La Sainte Chapelle de Versailles restaurée

Source: FSSPX Actualités

La toiture de la chapelle du château de Versailles rénovée

Le chantier colossal de rénovation de la Chapelle royale du château de Versailles s’achève en ce printemps 2021. Au mois de janvier, les échafaudages qui couvraient l’ensemble du bâtiment ont été retirés, dévoilant au regard la splendeur de la croix dominant le toit d’ardoise recouvert d’or, avec son escorte de statues de saints brillamment restaurées.

Le dessein de Louis XIV avait toujours été de faire de la chapelle du château « le lieu le plus magnifique de ce somptueux et brillant édifice ». Ainsi s’exprimait Le Mercure galant lors de la bénédiction de l’oratoire, en 1682, au moment où toute la cour s’installait à Versailles. A l’époque, la chapelle occupait l’endroit situé entre l’extrémité du grand appartement du roi et la grotte de Thétis, l’actuel salon d’Hercule. C’était son quatrième emplacement.

La première chapelle avait été installée en 1665 dans le petit pavillon d’angle nord-est, puis elle avait déménagé en 1672 dans l’actuelle salle des gardes de la reine, avant de gagner, quatre ans plus tard, la grande salle des gardes du roi, l’actuelle salle du sacre. Mais le Roi-Soleil envisageait déjà « l’édification de la chapelle définitive qui devait être le véritable couronnement de son œuvre Edouard Guillou, Versailles, le palais du soleil, Editions d’histoire et d’art, Plon, 1963, p. 111. ».

Dix ans de travaux et un chef-d’œuvre

Son premier architecte, Jules Hardouin-Mansart Jules Hardouin-Mansart (1646-1708) succède à partir de 1676 à Louis Le Vau, premier architecte du château de Versailles disparu en 1670, remplacé dans un premier temps par François II d’Orbay (1634-1697)., lui soumit le plan définitif de la future chapelle en 1699 ; il se substituait à plusieurs projets dont les plus anciens remontaient à 1679. Retardé par la guerre de la Ligue d’Augsbourg, le chantier pouvait enfin commencer. Mansart n’en vit pas la fin. Ayant rendu son âme à Dieu le 11 mai 1708, ce fut son beau-frère, Robert de Cotte, qui en acheva les travaux.

Dernier grand chantier de Louis XIV, la construction de la Chapelle royale nécessita plus de dix ans de travaux et coûta au trésor royal deux millions et demi de livres. Le 5 juin 1710, le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, en consacrait les murs, en présence de quatre-vingts prêtres et de toute la cour.

Le marquis de Dangeau Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau (1638-1720), successeur de Scudéry à l’Académie française, est l’auteur de Mémoires ou Journal de la cour de Louis XIV portant sur la période 1684-1720. rapporte comment la procession du ciboire, transporté de l’oratoire jusqu’à sa nouvelle demeure, « fut suivie par le duc et la duchesse de Bourgogne, les ducs de Bretagne et de Chartres, le comte de Charolais. Pour lui, le roi avait examiné la chapelle de haut en bas dès le 22 mai, et essayé l’acoustique en y faisant chanter un motet Cité par Claire Constans, Versailles, château de la France et orgueil des rois, Découvertes Gallimard, RMN, 1989, p. 47. ».

La Chapelle royale de Versailles est dédiée à saint Louis, le roi croisé qui est aussi le saint patron du Roi-Soleil. Elle est à Versailles ce que la Sainte-Chapelle est à l’île de la Cité, lieu de l’ancien palais où vécut Louis IX. La parenté architecturale entre les deux édifices a été relevée Par exemple, par Pierre Pradel, in Symbolisme de la chapelle de Versailles, Bulletin monumental, 1937, et par Dom Guillou, op. cit., p. 111..

Une restauration… sans lanternon

La restauration admirable qui s’achève aujourd’hui n’est pas allée jusqu’à reconstituer le lanternon qui primitivement surplombait la toiture de la chapelle.

Dom Guillou fait remarquer que, tandis que le château se développe tout en longueur, seule la chapelle est toute en hauteur : « la verticale religieuse croise l’horizontale humaine. Et cela se voyait mieux encore quand, sur le toit de l’édifice sacré, plus beau et plus orné que tous les autres, avec ses festons dorés et sa crête de fleurs de lis, s’élevait dans le ciel un lanternon doré. Saint-Simon parlait “d’un horrible exhaussement par-dessus le château”… Ce qui est horrible, c’est d’avoir si mauvais jugement. D’autant que l’élan de la chapelle, si parfaitement expressif, est fortement équilibré par plusieurs lignes longitudinales qui s’accordent à l’ensemble du palais Guillou, op. cit., p. 110. ».

