La visite de François Hollande au pape François
Le 24 janvier 2014, le président de la République française, François Hollande, a eu un entretien privé de 35 minutes avec le pape. Il était accompagné d’une délégation d’une quinzaine de personnes qu’il a présentées au Souverain Pontife, à l’issue de l’audience, parmi lesquelles se trouvaient : le ministre de l’intérieur Manuel Valls, le militant écologiste Nicolas Hulot, le Père Georges Vandenbeusch, prêtre de la région parisienne enlevé mi-novembre par le groupe islamiste Boko Haram au Cameroun et libéré le 31 décembre dernier, ainsi que la directrice du quotidien La Croix, Dominique Quinio. A cette occasion, le chef d’Etat français a offert au pape un ouvrage de gravures de Maurice Boutet de Monvel datant de 1929 et intitulé Saint François d’Assise. « C’est aussi votre patron », a glissé le pape au président de la République à qui il a remis une grande médaille de son pontificat, dans un coffret blanc.
Dans un communiqué de presse, le Saint-Siège a donné quelques éléments de cet entretien : « Dans le contexte de la défense et de la promotion de la dignité de la personne humaine, quelques thèmes d’actualité ont été discutés, comme la famille, la bioéthique, le respect des communautés religieuses et la protection des lieux de culte », est-il indiqué. « La conversation s’est poursuivie sur des thèmes à caractère international, comme la pauvreté et le développement, les migrations et l’environnement », précise le communiqué, ajoutant : « Elle s’est étendue, en particulier, sur les conflits au Moyen-Orient et dans quelques régions de l’Afrique, en souhaitant que dans les différents pays concernés la coexistence sociale pacifique puisse être rétablie à travers le dialogue et la participation de toutes les composantes de la société, dans le respect des droits de tous, spécialement des minorités ethniques et religieuses ».
Dans une déclaration prononcée à l’Institut français Centre Saint-Louis, juste après sa visite au Vatican, François Hollande a tout d’abord souligné le « respect du peuple français pour le message de paix, de solidarité et de justice » du pape François. Le président de la République a ensuite énuméré les « convergences » de vue entre la France et le Saint-Siège sur de « grands sujets internationaux », à commencer par la situation en Centrafrique, où la France est récemment intervenue. Plus généralement, François Hollande a demandé que la France et le Saint-Siège continuent de travailler, selon leurs « responsabilités respectives », pour que l’Afrique, « qui connaît la pauvreté », soit au cœur des préoccupations internationales.
Concernant la Syrie, il a souhaité devant le pape que le Vatican « puisse accueillir la coalition démocratique syrienne pour bien faire comprendre que la paix doit être cherchée à travers une solution politique qui permette le pluralisme » et aller ainsi vers la « transition ». Le président français a aussi rappelé l’importance de faire « cesser les combats » et de « faire parvenir l’aide humanitaire ».
Le chef de l’Etat a renouvelé l’engagement de la France pour une « solution négociée entre Israël et les Palestiniens » et pour la protection des lieux saints sur place. « Le libre accès aux lieux saints doit être garanti dans le cadre des négociations en cours », a-t-il estimé. François Hollande a également fait part au pape de sa préoccupation partagée pour les chrétiens d’Orient, qui « doivent être partout soutenus et protégés ». « La France est mobilisée pour que les chrétiens restent là où ils ont toujours vécu et qu’ils ne prennent pas le chemin de l’exil », a-t-il affirmé.
L’environnement a constitué un thème important des discussions entre François Hollande et le souverain pontife. Le chef d’Etat a confié que le pape lui avait redit une formule déjà utilisée lors d’une audience générale récente : « Dieu pardonne toujours, les hommes parfois, la nature jamais ». Sur la « dernière partie de la formule », a déclaré François Hollande, il y eut « convergence totale » des vues. (sic ! de la part de celui qui a légalisé le mariage contre-nature, c’est osé !)
