La réforme de la Curie avance à coups de décrets
A la suite de la modification de la structure de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le pape François vient de signer un nouveau décret allant dans le sens d’une plus grande décentralisation, conformément au principe de synodalité, nouveau paradigme au cœur de l’actuel pontificat.
En une seule journée, le 11 février 2022, François a signé deux motu proprio promulgués la semaine suivante. Le premier, réorganisant l’ancien Saint-Office, a déjà largement été évoqué par FSSPX.Actualités.
Le second, en choisissant de modifier l’attribution de certaines compétences prévues par les Codes de droit canonique des Eglises catholiques latine et orientale, entend favoriser une « saine décentralisation ». Qu’en est-il exactement ?
Deux objectifs sont ici visés par le souverain pontife : d’une part « promouvoir le sentiment de collégialité et de responsabilité pastorale » au niveau de chacune des conférences épiscopales ; d’autre part « soutenir les principes de rationalité, d’efficacité et d’efficience », comme l’indique l’introduction du décret papal.
Concrètement, il s’agit de décentraliser certaines compétences attribuées jusqu’ici à différents dicastères de la Curie romaine, qui vont être confiées aux évêques (diocésains ou réunis en Conférences épiscopales ou selon les structures hiérarchiques orientales) et aux Supérieurs majeurs des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique.
Pour ce faire, le successeur de Pierre a décidé de porter dix modifications au code de droit canonique de l’Eglise latine ainsi qu’au Code des Eglises orientales.
Vis-à-vis des religieux
Certaines modifications concernent le renvoi des religieux, de profession temporaire ou perpétuelle. La procédure est simplifiée. Il est à remarquer que c’est un certain retour à la discipline du Code de 1917. Visiblement, le « garantisme » qui surprotégeait le sujet au détriment du bien commun, et qui avait été mis en place par le Code de 1983, est passé de mode.
L’approbation de catéchismes
Le décret accorde aussi aux conférences épiscopales la publication de catéchismes sur leur territoire. L’approbation du Saint-Siège n’est plus réclamée, mais une simple confirmation suffit. Il est vrai que, pendant longtemps, les évêques ont bénéficié de cette licence. Mais progressivement, pour des raisons diverses, le Saint-Siège a voulu exercer un certain contrôle.
Et il suffit d’évoquer le scandale de catéchismes comme Pierres Vivantes ou des tristement célèbres manuels publiés en Hollande dans les années 1970, pour rester perplexe devant la « saine décentralisation » évoquée dans un commentaire de Mgr Marco Mellino, secrétaire du Conseil des cardinaux, et membre du Conseil pontifical pour les textes législatifs.
Erection de séminaires et incardination des clercs
Le décret accorde également à l’évêque diocésain la faculté de créer un séminaire sur son territoire et « d’adapter la formation des prêtres aux besoins pastoraux de chaque région ou province », par une simple confirmation du Saint-Siège. Il faut noter également le souci d’éviter des « clercs acéphales et errants », contre lesquels, il est vrai, l’Eglise s’est toujours efforcée de lutter.
Mais ne serait-il pas aussi important d’éviter de voir se former des épiscopats « acéphales et errants », comme les assemblées du Chemin synodal allemand en donnent actuellement le plus déplorable exemple ?
En résumé, on peut se demander si les nombreux décrets signés sous l’actuel pontificat ne marquent pas une évolution majeure dans la vision du droit ecclésial : depuis le code pio-bénédictin promulgué en 1917, l’Eglise choisissait une approche « codifiante » de la loi, afin de pallier l’éparpillement des différentes sources du droit.
Depuis 2013 au moins, en revanche, un mouvement inverse paraît s’amorcer sous l’avalanche d’une multiplication de décrets qui s’accumulent et qui doivent être régulièrement synthétisés. Au risque de s’y perdre un peu, surtout quand on sait que la notion de collégialité préside à cette évolution.
Mais ne serait-ce pas précisément pour préparer une décentralisation majeure prévue dans la future Constitution apostolique censée réformer une Curie romaine qui, depuis les derniers motu proprio, apparaît de plus en plus dépouillée de ses fonctions ?
Comme le dit très bien Aline Lizotte : « La décentralisation est certainement nécessaire, et elle est un bien. Mais, si elle détruit le centre, elle n’a plus aucun sens. »
(Sources : Vatican News/Saint-Siège/Smart Reading Press – FSSPX.Actualités)
Illustration : Photo 70885929 / Pope Francis © Rinofelino | Dreamstime.com