La Liturgie du Monde
Il y aurait de quoi écrire des livres devant la profusion de nouveautés constatées lors du voyage-marathon que le pape vient deffectuer à Toronto pour la Journée mondiale de la jeunesse, puis au Mexique et au Guatemala. Tandis que le volcan des innovations post-conciliaires, en éruption depuis quarante années, est à son paroxysme (du moins lespère-t-on), il en crache dautres à un rythme si dense et si rapide que leur simple énumération ferait lobjet dun catalogue très volumineux. Et pourtant, la coulée de lave des nouveautés post-conciliaires ne cesse datteindre gravement la sainte liturgie qui, en moins dune génération, est passée de la forme la plus parfaite dadoration divine que lhomme ait jamais vue à un spectacle semi-païen qui se dégrade de jour en jour et que même les protestants pieux considèrent comme ridicule et même consternant.
Les récents efforts faits ici et là pour réintroduire une pincée de tradition liturgique dans le ragoût polyglotte quest devenu le rite romain, nont pas empêché la dégradation globale de la liturgie. Il ny a quà voir les liturgies grotesques de la journée mondiale de la jeunesse 2002. Un seul exemple donnera une idée du tout : au cours du festival de musique pop qui tenait lieu de vêpres, une chorale a chanté Adoramus te Christe, avec respect, il faut le dire. Mais dans ce geste passager vers la tradition liturgique catholique, la chorale était accompagné par ... un saxophone de jazz. Ce mélange incongru donnait le résultat suivant, intolérable :
A-do-ra-mus te, Christe.
Boo-boo-WEEEE ! Bah-doody-ooh-do !
Et be-ne-di-ci-mus ti-bi.
Boo-WEEE ! Boo-WEEE ! Bodey-oh-doe !
Puis, il y eut la musique qui accompagnait le chemin de Croix : une bande pop- synthétiseur sur laquelle était enregistré quelque chose qui ressemblait vaguement à du chant grégorien, mais chanté au rythme dune batterie pré-programmée comme ceci : ba-doom-doom-BOP ! ba-doom-doom-BOP!
Est-ce quune exécution publique serait une peine vraiment trop lourde pour les " liturgistes " qui ont conçu de pareilles horreurs ? Quest-il besoin de dire dautre de la JMJ 2002 ? Pas grand-chose de plus que les remarques faites par un reporter du Seattle Times :
" Des religieuses jouaient au frisbee. Un prêtre adepte du rap [le Père Stan Fortuna, plus que ridicule]. Des cercles de batteurs africains. Des danseurs tahitiens. Des concerts de rock jusquà trois heures du matin. Vraiment pas le rassemblement catholique classique. La Journée mondiale de la jeunesse célébrée la semaine dernière à Toronto, était tout sauf normale cétait " lEglise à lenvers " , selon lexpression employée par Philip Hayes de Seattle (16 ans) " .
Pour compléter le tableau, on peut ajouter quelques exemples, tels que la " musique liturgique " pour la messe pontificale. Celle-ci comprenait un numéro de pseudo-chanteurs soul qui faisaient tout ce quils pouvaient pour chanter comme Mariah Carey en braillant chacun leur tour les refrains interminables de " cantiques " insipides en musique pop et ceci, en présence du pape, assis là, courbé en avant dans son fauteuil. Le groupe musical liturgique comportait successivement, des batteries conga, un ensemble complet de batterie, une basse et une guitare électriques, un saxophone soprano et le piano avec amplificateur, omniprésent, destiné à redonner du nerf à la cérémonie à grands renforts de glissandos -vrroom ! vrroom ! Dans lensemble, le niveau des talents était équivalent à celui des perdants au premier tour de nimporte quel concours télévisé.
On a vu aussi la foule habituelle des " assistants eucharistiques " ils étaient 4.000 parmi lesquels une femme portant capeline et lunettes de soleil, et un homme élégamment vêtu dun polo de golf. La présence même de ces " assistants eucharistiques " à la messe pontificale représentait un défi public à la récente, mais vaine " instruction " du Vatican selon laquelle on ne doit pas avoir recours à des " assistants eucharistiques " lorsque prêtres et diacres sont en nombre suffisant (or, ils étaient très nombreux à Toronto) et qui spécifie que ces " assistants " doivent, en tous cas, porter un costume ecclésiastique adéquat. En contradiction avec une autre récente instruction du Vatican, tout aussi vaine, qui concernait la désastreuse traduction anglaise du Novus Ordo Missae, le Credo fut quand même récité à la première personne du pluriel et " et cum spiritu tuo " fut traduit par " et avec vous aussi " .