Le président de la République a reconnu que le Vatican avait à cœur le thème de l’écologie depuis longtemps mais que le message était désormais plus « audible ». Peu avant cette déclaration, Nicolas Hulot, envoyé spécial du président pour la protection de la planète, a assuré aux journalistes que François Hollande avait officialisé l’invitation faite au pape à se rendre en France en vue de la conférence sur le climat qui s’y tiendra en 2015.
Le souverain pontife et le président français sont également tombés d’accord sur les « excès de la mondialisation » et la France a exprimé son « plein soutien à la position du pape François sur le trafic des êtres humains ».
Si François Hollande n’a pas mentionné les sujets de société ayant suscité de vives tensions entre le gouvernement et une partie des catholiques français, il a réaffirmé la position de la France en faveur de la liberté religieuse, de conviction et de conscience. La France, a-t-il ajouté, s’oppose « avec détermination » à « tous les actes antireligieux, notamment dans les lieux de culte. Cela vaut dans toutes les religions, y compris catholique et cela vaut pour tous les actes, sans distinction ». Sans entrer dans les détails, le président de la République a souligné que « le débat avec l’Eglise catholique était possible dans le plein respect de la laïcité ».
Les intentions peu catholiques de François Hollande
Pour bien comprendre la raison de la visite de François Hollande au Vatican, malgré son athéisme affiché, il faut se reporter aux récentes déclarations de Constance Rivière, conseillère élyséenne – chargée des institutions, de la société et des libertés publiques –, qui a jugé que le ‘mariage pour tous’, auquel se sont opposés de nombreux catholiques en 2013, avait créé une ligne de division entre le gouvernement et une partie des catholiques. C’est pourquoi il existe, selon elle, aujourd’hui une volonté (une ‘nécessité’ serait plus exacte. NDLR) de dialogue et de rassemblement. En allant voir le pape, François Hollande « adresse un message fort de dialogue et d’attention aux catholiques, dans le monde en général et en France en particulier ».
Peu avant la visite au Vatican, de jeunes laïcs catholiques avaient écrit une supplique au pape pour le « sensibiliser au malaise et à l'inquiétude ressentis par beaucoup de catholiques de France face à la promotion d'atteintes majeures aux droits fondamentaux de la personne humaine (Loi Taubira, procréation médicalement assistée et gestation pour autrui, recherches sur l'embryon humain, euthanasie, ‘gender’, etc.) et face aux attaques dont ils sont l'objet quotidiennement (campagne médiatique de dénigrement, profanations d'églises, etc.) ». Cette lettre sous forme de pétition qui a réuni plus de 100.000 signatures, fut remise au Nonce apostolique à Paris, Mgr Luigi Ventura, pour qu’il la transmette au souverain pontife.
Dans Le Figaro du 9 janvier 2014, Jim Jarrassé donnait les vraies motivations de cette visite ; elles sont électoralistes : « Par petites touches, l'exécutif tente de reconquérir le cœur des catholiques. » En effet, « la radicalisation du conflit entourant l'adoption de la loi sur le mariage pour tous, suivie du débat sur la procréation médicalement assistée (PMA), n'a fait qu'aggraver (le) désamour : en mars, la cote de popularité moyenne du président de la République s’élevait à 36% chez les catholiques pratiquants, contre 48% dans l'ensemble de la population. (...) A l'approche des échéances électorales du printemps, cette désaffection croissante inquiète les experts électoraux du Parti Socialiste. Car le vote des catholiques pourrait se révéler déterminant lors des municipales, notamment dans l'ouest de la France, où la gauche était parvenue à capter une partie de cet électorat, déçu par Nicolas Sarkozy. "Les gains de Hollande ont été faits sur le centre-droit, lié à une tradition catholique. Avec le ‘mariage pour tous’, le PS vient de s'aliéner ce qui a été à la base de son succès lors des dernières élections. C'est une erreur électorale énorme", commentait au printemps le démographe Hervé Le Bras, interrogé par Rue 89. »
Avec de telles intentions, on ne pourra savoir si la visite de François Hollande au pape a été un succès ou un échec que lors des prochaines élections municipales, les 23 et 30 mars.
(Sources : VIS/Apic/Imedia/Figaro – DICI n°289 du 31/01/14)