Le lanternon n’était pas petit. En 1729, le jeune Louis XV voulut savoir combien de personnes pouvaient y tenir. Il y fit monter des couvreurs, des maçons, des charpentiers, et même des soldats et des gardes. Au total, il en tint 139 ! C’est dire à quel point l’édifice était robuste.

En 1759 pourtant, une réfection générale de la charpente s’avéra nécessaire. La hauteur et le poids du lanternon la rendaient délicate. Le maître-plombier Thibault proposa le démontage et la reconstruction de la lanterne, en préconisant de remplacer le bois de la structure par du fer soudé et les éléments en plomb par du cuivre. Le 9 novembre 1764, le marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments du roi, transmettait à l’architecte Gabriel le rapport du maître-plombier.

Gabriel, premier architecte du roi Ange-Jacques Gabriel (1698-1782), successeur de Robert de Cotte, devient premier architecte du roi et directeur de l’Académie royale d’architecture en 1742., voulait marquer de son empreinte l’ensemble du palais. Il prétendait le mettre au goût du jour, désormais plus sobre et tourné vers l’antique, en supprimant les éléments trop baroques à ses yeux. Dans sa réponse du 23 novembre 1764, il invoque des risques d’infiltrations d’eau entre le nouveau lanternon et la toiture pour préconiser « la suppression totale de cette lanterne » ainsi que de « tout ce fatras d’ornements » (sic).

Outre la suppression du lanternon, Gabriel recommandait d’arracher tous les ornements en plomb de la chapelle pour ne laisser au sommet qu’une toiture aux lignes sobrement nues, en harmonie avec les nouvelles façades qu’il voulait édifier. Le résultat conduirait à l’abaissement de la chapelle jusqu’à la ligne de crête des futures constructions.

Le maître-plombier Thibault réexamina la toiture et le lanternon, et écrivit à Marigny le 7 décembre 1764. Fort des relevés précis qu’il avait effectués, il tempérait le constat alarmiste du premier architecte : seules les colonnes du lanternon étaient pourries par endroits et pouvaient être remplacées par des colonnes en fer. Il recommandait aussi l’emploi de mastics étanches et l’application de plusieurs couches de peinture pour pallier les dangers de corrosion.

Hélas, Marigny céda aux pressions de Gabriel qui préconisait une restauration moins coûteuse – une perspective qui avait le soutien de Lécuyer, contrôleur général des Bâtiments du roi.

Il se heurta à l’opposition du dauphin Louis-Ferdinand Louis-Ferdinand de France (1729-1765), quatrième enfant et fils aîné de Louis XV et de Marie Leszczynska., encouragé par le parti dévot, hostile à cette innovation ainsi qu’à la destruction des symboles religieux et royaux qui ornaient le toit de la chapelle.

Finalement, Louis XV trancha le 25 avril 1765 en décidant la suppression du lanternon et des deux grands motifs des armes de France placés en guise de soutien de part et d’autre. Néanmoins il conservait les autres ornements de la toiture. Le fastueux lanternon fut détruit en juin 1765. Haut de 12 mètres, il achevait de donner à l’ensemble une beauté incomparable.

Malgré son absence, il faut saluer le travail réalisé aujourd’hui par les différents corps de métiers. Non seulement la toiture a entièrement été refaite avec ses dorures à la feuille d’or, mais le programme conduit par Frédéric Didier, architecte en chef des monuments historiques, s’est étendu aux vitraux avec ses armatures métalliques également redorées, à la charpente nettoyée et réparée, et encore à tout le décor sculpté.

C’est ainsi que les vingt-huit statues de la balustrade extérieure, toutes réalisées en pierre de Tonnerre et représentant apôtres, évangélistes, prophètes, pères de l’Eglise et vertus chrétiennes ont été rénovées, de même que les reliefs, frises, cartouches et moulures qui décorent les murs de la chapelle Le lecteur trouvera des reportages sur le chantier de restauration de la Chapelle royale de Versailles sur le site Internet, lescarnetsdeversailles.fr..

 

(L’extrait de cet article, signé par M. l’abbé Thouvenot, est tiré du Nouvelles de Chrétienté n° 188, où il peut être lu en intégralité. La revue est disponible sur abonnement.)