L’accord de Campos et ses implications
«Certains parmi nous croient que l’œuvre de la Tradition se réduit à la restauration de l’ancienne messe. Ces gens nous encouragent à mettre l’accent sur une défense positive de la foi plutôt que de combattre les évêques, les décourageant ainsi de nous accorder les autorisations requises pour dire l’ancienne messe.
Je peux comprendre ce point de vue, mais je ne puis comprendre pourquoi la restauration partielle de l’ancienne messe arrêterait “l’auto-démolition de l’Église” alors qu’elle ne l’a pas fait il y a quarante ans ; c’était cependant alors la seule messe dite dans le rite latin.
D’autres parmi nous croient que l’œuvre de la Tradition ne se réduit pas à la Messe, et qu’elle est plus qu’un lobbying en faveur de la restauration des livres liturgiques que nous préférons. Ils croient qu’elle a surtout pour tâche de combattre la plus importante révolution que l’Eglise n’ait jamais subie : une révolution contre la théologie catholique, la philosophie, les traditions et la liturgie. Ceux qui voient le rôle de la Tradition ainsi, estiment que l’aspect négatif de notre combat (ce contre quoi nous sommes) est primordial. Être catholique est synonyme de guerre contre le monde, la chair et le diable.
J’ai tendance à me ranger du côté de ces derniers. J’estime que la Tradition est plus que le combat pour la messe. Je ne suis pas spécialement touché aux larmes par la langue latine, je ne suis pas non plus subjugué, le dimanche, par les rubriques du missel tridentin, aussi belles soient-elles. Je ne pleure pas comme une Madeleine en voyant un prêtre avec sa barrette ou ses ornements romains. Je considère cependant que la messe est grande à ce point qu’elle vaut la peine de mourir pour elle, non pas parce que j’ai le bonheur de l’apprécier, mais parce qu’elle est la pierre d’angle de la vraie foi, laquelle doit être préservée pour les générations futures.
Parce qu’elle est l’expression la plus parfaite de l’adoration due à Dieu, la vraie messe représente la vraie foi pour laquelle nous devons lutter et non pas les sentiments que nous voulons éprouver le dimanche matin. Autrement dit, le combat pour la restauration de la vraie messe comporte tant l’action de chasser la mauvaise liturgie que celle de rétablir la bonne, de supprimer les innovations étranges du pape Paul VI (et ses résultats plus étranges encore) pour le bien de l’Église entière et pour le salut des âmes – la nôtre inclue.
Même si la vraie messe nous est rendue dans un cadre limité, cela ne nous dispense pas du devoir inhérent au caractère de soldat du Christ de lutter, selon nos forces, contre les nouvelles orientations prises par les hommes d’Eglise (la nouvelle liturgie comprise), orientations qui défigurent l’Epouse du Christ sur terre. Je ne vois pas comment nous pourrions donner libre cours au pacifisme, tout cela pour pouvoir assister à la messe que nous préférons, alors que la situation de crise dans l’Eglise exige son tribut (…).
La Tradition catholique ne consiste pas seulement à vivre sa foi, mais à la défendre. Elle est une opposition à un régime qui s’est instauré dans l’Eglise et qui a d’abord essayé de bannir l’ancienne messe, ensuite de “rénover” l’ancienne foi, laquelle a conservé la messe pendant des siècles. La Tradition est une opposition contre les nouveautés et contre la politique manquée de l’œcuménisme, du dialogue inter-religieux et de la réforme liturgique, lesquels minent la foi des individus et des familles et laissent derrière eux un désert spirituel.
Si nous restreignons le combat à la beauté de la liturgie et que nous cessons de lutter contre le néo-modernisme, alors nous deviendrons un bataillon de prisonniers de guerre qui contemplent l’auto-destruction de l’Eglise à partir d’un lieu sûr, installé par des évêques modernistes en échange de la cessation du combat et d’un silence complice. (…)
Encore une fois, sauf miracle, toutes les messes autorisées [Les messes de l’indult ou avec autorisation des évêques locaux. NDLR] ne changeront rien au complot qui existe dans l’Eglise (…) et qui a trouvé son expression dans le concile Vatican II.
Le fait que le cardinal Ratzinger – un défenseur zélé de Vatican II – soit d’avis de permettre plus largement la messe traditionnelle ne changera rien à notre position. Si cependant le cardinal Ratzinger devait un jour répandre l’idée que le concile Vatican II a produit une crise sans précédent, je gage que Mgr Fellay réserverait le jour même un vol pour Rome et The Remnant ne se laisserait pas prier pour faire un don à la Fraternité Saint-Pie X d’un montant équivalent à celui du billet d’avion. »