Irlande : L’Eglise s’oppose fermement au projet de loi sur l’avortement médical
Mgr John Buckley
Le 18 décembre 2013, le gouvernement irlandais a déposé un projet de loi autorisant l´avortement dans les cas où la vie de la mère serait en danger.
L’Eglise catholique d´Irlande a aussitôt exprimé son opposition, affirmant que cela irait contre l´intention « pro-vie » clairement exprimée par le peuple irlandais et inscrite dans l´article 40.3.3 de la Constitution irlandaise.
Pour le cardinal Sean Brady, archevêque d´Armagh, Mgr Diarmuid Martin, archevêque de Dublin, Mgr Dermot Clifford, archevêque de Cashel et Emly, et Mgr Michael Neary, archevêque de Tuam, la dépénalisation de l´avortement « ouvrirait la voie à des meurtres directs et intentionnels d´enfants à naître. Cela ne peut jamais être justifié moralement, quelles que soient les circonstances ». S’exprimant, le 18 décembre, dans une déclaration publique, les prélats ont appelé à prier pour que la loi proposée par le gouvernement irlandais ne soit pas adoptée par le Parlement, qui devrait la voter avant l´été.
Le lendemain, au cours d’une conférence de presse, Mgr John Buckley (sur la photo), évêque de Cork et Ross, au sud de l´Irlande, a ajouté que, selon des études, pratiquer un avortement pour des raisons de risque de suicide de la mère ouvre la porte à l´avortement sur demande. Et de citer l´Angleterre, où une grossesse sur quatre se termine par un avortement. Il en a ainsi conclu que « l’avortement est la menace la plus grave pour les droits de l’homme ». Le prélat a par ailleurs souligné qu’il est « ironique » de constater qu’alors que le dernier référendum en Irlande, approuvé par toutes les parties, se référait aux droits de l´enfant, « il semble maintenant que l´enfant à naître puisse être privé du droit le plus fondamental de tous, le droit à la vie ».
Les autorités de Dublin ont pris cette décision de légiférer sur l’avortement médical après la vague d’émotion populaire provoquée par le décès, en octobre dernier, de Savita Halappanavar. Cette jeune dentiste, d´origine indienne, âgée de 31 ans, était enceinte de 17 semaines quand elle s’est présentée à l’hôpital le 21 octobre avec d’importantes douleurs dans le dos. Informée qu’elle faisait une fausse couche, elle aurait demandé à plusieurs reprises que l’on mette un terme à sa grossesse, mais les médecins lui auraient opposé un refus tant que le cœur du fœtus battait. Selon certaines sources, on lui administra, à partir du 23 octobre, des antibiotiques. Le 24 octobre, le cœur du bébé s’arrêtait, et on procéda à un curetage. La mère décéda d’une septicémie quatre jours plus tard.
Le lobby pro-avortement s’est précipité pour alerter la presse et organiser des manifestations dans le pays en hommage à la victime. Pourtant, le dossier est très vague. Aucun élément dans le dossier médical n’atteste d’une quelconque demande d’avortement de la part de Savita Halappanavar. Il n’est pas précisé quand la septicémie fut diagnostiquée exactement, et rien ne prouve que celle-ci soit le résultat de la fausse couche. Enfin, il n’est pas même avéré qu’un avortement aurait pu sauver avec certitude la vie de la jeune femme.
La journaliste Jeanne Smits rapporte sur son blog que, du 9 au 12 janvier 2013, le Parlement irlandais a auditionné les différents acteurs du débat sur la légalisation de l’avortement. Un groupe de médecins – « gynécologues, obstétriciens, oncologues… » – ont ainsi témoigné du fait que la sauvegarde de la vie de la mère « n’exige jamais la mise à mort directe et volontaire de son enfant à naître ». Interrogés sur le fait de savoir s’ils avaient déjà eu à connaître des « morts maternelles inutiles », ils ont attesté que « non », ajoutant que « jamais les lois irlandaises ne les ont empêchés de donner des soins nécessaires pour sauver la vie de la mère, notamment en cas de cancer. »
En août 2012, le département de la Santé au Royaume-Uni avait publié des statistiques indiquant que, depuis la légalisation de l’avortement en 1967 en Angleterre et au Pays de Galles, et jusqu’en 2011, 0,006% des interventions ont eu pour but de « sauver la vie de la mère » ou d’empêcher qu’elle subisse un dommage grave et permanent sur le plan physique ou mental. Soit 143 sur plus de 6 millions… La Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) avait pourtant condamné l’Irlande, en 2010, pour avoir refuser de faire avorter une femme atteinte d’un cancer et qui craignait que sa grossesse n’aggrave son état.
L’Irlande bénéficie d’un des plus petits taux de mortalité maternelle dans le monde entier : 3 pour 100.000. Il est en moyenne de 14 pour 100.000 dans les pays développés.
(Sources : apic/afp/leblogdejeannesmits.blogspot.fr – DICI n°268 du 18/01/13)