Le général Hiver a pris ses quartiers entre Rome et Moscou

Un froid sibérien semble s’être abattu sur les relations entre le patriarcat de Moscou et l’Eglise catholique romaine si l’on en croit les dernières déclarations du numéro deux de l’orthodoxie russe.

Oltretevere, la nouvelle fait l’effet d’une douche froide, car une éclaircie semblait se dessiner dans les relations compliquées entre le Saint-Siège et le patriarcat de Moscou : le 5 août 2022, à l’invitation du pape François, le métropolite Antoine de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, avait été reçu par le successeur de Pierre dans la bibliothèque privée du palais apostolique.

Une longue conversation qui avait pris fin avec un échange de cadeaux.

Le 14 septembre 2022, une nouvelle rencontre privée avait eu lieu entre les deux hommes, en marge du sommet inter religieux d’Astana, au Kazakhstan : le haut prélat russe avait confié à la presse qu’une rencontre entre le patriarche Cyrille et le souverain pontife était encore envisagée par les deux parties qui étaient « convaincues de son importance » mais qu’elle devrait être « bien préparée ».

Le haut responsable orthodoxe a toutefois regretté que le Saint-Siège ait « annulé » une rencontre entre les deux hommes prévue en juin à Jérusalem, en citant un entretien publié en mai dans le quotidien italien Corriere della Sera dans laquelle le pape avait confié avoir renoncé à ce projet.

Autre son de cloche le 1er octobre dernier, car à l’antenne de l’émission « L’Eglise et le monde » diffusée sur la chaîne de télévision Rossia-24, le numéro deux de l’orthodoxie russe a dissipé toute illusion : « A ce stade, je dois dire que certains des commentaires que nous lisons et entendons non seulement de la bouche du pape, mais aussi de la plupart de ses assistants, ne contribuent pas du tout à la préparation d’une rencontre », a déclaré froidement Antoine de Volokolamsk.

Il faut dire que depuis plusieurs semaines, le pape François épargne de moins en moins le pouvoir russe dans ses interventions, évoquant notamment, à l’audience du 21 septembre dernier, la « douleur » du peuple ukrainien face à la « sauvageries, les monstruosités, les cadavres torturés qu’ils trouvent ».

Jusqu’à l’Angelus du 2 octobre 2022 au Vatican, durant lequel l’hôte de Sainte-Marthe a, pour la premier fois, désigné directement le président de la Fédération de Russie, et dénoncé l’annexion des territoires de Zaporijjia, Kherson, Louhansk et Donetsk, comme « contraire au droit international ».

Le lendemain, Antoine de Volokolamsk, cité par l’agence d’information russe Interfax, pointait du doigt une nouvelle fois les propos tenus plus tôt dans l’année par le pape François, dans lesquels ce dernier « s’est permis des expressions (…) absolument inadmissibles », à l’égard du patriarche Cyrille.

Enfin, dans la foulée, le site officiel du patriarcat annonçait que le chef de file de l’Eglise « orthodoxe » russe avait contracté la Covid-19, mais que son état de santé était jugé « satisfaisant » à cette heure.

Le général Hiver semble être installé pour un bon moment entre Rome et Moscou…