La vie nouvelle du baptisé dans les psaumes (2)
La croissance de la vie nouvelle du baptisé
Pour faire grandir en nous la vie reçue au baptême, il est nécessaire de développer les vertus théologales. En effet, la vie chrétienne est avant tout une vie de foi, d’espérance et de charité. Ici encore, le Psalmiste en avait bien conscience puisqu’il l’évoque régulièrement dans le Psautier.
Pour qu’un être raisonnable soit en mesure de tendre constamment vers un but précis, il faut qu’il en ait la connaissance et le désir. On ne veut que ce que l’on connaît, et l’on ne recherche efficacement que ce que l’on espère obtenir. Enfin, l’amour est le moteur qui stimule le désir, car on ne désire que ce que l’on aime. Cette loi psychologique montre la place de la foi, de l’espérance et de la charité dans la vie chrétienne. Pour tendre vers Dieu, il faut tout d’abord le connaître, puis croire qu’il est possible de l’atteindre. Enfin, il nous faut l’aimer. L’amour aide à surmonter les obstacles inhérents à toute vie humaine.
Une vie de foi
Saint Jean a dépeint ainsi l’un des effets merveilleux du baptême : « Mes bien-aimés, tous ceux qui sont nés de Dieu triomphent du monde ; et la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi » (1 Jn 5, 4). Les baptisés, étant nés de Dieu, triomphent du monde par la foi. Et Notre-Seigneur a promis le bonheur à ceux qui croiraient en lui sans l’avoir vu, quand il a dit à l’Apôtre incrédule : « Parce que tu m’as vu, Thomas, tu as cru. Heureux ceux qui croiront sans avoir vu » (Jn 20, 29). Quand nous récitons le rosaire, en contemplant le mystère de la Résurrection, nous demandons à Dieu précisément la foi.
Cette vertu surnaturelle est déjà présente dans l’âme des justes de l’Ancien Testament et notamment en David. Le roi-prophète est constamment en butte à des ennemis. Dans ce combat, il lutte avec courage, patience et persévérance, et il arrive à déjouer leurs pièges grâce à sa foi chevillée au corps. Il témoigne de sa foi quand il écrit : « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé » (Ps 115, 10). Alors qu’a-t-il dit ? Voici quelques versets choisis parmi tant d’autres qui développent le contenu de sa foi : une foi intègre et profonde. La foi est résumée dans les articles du Credo. Or le roi-prophète croit en Dieu le Père, en son Fils, à l’Esprit-Saint ; il croit en la toute-puissance de Dieu, en sa majesté, en sa sainteté. Il croit en l’Église que le Christ va fonder, il croit à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Il croit en l’existence du Ciel et de l’enfer, et en la nécessité de suivre les commandements de Dieu pour mériter l’accès au paradis.
Dès le psaume 2, il déclare en portant un regard sur les relations entre Dieu le Père et son Fils : « Le Seigneur m’a dit : tu es mon Fils ; je t’ai engendré aujourd’hui » (Ps 2, 7). De toute éternité, Dieu le Père engendre son Fils qui lui est égal. Le terme aujourd’hui désigne le présent éternel, car pour Dieu il n’y a ni passé ni futur. David reconnaît aussi l’existence de la troisième Personne divine, l’Esprit-Saint, puisqu’il dit dans un psaume : « Ne retirez pas de moi votre Esprit-Saint » (Ps 50, 13). Dans un autre psaume, il montre la mission de l’Esprit-Saint : « Votre bon Esprit, [Seigneur], me conduira dans une terre ferme » (Ps 142, 10). Le bon Esprit, c’est l’Esprit-Saint et la terre ferme désigne le Ciel. Ainsi Dieu qui est la sainteté même guide le Psalmiste sur le chemin du Ciel. Admirant les attributs divins, celui-ci s’exclame : « Le Seigneur est grand et digne de toute louange, dans la cité de notre Dieu, sur sa sainte montagne » (Ps 47, 2). « Béni soit éternellement le nom de sa majesté » (Ps 71, 19). « Son nom est saint et terrible » (Ps 110, 9).
