Kenya : les évêques se mobilisent contre une possible guerre civile

A Nairobi au Kenya, le 12 août 2017.

Les évêques du Kenya déplorent les violences post-électorales qui ont eu lieu dans le pays. Refusant de prendre position entre les différents protagonistes, la Conférence des évêques souhaite jouer un rôle de médiation dans un conflit aux accents ethniques, afin d’éviter une véritable guerre civile. 

La situation demeure extrêmement tendue au Kenya depuis le résultat contesté des élections du début du mois d’août qui a vu le président sortant, Uhuru Kenyatta, être réélu pour un nouveau mandat avec 54,3% des voix.  

Dans plusieurs bidonvilles de Nairobi, mais aussi dans l'ouest du pays, plus d'une dizaine de personnes ont trouvé la mort dans la seule journée du samedi 12 août 2017. 

Selon la Commission kenyane des droits de l'homme, les émeutes auraient fait au moins 24 morts dans tout le pays. La coalition du leader de l’opposition au Kenya, Raila Odinga, a saisi le 18 août la Cour suprême afin de contester les résultats de l’élection présidentielle qu’elle estime entachée de fraudes. 

Pour sa part, la Conférence des évêques catholiques du Kenya a réagi, le 18 août dernier, afin de dénoncer les violences post-électorales dans le pays. 

Dans leur déclaration du 18 août dernier, les 26 évêques membres de la Conférence épiscopale soulignent que « perdre même une seule vie à cause d’une élection est abominable ».  

Concernant plus particulièrement le résultat de l’élection la présidentielle contestée, remportée par le président sortant Uhuru Kenyatta contre son principal adversaire Raila Odinga, les évêques kenyans - se gardant bien de trancher un conflit dont les causes sont surtout ethniques - ont invité les parties qui se sentent lésées, à utiliser les moyens légaux prévus dans la Constitution afin de faire valoir leurs droits. 

La Conférence épiscopale a salué, à ce sujet, la décision de la coalition de l’opposition, de porter l’affaire devant la Cour suprême. « Ce n’est qu’en respectant et en recourant aux institutions constitutionnelles établies que nous serons en mesure d’améliorer et de renforcer l’Etat de droit et le processus démocratique dans notre pays », ont déclaré les prélats. 

En attendant le verdict de la Cour suprême, les évêque du pays ont appelé les hommes politiques à faire preuve de retenue dans leurs déclarations et dans leurs actions, pour éviter tout propos ou comportement imprudents qui susciteraient de la tension et de la division. 

Pour mémoire, l’ethnie majoritaire au Kenya est celle des Kikuyu à laquelle appartient le président réélu. D’origine bantoue, les Kikuyu sont établis principalement entre Nairobi et les Aberdares, une chaîne de montagnes qui s'étend sur 160 kilomètres dans le centre-ouest du Kenya.  

L’autre communauté en conflit avec les Kikuyu est l’ethnie Luo : l’opposant Raila Odinga en fait partie. Les Luo sont établis à l'est, au nord du lac Victoria, précisément dans la province de Nyanza. On les retrouve aussi en Tanzanie, en Ouganda, en République du Congo, en Ethiopie ainsi qu'au Soudan du Sud dont ils sont originaires. La communauté Luo représente le plus grand groupe ethnique non bantou du Kenya. Ils ont joué un rôle important dans l'accession du pays à l'indépendance. 

Ajoutons qu’au Kenya, pays majoritairement protestant et où l’islam est largement minoritaire, à la dimension ethnique se rajoutent les difficultés sociales : pauvreté, famine, marginalisation croissante au sein de la société kenyane. 

L’Eglise catholique, qui représente un peu plus de 23% de la population, entend quant à elle jouer un rôle pacificateur, dans le but d’apaiser les tensions dans le pays et d’éviter une possible guerre civile.