Lexpression du jeune homme " lEglise à lenvers " résume lensemble de ce quon a pu voir. Des décennies dexpériences sans scrupules dans le laboratoire des nouveautés ont donné exactement " une Eglise à lenvers " ce qui revient à dire : une Eglise tordue. Cette Eglise tordue, constituée de ce que Tom Woods et moi-même appelonsLa Grande Façade à savoir, une collection de nouveautés éphémères qui dissimulent la foi pérenne de nos pères comprend non seulement une liturgie irrémédiablement tordue, mais aussi un cuménisme tordu qui rejette ouvertement le retour des dissidents vers Rome. Au contraire de ce retour des dissidents, nous assistons maintenant à un " dialogue " sans fin, sans objet et voué à léchec avec des " partenaires de dialogue " tels que ce quon appelle lEglise dAngleterre.
Rappelons, au passage, que l " archevêque " anglican de Cantorbéry récemment nommé, Rowan Williams, est en faveur des femmes-évêques, de lordination comme clercs anglicans dhomosexuels effectifs et de lautorisation de divorcer et de se remarier chez les anglicans. Williams a fêté sa nomination en devenant druide oui, jai bien dit druide. Selon lagence UPI : " Larchevêque de Cantorbéry nouvellement désigné, est entré dans un cercle de pierres, revêtu dune cape blanche, pour devenir druide au lever du soleil lundi ... (5 août 2002). " Lagence de presse neo-catholique Zenit a décrit Williams, non pas comme lapostat invraisemblable quil est à lévidence, mais comme un " héritier complexe de larchevêque de Cantorbéry, pas facile à situer " . En effet, je ne pense pas quun druide anglican soit facile à situer. Le pape lui-même a envoyé un télégramme personnel de félicitations à Williams, disant au druide anglican : " Jai confiance quavec laide de Dieu, nous pourrons progresser sur le chemin qui mène à lunité. " (...)
La messe pontificale de béatification de Juan Diego, commencée dans une grande dignité, ne tarda pas à sombrer dans le sacrilège quand apparut un groupe dindigènes qui se mirent à danser devant lautel, portant le costume des prêtres-guerriers aztèques, à savoir des coiffures de plumes volumineuses et des plaques pectorales qui laissaient leurs corps nus jusquà la taille. Tandis que les choristes chantaient un cantique dont je ne me souviens pas, les danseurs aztèques faisaient leur propre démonstration, accompagnée dun vacarme de sifflements qui évoquent le serpent et de tams-tams. ( ....)
Une question primordiale se présente alors delle-même à lesprit de tout catholique capable de reconnaître un scandale quand il en est témoin : au nom du ciel, pourquoi cette évocation de la diabolique culture aztèque (NdlR : cétait une des cultures les plus perverses de tous les temps dans lhumanité, exigeant des guerres à intervalles réguliers pour disposer dun nombre suffisant de victimes humaines pour les sacrifices quotidiens aux fausses divinités) lors dune messe célébrée pour la canonisation du saint précisément choisi par Dieu comme héraut de sa destruction, puisquil lui a permis de convertir miraculeusement sept millions dAztèques en lespace de quelques années ? Juan Diego était un humble Indien qui nappartenait à aucune des classes sociales supérieures de lempire aztèque, comme par exemple celle des prêtres-guerriers redoutables, quon a fait parader fièrement à une messe pontificale avec leurs coiffures à plumes et leurs plaques pectorales prétentieuses. Juan Diego portait une simple tunique de paysan indien, la tunique même sur laquelle devait simprimer miraculeusement limage de Notre-Dame. Cette tunique nétait pas très différente de celle portée par Notre-Seigneur lui-même ou par Fray Toribio, le missionnaire franciscain qui a fait entrer Juan Diego dans lEglise. A sa manière toute simple, la tunique de San Diego, restée miraculeusement intacte jusquà ce jour, est un signe de la divine perennité de lEglise, de même que la liturgie qui a nourri la Foi catholique de son premier possesseur a été et demeure le plus grand signe de cette même perennité. Après sa conversion au catholicisme en 1524, Juan Diego adora le vrai Dieu dans la messe traditionnelle en latin, celle qui avait été apportée jusquau Mexique par les missionnaires espagnols, celle qui allait bientôt être défendue par le concile de Trente contre les attaques furieuses de Luther et de ses compagnons de rébellion protestants. Avant même que la Mère de Dieu napparaisse à Juan Diego sur la colline de Tepeyac en lan 1531 (14 ans seulement avant le concile de Trente), lancien païen recevait déjà la sainte communion à genoux et sur la langue au moins trois fois par semaine. Quand il assistait à la messe à sa paroisse franciscaine, Juan Diego ny rencontrait pas " dindigènes " qui dansent, avec des coiffures et des plaques pectorales, secouant de la ferraille et jouant du tam-tam. Il y trouvait seulement la paix et la dignité hors du temps du rite romain immuable. (...)