Le Psalmiste parle donc abondamment de Dieu mais aussi de l’Église que le Christ va fonder, puisqu’il écrit : « Je [il s’agit du Christ, ndlr] ferai connaître votre saint nom à mes frères, je publierai vos louanges au milieu de l’Église » (Ps 21, 23). Saint Robert Bellarmin commente ainsi ce verset : « Le Christ raconte le fruit de sa résurrection, qui est la conversion du monde au vrai Dieu. Après ma résurrection, j’enverrai, [dit le Christ], mes Apôtres dans le monde entier, et par eux je raconterai votre saint nom, c’est-à-dire je ferai connaître votre Divinité à tous les hommes qui sont mes frères depuis mon Incarnation, et ainsi je vous louerai au milieu de l’Église. »
Revenant en lui-même, après avoir admiré Dieu et son Église, David se reconnaît pécheur. Il sait qu’il a besoin d’être pardonné. C’est pourquoi, il espère en la miséricorde divine : « Heureux, dit-il, ceux dont les iniquités ont été remises, et dont les péchés sont couverts » (Ps 31, 1). Il croit aussi en la résurrection de la chair puisqu’il écrit : « Ma chair aussi reposera dans l’espérance, parce que vous ne délaisserez pas mon âme dans l’enfer ; vous ne permettrez pas que votre saint connaisse la corruption » (Ps 15, 9-10). Bossuet commente ainsi ce passage : « Que crains-tu, âme chrétienne, dans les approches de la mort ? Crains-tu de perdre ton corps ? Mais que ta foi ne chancelle pas : pourvu que tu te soumettes à l’esprit de Dieu, cet esprit tout puissant te le rendra meilleur, saura bien te le conserver pour l’éternité 1 ». Prenant appui sur les promesses divines, le Psalmiste proclame : « Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur » (Ps 88, 2).
Bien sûr que le Psalmiste croit au Ciel. Voilà pourquoi il dit : « Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur » (Ps 121, 1). La « maison du Seigneur » désigne le Ciel. Le Psalmiste porte également un regard de foi sur le malheur des damnés : « Ils ont été mis dans l’enfer comme un troupeau de brebis. La mort les dévorera » (Ps 48, 15). Saint Robert Bellarmin explicite la pensée de l’écrivain sacré : « Le Prophète ayant dit que le péché rend les hommes semblables aux bêtes, il dit que leur fin sera comme la leur, et qu’ils seront victimes de la mort à la manière des troupeaux. C’est là ce qui montre la débilité de ces hommes qui tombent après leur mort dans les enfers, ainsi que des brebis qui sont poussées hors l’écurie pêle-mêle, et conduites à l’abattoir sans résistance ». Le Psalmiste donne encore des précisions sur le sort des damnés : « Le Seigneur fera pleuvoir des pièges sur les pécheurs ; le feu, le soufre et les esprits des tempêtes sont la part de leur calice » (Ps 10, 7). Saint Thomas en déduit les propos suivants : « Les pécheurs seront liés de telle sorte qu’ils ne puissent échapper aux maux, ni obtenir des biens. Aussi est-il dit : Il fera pleuvoir des pièges sur les pécheurs, c’est-à-dire qu’il enchaînera leurs sens. Ainsi le soufre se réfère à l’odorat et le feu au toucher : « Le feu ne s’éteindra pas » (Is 66, 24). “Ils furent jetés vivants dans l’étang de feu” (Ap 19, 20). Il en est de même pour leurs affections, car ils ne se reposent pas. En effet, les esprits des tempêtes sont la part de leur calice, c’est-à-dire que les démons les troublent, les molestent et les affligent ».
En voyant le sort déplorable des âmes qui tombent en enfer, on comprend mieux qu’il n’est pas indifférent de suivre ou de violer ici-bas la Loi de Dieu. Voilà pourquoi dès le premier psaume, le roi-prophète disait : « Heureux l’homme qui n’a point marché dans le conseil des impies, et qui ne s’est pas arrêté dans la voie des pécheurs, et qui ne s’est point assis dans la chaire de pestilence ; mais qui a ses affections dans la Loi du Seigneur » (Ps 1, 1-2).
