L’accord sino-vatican, un an après

Source: FSSPX Actualités

Alors qu’une année vient de s’écouler depuis l’accord signé en septembre 2018 entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, qui a vu la fin - sur le papier au moins - du schisme entre l’église dite « patriotique », et le Vatican, des voix s’élèvent pour dénoncer les restrictions croissantes dont sont victimes les catholiques de l’empire du Milieu. 

Avocat de l’accord sino-vatican signé voilà un an, le vaticaniste Gianni Valente avance avec retenue : « le fait que le pape a le dernier mot dans le choix des évêques a changé le cadre (…), l’accord n’est pas miraculeux et n’a pas résolu tous les problèmes ». Et d’insister : « Tous les évêques chinois sont reconnus par Rome : c’est révolutionnaire car, pendant soixante-dix ans, c’est là que résidait le véritable problème » (La Croix du 19 septembre 2019). 

Aujourd’hui le problème s’est déplacé et concerne la sinisation de l’Eglise de Chine voulue par le président Xi Jinping. Il s’agit d’aligner l’expression de la foi et le catholicisme sur les « traditions nationales » imprégnées de socialisme. 

A en croire Gianni Valente, il ne faudrait pas trop s’inquiéter : « en fait, le pouvoir ne s’intéresse qu’aux questions d’ordre public et veille à ce que les communautés catholiques ne troublent pas celui-ci ; il n’a que peu d’intérêt pour les questions purement ecclésiales », assure-t-il. 

Pourtant, au fil des mois, les faits semblent démentir les commentaires les plus optimistes, comme l’a souvent évoqué FSSPX.Actualités. Dernier élément en date, celui de l’interdiction faite à toute personne n’ayant pas atteint l’âge de dix-huit ans de se rendre dans une église. Au nom de quel principe d’ordre public, sinon l’embrigadement de la jeunesse, dans la plus pure tradition communiste. 

Cette prohibition pour la jeunesse de fréquenter les églises avait été instaurée à l’échelle nationale par le Parti communiste chinois il y a un an déjà. A la différence de plusieurs autres directives, celle-ci tend à s’appliquer lentement mais systématiquement sur tout le territoire, suscitant désormais l’inquiétude de la part du clergé et des fidèles. 

Quand le communisme s’attaque à la jeunesse 

Des voix s’élèvent même, pour déplorer un tarissement accéléré, depuis quelques mois, du nombre de servants de messe, faisant craindre à terme un impact négatif sur les vocations sacerdotales.  

« Le séminaire de Liaoning a du mal à recruter des jeunes hommes, personne ne vient », explique à Ucanews, le 25 septembre 2019, une source de ce diocèse mandchou qui souhaite témoigner de façon anonyme par crainte de la répression. 

Sans doute faut-il reconnaître que la baisse des entrées dans les séminaires n’a pas pour cause unique l’accord signé en 2018 ; un rapport du Centre d'études du Saint-Esprit basé à Hong-Kong pointe comme principale responsable de cette situation difficile la politique de l’enfant unique. 

Néanmoins, la normalisation entre Pékin et le Vatican n’a rien fait pour enrayer ce processus, au contraire. Un fidèle du diocèse de Liaoning déclare à Ucanews : « le gouvernement resserre peu à peu son contrôle sur l’Eglise, et désormais les restrictions sont directement dirigées contre ce qui est au cœur de la communauté ecclésiale, les vocations ». A long terme, ces entraves multipliées contre le libre exercice de la religion pourraient hypothéquer l’avenir de l’Eglise catholique en Chine. 

Quant aux évêques chinois reconnus par Rome, la question est de savoir comment ils confirment et encouragent leurs fidèles dans la foi divine et catholique. Entre le modernisme et la protestantisation de l’Eglise depuis Vatican II et l’athéisme érigé en système, la marge de manœuvre est étroite. Que la grâce de Jésus-Christ suscite de vrais chefs, qui pourront dire à la suite de saint Paul : « je puis tout en Celui qui me fortifie » (Ph. 4,13).