni militaires ni politiciens mais ce qui est clair, c’est que l’EI [Etat Islamique] doit être stoppé, quels que soient les moyens qu’il faille employer pour cela. Le dialogue ne stoppe pas les extrémistes. La violence s’impose, je ne saurais juste pas dire quel genre de violence. »
Et de préciser que dans les régions conquises par l’EI en Irak, cet extrémisme est inculqué dans les écoles où : « l’islam est présenté aux enfants et aux adolescents comme la religion supérieure, à laquelle toutes les autres doivent se soumettre. » En effet, l’éducation religieuse chrétienne et l’enseignement de la langue et de la culture syriaque sont abolis des programmes scolaires afin d’effacer toute trace de pluralisme culturel et religieux et de transformer les écoles en instruments de propagande de l’idéologie djihadiste aux jeunes générations, déclaraient des sources locales contactées par le site d’information arabe ankawa.com. Parmi les directives imposées par les miliciens du prétendu « Etat islamique » se trouve également l’obligation de renommer les écoles qui portaient des noms chrétiens, désormais parées de la « bataille de Mossoul » et d’autres formules de propagande du nouveau régime du califat.
Dans un entretien avec Aleteia, Francis Ballanche, géographe spécialiste de la Syrie, explique que « l’EI n’est autre que le wahhabisme authentique, prôné par l’Arabie Saoudite, dont le wahhabisme est le ciment idéologique. La population, dès l’école, est très fortement islamisée et ‘wahhabisée’. (…) Nous constatons aujourd’hui dans la population saoudienne, poursuit-il, mais aussi dans beaucoup d’autres populations musulmanes, une réelle sympathie à l’égard de l’EI. Il ne s’agit bien sûr pas de toute la population, mais d’une partie non négligeable, qui dès la petite enfance à l’école, baigne dans le mythe du califat, dans l’idéologie de l’âge d’or de l’islam, auquel il faut absolument revenir. Nous retrouvons dans les manuels scolaires tout ce que dit le califat. La dhimmitude, c’est-à-dire la minoration des chrétiens et des juifs, est quant à elle généralement bien acceptée par les populations musulmanes. C’est pourquoi elles ne s’émeuvent pas beaucoup lorsque les chrétiens sont de nouveau réduits à cet état, ou expulsés. »
Le patriarche chaldéen Louis Raphaël Ier Sako, résidant à Bagdad, déclarait à l’agence Reuters, à propos des frappes aériennes américaines : « Il faut envoyer des hommes sur le terrain, bombarder n'est pas en soi une solution ». Donnant une conférence sur la situation des chrétiens au Proche-Orient, organisée avec l’aide de l’AED, en marge du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Mgr Sako précisait : « Dans le cadre d’une solution politique globale, libération non seulement de la plaine de Ninive, mais aussi de Mossoul. Une coalition internationale dotée d’un mandat des Nations unies sera nécessaire pour protéger et défendre dans cette région les droits de milliers de déplacés sans défense. Les frappes aériennes ne tueront que des innocents. Il faut absolument mettre en œuvre des forces terrestres, et pourquoi pas également venues des pays arabes ? Une formation professionnelle de l’armée centrale irakienne s’impose autant que leur équipement conséquent – tout comme d’ailleurs l’équipement des peshmergas kurdes. »
Le 21 septembre, Mgr Sako adressait un rappel à l’ordre aux prêtres et religieux ayant quitté l’Irak sans en avoir demandé et obtenu l’autorisation de leurs supérieurs : « Nous devons vivre et mourir dans le lieu où Dieu nous appelle », insiste le patriarche qui enjoint tous les prêtres et les religieux ayant quitté l’Irak à rentrer dans leur pays et à se mettre au service de ceux qui se trouvent le plus dans le besoin. Il leur accorde un délai d’un mois pour rendre compte de leur situation à leurs supérieurs en avertissant que des mesures disciplinaires seront prises à l’encontre de ceux qui n’auront pas répondu à cet appel.
L’EI contrôle désormais environ 25% de la Syrie et 40% de l’Irak, soit pratiquement la superficie du Royaume-Uni (237.000 km2).
(Sources : apic/fides/aed/aleteia – DICI n°302 du 10/10/14)
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