Italie : L’entretien posthume du cardinal Martini

Source: FSSPX Actualités

Le cardinal italien Carlo Maria Martini, jésuite, ancien archevêque de Milan et figure emblématique du progressisme catholique au 20e siècle, est décédé le 31 août 2012, à l´âge de 85 ans. Il était atteint depuis plusieurs années de la maladie de Parkinson. Retiré depuis 2002, il avait passé 6 ans à Jérusalem avant d´être contraint de rentrer en Italie, en raison de la dégradation de son état de santé.

Au lendemain de sa mort, le quotidien italien Corriere della Sera a publié un entretien posthume de l´ancien archevêque de Milan. Répondant à un confrère jésuite le 8 août dernier, le prélat y décrivait une Eglise « fatiguée », en décalage avec son temps et appelée à la « conversion ». « L´Eglise, expliquait-il, doit reconnaître ses erreurs et prendre la voie radicale du changement, à commencer par le pape et les évêques ». Dans ce dernier entretien avec le P. Georg Sporschill, le cardinal Martini appelait l´Eglise catholique à revoir notamment son approche à l´égard des divorcés remariés, l´invitant également à se demander si les gens écoutaient encore ses conseils en matière de sexualité. Et il terminait ainsi cette ultime intervention en forme de testament : « L´Eglise a 200 ans de retard. Pourquoi ne se réveille-t-elle pas ? Avons-nous peur ? Avons-nous peur plutôt que d´avoir du courage ? »

Théologien audacieux jusqu’à la témérité, le cardinal Martini aimait évoquer les possibilités de « développement » de la doctrine catholique. Ainsi, à l´automne 1999, au cours du Synode pour l´Europe au Vatican, il avait affirmé qu´il était nécessaire de repenser la primauté du pape, et avait appelé à la création d’un organe permettant aux évêques de résoudre ensemble, c’est-à-dire collégialement, les problèmes du jour. En avril 2006, dans un magazine italien, le cardinal avait qualifié le préservatif de « moindre mal » dans certains cas. Il avait aussi envisagé favorablement la fécondation assistée et l´adoption d´embryons congelés par des femmes seules. En janvier 2007, il était à nouveau intervenu alors que l´Eglise italienne se prononçait contre l´euthanasie et venait de refuser des obsèques religieuses à un homme dont un médecin avait accéléré la mort à sa demande. Le cardinal Martini n´avait alors pas hésité à appeler l´Eglise à « plus d´attention pastorale » face à cette question.

Dès lors, on ne peut qu’être choqué de voir la vie d’un prélat à la doctrine aussi suspecte saluée de façon dithyrambique par les autorités romaines, sans la moindre réserve sur ses erreurs multiples et ses provocations incessantes. Ainsi le P. Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, n’a-t-il pas hésité à évoquer « l’héritage précieux » du cardinal Martini, sur lequel il faut « réfléchir sérieusement lorsque l´on cherche les voies de la ‘nouvelle évangélisation’ » : « Avec sa parole, ses nombreux écrits, ses initiatives pastorales innovantes, il a su témoigner et annoncer efficacement la foi aux hommes de notre époque ».

Le cardinal français Jean-Louis Tauran a déclaré de façon irénique que son confrère italien « était trop intelligent pour n´être ni progressiste ni conservateur », car « ce sont des catégories réductrices ». Et dans un message lu lors des obsèques dans la cathédrale de Milan, le 3 septembre, Benoît XVI a salué « la grande ouverture d’âme » du cardinal Martini. Deux jours auparavant, dans un télégramme de condoléances, le pape avait rendu hommage au service généreux rendu à l’Evangile et à l’Eglise par cet évêque qualifié par lui de « sage ».   (Sources : Apic/IMedia – DICI n°260 du 14/09/12)