Le dialogue judéo-chrétien (2002)
13 avril 1986, visite historique de Jean-Paul II à la synagogue de Rome
Rencontres européennes entre juifs et catholiques (Paris, 28-29 janvier 2002)
Nous citons ici quelques extraits significatifs de cette rencontre de grandes personnalités des deux parties. Un commentaire semble superflu.
Déclaration finale
« (…) Par une série d’initiatives de haute valeur symbolique, de sa visite à la grande synagogue de Rome, le 13 avril 1986, à son pèlerinage en Israël et sa prière au Mur du Temple à Jérusalem, Jean-Paul II a donné à ces relations une nouvelle ampleur et une nouvelle tonalité, comme en témoignent également les actes de repentance des Églises catholiques française, allemande et polonaise, la déclaration du Vatican sur la Shoah et l’établissement des liens diplomatiques entre le Saint-Siège et l’État d’Israël.
Le siècle qui vient de s’achever a vu la Shoah, le plus grand crime de l’histoire, où disparurent près de la moitié des juifs du monde, se dérouler dans cette Europe à la civilisation de laquelle le judaïsme avait tant apporté. Négation de l’unité de l’homme, la Shoah impose d’angoissantes questions à l’humanité tout entière, ainsi qu’une réflexion sur les conditions historiques qui ont permis l’énormité du crime. (…) Il est du devoir des chefs spirituels des différentes religions, comme vient de le proclamer la récente réunion d’Assise, de dénoncer le racisme, l’antisémitisme et le terrorisme et d’appeler à la paix entre les peuples.
(…) Constatant avec inquiétude, la résurgence d’un violent discours anti-juif, transparent sous ses nouveaux masques, nous saluons la lutte que mène l’Église catholique à nos côtés contre le dévoiement haineux du message divin ».
Déclaration des représentants catholiques
« Nous, représentants catholiques participant aux Rencontres européennes, déclarons que : Conscients de nos responsabilités dans l’histoire juive, nous tenons à réaffirmer fermement notre rejet de tout antisémitisme, qu’il soit séculier ou religieux. Nous tenons à ce que l’enseignement de l’histoire de la Shoah soit transmis aux jeunes générations chrétiennes, afin que l’idolâtrie de soi, dispensée par le nazisme jusqu’au rejet de l’autre et à son élimination, soit à tout jamais bannie de notre civilisation. Nous nous engageons également à ce qu’une connaissance juste et respectueuse des juifs et du judaïsme soit enseignée aux générations futures, afin que les orientations engagées par le Concile Vatican II perdurent non seulement dans les cœurs, mais aussi dans les actes. Nous prions pour que la paix vienne à Jérusalem ! »
Allocution du cardinal Walter Kasper
« Nous ne voulons ni ne devons oublier la catastrophe humaine du XXe siècle que nous décrivons par le nom hébreu de Shoah. C’est pour nous une question de sincérité et de courage d’avouer notre défaillance humaine et chrétienne, notre silence et notre indifférence vis-à-vis de ce génocide. »
Hommage de Mgr Gaston Poulain au Grand Rabbin René-Samuel Sirat
« Vous avez été aussi passionnément présent et attentif à la démarche des évêques de France qui s’est traduite par la Déclaration de Repentance de Drancy en 1997. Vous avez parfaitement saisi la portée de cette Déclaration et vous oeuvrez ardemment pour que ce geste continue de porter des fruits pour resserrer, pour affermir la fraternité judéo-chrétienne. »
Intervention du Grand Rabbin René-Samuel Sirat, vice-président de la Conférence des Rabbins européens
« Rassurez-vous, je n’ai aucunement l’intention de suivre l’exemple du Grand Rabbin de Rome qui s’est converti au christianisme en 1945 sous l’influence de Pie XII. J’ai toujours insisté, sans trêve ni relâche, sur la nécessité absolue de bannir dans les nouvelles relations judéo-chrétiennes toute forme de prosélytisme ou de syncrétisme, sur le retrait de la proposition de célébrer le 9 août, date anniversaire de la mort en déportation de Sœur Bénédicte de la Croix qui, avant sa conversion à l’Église s’appelait Édith Stein, car cette célébration pouvait apparaître comme une sorte de christianisation de la Shoah. »