Pourquoi avons-nous vu à une messe pontificale en lan 2002 daffreuses extravagances païennes qui auraient fait frémir dhorreur Juan Diego en lan 1531 ? Et ceci, remarquez-bien, venant dun régime réformateur qui ne cesse de prôner le grand progrès dans lEglise, rendu possible par Vatican II. Prôner le progrès au beau milieu de la pire sorte de primitivité, appartient à la contradiction interne fondamentale inhérente à la pensée libérale. Cest cette contradiction interne que nous voyons à loeuvre dans la sainte liturgie défigurée.
Le lendemain de la canonisation de Juan Diego, le pape se rendit à la basilique Notre-Dame de Guadeloupe pour présider la béatification des martyrs Jean-Baptiste et Jacinto de Los Angeles. Evidemment, on sattendait à voir encore de " linculturation " de la liturgie. Eh bien, pendant la " liturgie de la Parole " , quatre femmes en costume indien sapprochèrent de lautel, tenant dune main un bol fumant, et de lautre un bouquet dherbes. Lune delles baigna son bouquet dherbes dans la fumée qui émanait du bol dune autre, puis elle savança jusquau trône pontifical et se mit à exécuter le rituel indien de " purification " de lépoque pré-chrétienne sur la personne du Vicaire du Christ. Lagence de presse UPI décrit ce rituel comme " une pratique traditionnelle destinée à lorigine à purifier les gens de la maladie et des mauvais esprits " . Tandis que le pape était visiblement de plus en plus mal à laise, la femme frottait son bouquet dherbes le long de ses bras, de haut en bas, de bas en haut, puis dune épaule à lautre, encore et encore, jusquau moment insoutenable où tout le monde eut limpression quelle ne sarrêterait pas tant que quelquun ne viendrait lenlever de là ; mais elle termina sa " purification " du pape. (...)
Comble dironie, ce rituel païen du Mexique pré-chrétien a fait partie de la cérémonie de béatification de deux martyrs catholiques, tous deux avocats généraux, torturés et tués en 1700 pour avoir averti les autorités locales que des rituels païens étaient pratiqués clandestinement par des Indiens dans la paroisse catholique de San Francisco Cajonos. Lironie de la situation na pas échappé à la presse. Lagence de presse UPI observait : " Quelle ironie ! La cérémonie de jeudi a été truffée de rituels rappelant les cérémonies païennes que les deux hommes avaient signalées aux autorités. " Cest plus que de lironie, cest de la folie. (...)
A lheure actuelle, lélément humain de lEglise Catholique est en grande partie pris de folie.
Cest de la folie de dialoguer indéfiniment avec des druides anglicans. Cest de la folie de jouer du saxophone pendant le Adoramus te Christe. Cest de la folie de canoniser Juan Diego en insérant en plein milieu de la messe pontificale un rappel de latavisme quest la culture aztèque. Cest de la folie de permettre à une femme indienne de passer des herbes fumantes sur le corps du vicaire du Christ pendant la cérémonie de béatification de deux Indiens martyrisés pour avoir dénoncé la pratique de rituels païens. Cest de la folie de paganiser le culte catholique, au moment même où le culte aztèque réapparaît au Mexique et où les autochtones quittent lEglise en masse pour rejoindre les Témoins de Jehovah ou les sectes protestantes.
Et sil vous reste quelque doute que ce soit de la folie, réfléchissez à ceci : tandis que la liturgie du Novus Ordo est soumise à une inculturation rampante qui fait admettre des rituels païens abandonnés depuis des siècles par les Indiens convertis, le rite romain traditionnel de la messe le cur même du culte catholique depuis plus de 1 500 ans est tenu sous clef et il est strictement interdit de lutiliser hors permission spéciale. Ce ne peut être rien dautre quun renversement diabolique de lordre normal des choses. Cest la démence à son comble.
Pendant la liturgie de la Parole à Mexico, Mgr Heras a fait un lapsus qui en dit long. Quand la " purification " du pape par lIndienne a été terminée, il dit : " Nous allons maintenant poursuivre la liturgie du monde. " [NdlT : Il aurait dû dire : liturgie de la Parole. Lapsus sur les deux mots anglais " Liturgy of the Word (parole) " et " Liturgy of the World (monde) " .]
Arroyo (le commentateur de télévision) a essayé de rattraper la bévue en disant : " Oui, cest la liturgie du monde aussi. "