Une vie d’espérance
Le manque de foi fait perdre l’espérance, comme l’ont montré les disciples d’Emmaüs avant d’avoir reconnu le Christ ressuscité. Et à l’inverse, la foi conduit à l’espérance. Voilà pourquoi, Notre-Seigneur chercha le jour de Pâques à ranimer la foi des deux disciples abattus pour leur rendre l’espérance. « Hommes sans intelligence, leur dit-il. Esprits lents à croire tout ce qu’ont annoncé les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ainsi pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 25-26)
L’espérance est sans conteste l’une des vertus les plus louées par le Psalmiste. David en proie à mille épreuves puise dans cette vertu la force pour continuer vaillamment sa route sur le chemin du Ciel.
« Bienheureux l’homme dont le nom du Seigneur est l’espérance ! » (Ps 39, 5). Le Psalmiste montre ici que l’espérance consiste à s’appuyer sur le secours divin. Le fruit de son espérance sera le bonheur éternel : « Que tous ceux qui mettent leur espérance en vous, Seigneur, se réjouissent, ils seront éternellement remplis de joie et vous habiterez en eux » (Ps 5, 12). Des généralités, il en arrive à révéler les dispositions de son âme et les fruits qui en résultent : « Moi, dit-il, je suis comme un olivier fertile dans la maison de Dieu ; j’ai mis mon espérance dans la miséricorde de Dieu pour l’éternité et pour les siècles des siècles » (Ps 51, 10). Saint Augustin commente ce verset en s’appuyant sur l’Évangile : « L’olivier stérile, comme le figuier de l’Évangile, qui ne produit rien est l’image du pécheur. Ils ne sont bons tous deux qu’à être coupés et jetés au feu. L’olivier fertile, au contraire, et qui porte du fruit en abondance, est l’image du juste qui mérite d’avoir place dans la maison du Seigneur. L’espérance dans la miséricorde de Dieu est le fondement solide du salut éternel, mais à condition de mettre son espérance en Dieu, non pour acquérir les biens temporels, mais les biens éternels pour l’éternité et pour les siècles des siècles. En ajoutant pour les siècles des siècles, le Prophète a voulu attester combien solidement il est affermi dans son amour pour le royaume des cieux et dans son espérance pour l’éternelle félicité.
Une vie de charité
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Dt 6, 5). C’est là le premier commandement. Le Psalmiste l’a bien compris lui qui chante sans cesse son amour du bon Dieu. Il y trouve sa consolation, sa force, sa joie. Et non seulement, il le chante de bouche mais encore par sa vie.
« Dieu est le Dieu de mon cœur, et mon partage pour l’éternité » (Ps 72, 26). Notre cœur est fait pour Dieu. Bossuet explique ainsi la place de l’amour dans la relation de l’homme avec Dieu. « Dieu, dit-il, est le premier principe et le moteur universel de toutes les créatures. L’amour aussi fait remuer toutes les inclinations et les ressorts du cœur les plus secrets, il est comme le Dieu du cœur. Mais, afin d’empêcher cette usurpation, il faut qu’il se soumette lui-même à Dieu, afin que notre grand Dieu étant lui-même le Dieu de notre amour, il soit en même temps le Dieu de nos cœurs, et que nous puissions lui dire avec David : Dieu de mon cœur et mon partage pour l’éternité2 ». Les disciples d’Emmaüs ont expérimenté l’action profonde du Christ ressuscité au fond de leur cœur lorsqu’il s’est révélé à eux le jour de Pâques. Après l’avoir quitté, ils avouèrent : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait sur le chemin, et nous expliquait les Écritures ? » (Lc 24, 32)
Celui qui aime ne se lasse pas de témoigner son amour à son amant. Ainsi le Psalmiste chante la profondeur de son amour de Dieu en révélant : « Mon cœur et ma chair tressaillent d’amour pour le Dieu vivant » (Ps 83, 3). Dans son commentaire, saint Robert Bellarmin explique le sens de l’expression Dieu vivant. « Le Prophète prouve la force du sentiment dont il vient de nous parler en nous disant que son âme et son cœur ont tressailli dans la louange divine, car tel est le penchant de ceux qui aiment se perdre dans la louange de l’objet de leur amour. Dieu est ici appelé le Dieu vivant, d’abord par opposition aux idoles, qui “ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas” (Ps 113, 13-14), mais aussi parce que Dieu seul est vivant par lui-même. Seul le Seigneur tient de lui-même la volonté et l’intelligence ; il est la vie, il est cette fontaine de vie, ne recevant de personne et donnant à tous ».
