La lettre de Benoît XVI aux catholiques d’Irlande

Source: FSSPX Actualités

Dans sa Lettre aux catholiques d'Irlande, signée le 19 mars dernier, en la fête de saint Joseph, et rendue publique le 20 mars, Benoît XVI invite l’Eglise de ce pays à « reconnaître devant le Seigneur et devant les autres, les graves péchés commis contre des enfants sans défense ». 

« Compte tenu de la gravité de ces fautes, et de la réponse souvent inadéquate qui leur a été réservée de la part des autorités ecclésiastiques dans votre pays – ajoute le Saint-Père –, j'ai décidé d'écrire cette Lettre pastorale pour vous exprimer ma proximité et vous proposer un chemin de guérison, de renouveau et de réparation ». 

S’adressant aux victimes, le pape affirme : il est « compréhensible que vous trouviez difficile de pardonner ou de vous réconcilier avec l'Eglise. En son nom, je vous exprime ouvertement la honte et le remord que nous éprouvons tous. » Il leur demande toutefois de « ne pas perdre espérance », car « c'est dans la communion de l'Eglise que nous rencontrons la personne de Jésus-Christ, lui-même victime de l'injustice et du péché. Comme vous, il porte encore les blessures de sa souffrance injuste. » Benoît XVI admet que « des manquements dans le gouvernement ont eu lieu », en particulier : « il y eut une tendance, dictée par de justes intentions, mais erronée, visant à éviter les approches pénales. »

Puis le Saint-Père estime que « la transformation et la sécularisation rapides de la société irlandaise » ont provoqué « un changement social » avec des effets « contraires à l’adhésion traditionnelle des personnes à l'égard de l'enseignement et des valeurs catholiques ». Il déplore ainsi la diminution des pratiques telles que « la confession fréquente, la prière quotidienne et les retraites annuelles ». Il regrette, « également de la part de prêtres et de religieux », des façons de penser « sans référence suffisante à l'Evangile » admettant que « le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican II fut parfois mal interprété ».

Il évoque encore « des procédures inadéquates pour déterminer l'aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse ; une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats (…) ». Benoît XVI propose une série de mesures concrètes destinées à remédier spirituellement à la crise que traverse l’Eglise en Irlande. Il invite ainsi tous les catholiques irlandais, « à consacrer [leurs] pénitences du vendredi, pendant une année entière, d'aujourd'hui jusqu'à la Pâque 2011 », en vue d’une « effusion de la miséricorde de Dieu et des dons de sainteté et de force de l'Esprit Saint ». Il encourage chacun à « redécouvrir le sacrement de la Réconciliation et à recourir plus fréquemment à la force transformatrice de sa grâce. »

Il demande encore que les paroisses, les séminaires, les maisons religieuses et les monastères « organisent des temps d'adoration eucharistique, de manière à ce que tous aient la possibilité d'y prendre part » afin de « réparer les péchés d’abus qui ont fait tant de mal ». Le Souverain Pontife enfin propose « une Mission au niveau national pour tous les évêques, les prêtres et les religieux », annonçant la visite dans les diocèses de prédicateurs de retraites, venant d’Irlande ou d’ailleurs, afin de parvenir à « une analyse plus profonde de [leurs] vocations respectives, de manière à redécouvrir les racines de [leur] foi en Jésus-Christ ».

Le pape conclut sa Lettre sur le rappel de la figure de saint Jean-Marie Vianney « qui eut une compréhension si riche du mystère du sacerdoce », précisant que « le curé d'Ars a parfaitement compris combien une communauté est bénie quand elle est servie par un prêtre bon et saint. » – Dans La Repubblica du 21 mars, le cardinal Georges Cottier, ancien théologien de la Maison pontificale, considère que le pape, par cette Lettre, invite non seulement les Irlandais, mais « tout le corps de l'Eglise à repenser la vie apostolique et sacerdotale ».