Le Psalmiste annonce que le bonheur du Ciel est spécialement promis à ceux qui, sur la terre, auront pratiqué la charité fraternelle et à ceux qui auront fait miséricorde à leur prochain selon ce qui est écrit : « Oh ! qu’il est beau, qu’il est agréable pour des frères d’habiter ensemble, car c’est là que Dieu attache la bénédiction et la vie à jamais » (Ps 132, 1 et 3). Dans un autre psaume, David portant un regard sur les élus disait : « La miséricorde divine m’environnera » (Ps 31, 10). Partant de cette considération, Bossuet en tirait comme conséquence la nécessité d’être à notre tour miséricordieux : « Sous un père si bon que Dieu, quelle douceur pouvons-nous prétendre si nous sommes durs et inexorables ? Vous voyez donc la liaison qu’il y a entre la miséricorde reçue et la miséricorde exercée3. »
Quelle conclusion tirer de ces réflexions sur la pratique des vertus théologales sinon de suivre les exhortations de saint Jean Chrysostome qui commente ainsi ce verset du Psalmiste : « Conduisez-moi dans la voie éternelle » (Ps 138, 24). « Quelle est cette voie éternelle ? La voie spirituelle qui conduit au Ciel et qui n’a pas de fin. Toutes les autres choses sont de courte durée, renfermées qu’elles sont dans l’espace si étroit de la vie présente. Le Psalmiste laisse donc tous ces biens passagers, pour s’attacher à ce qui est immortel, éternel, infini. Or, comment parvenir à cette voie ? Il faut pour cela joindre au secours de Dieu ses efforts personnels, s’appliquer à la pratique de la vertu, de la sagesse, et chercher à se rendre supérieur à tous les événements de cette vie. Rien de ce qui a rapport à la vie éternelle n’est passager ou périssable. Le privilège de la vertu est d’avoir toujours des fruits pleins de vie et qui ne se flétrissent jamais, des biens immortels et infinis en douceur autant qu’en durée. »
Le catholique enrichi par la grâce sanctifiante possède un trésor ineffable. Grâce aux vertus théologales, il peut s’unir à Dieu dès ici-bas et vivre de ce qui fera son bonheur au Ciel. Élisabeth de la Trinité du fond de son carmel de Dijon en a fait l’expérience puisqu’elle écrivait : « Nous portons notre Ciel en nous, puisque celui qui rassasie les glorifiés dans la lumière de la vision se donne à nous dans la foi et le mystère ; c’est le même. Il me semble que j’ai trouvé mon Ciel sur la terre, puisque le Ciel, c’est Dieu ; et Dieu est en mon âme. Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé pour moi. Et je voudrais dire ce secret tout bas à ceux que j’aime ».
La méditation des psaumes nous fait découvrir le degré incroyable d’intimité que le Psalmiste entretenait avec Dieu. Puissions-nous en ce temps pascal prendre le temps de méditer à notre tour quelques-unes de ses paroles afin de grandir dans l’amitié de Dieu et de développer les vertus théologales qui nous permettront de le rejoindre un jour dans l’éternité bienheureuse du Ciel.
Abbé Patrick Troadec
A lire : Les fins dernières dans les psaumes
- 1Bossuet, La mort, IVe semaine de Carême, 1662.
(Source : FSSPX.Actualités du 23/04/2020)