Le pape François lance la campagne de Caritas pour les migrants

« Share the journey », partager le chemin, tel est le thème d’une vaste campagne de Caritas Internationalis qui a été lancée par le pape François mercredi 27 septembre, lors de l’audience générale place Saint-Pierre, annonçait Radio Vatican.

Le Saint-Père a appelé à ne pas avoir peur de partager le voyage et l’espérance des migrants. « Les pauvres sont les premiers porteurs d’espérance » a-t-il souligné, car « l’espérance est ce qui pousse ceux qui quittent leur maison, leur terre, parfois leurs familles et leurs parents, pour chercher une vie meilleure ». La campagne prévue sur deux ans, à travers les 165 agences Caritas dans le monde, a pour objectif de promouvoir la culture de la rencontre avec les migrants et réfugiés. Elle est également martelée sur son site internet où les objections sont dénoncées une à une comme des mythes, et où sont mises en avant les « 10 étapes de la culture de rencontre ».

Lors de la conférence de presse, le cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille et président de Caritas Internationalis, a déclaré à l’attention des dirigeants politiques que « nous sommes tous des migrants, personne ne peut prétendre ne pas être un migrant qui occupe et possède le lieu où il est ». « Ne fermez par vos portes ! » a-t-il insisté en invitant ceux « qui se préoccupent de leur pays, à rencontrer les migrants, écouter leur histoire, car ils sont comme vous et nous, ils sont nos frères et sœurs, et ils apportent une contribution à nos communautés ». A travers cette campagne, « nous espérons dissiper la peur, et faire comprendre pourquoi tant de personnes se voient contraintes de quitter leur pays », passant de « la peur à l’espérance », selon les mots de la lettre envoyée en juin par le cardinal philippin à toutes les agences Caritas dans le monde. – Le cardinal Tagle est présenté par Eglises d’Asie (EDA) comme un spécialiste du Concile très attaché au projet du pape François d’une « Eglise pauvre et pour les pauvres ».

Sur le plan politique, le pape a apporté son soutien aux organisations italiennes d’aide aux migrants qui ont lancé une pétition afin de soutenir « une nouvelle loi migratoire plus adaptée au contexte actuel ». Le 12 septembre dernier, le débat au Parlement italien sur une proposition de loi sur le droit du sol, a été reporté. Ce projet de loi prévoit d’accorder la nationalité italienne aux 600.000 mineurs étrangers nés en Italie et résidant dans la Péninsule depuis au moins 10 ans.

Le 22 septembre dernier, François avait reçu les responsables des services des différentes conférences épiscopales en charge du dossier des migrations, à l’occasion d’une rencontre organisée par le Conseil des conférences épiscopales européennes (CCEE). Le pape n’avait pas caché sa préoccupation « face aux signes d’intolérance, de discrimination et de xénophobie qui se rencontrent dans différentes régions de l’Europe », dus à « la défiance et la peur envers l’autre, le différent, l’étranger », ni sa tristesse de voir que les « communautés catholiques en Europe ne sont pas exemptes de ces réactions de défense et de rejet ». Pour le souverain pontife, ce prétendu « devoir moral de conserver l’identité culturelle et religieuse originelle » est contradictoire avec le principe même du catholicisme, et ce malaise est lié pour lui à la crise économique, à la portée et à la composition des flux migratoires, à l’impréparation des sociétés d’accueil, ou encore à « des politiques nationales et communautaires souvent inadéquates ». François persiste à considérer ces mouvements migratoires comme une chance pour l’Eglise : « l’arrivée de tant de frères et sœurs dans la foi offre aux Eglises en Europe une opportunité de plus pour réaliser pleinement sa propre catholicité » - Cet appel à l’accueil des réfugiés ne concerne-t-il vraiment que les seuls chrétiens persécutés dans le monde ? Un fait largement médiatisé donne une réponse : les 12 migrants que le pape a ramenés de l’ile de Lesbos, le 16 avril 2016, étaient tous musulmans.

Le pape n’hésite pas à affirmer qu’il faut accueillir, protéger, promouvoir et intégrer, à travers « des parcours de citoyenneté active » qui puissent être une source de développement pour tous, nouveaux arrivants comme populations des pays d’accueil.

Deux questions se posent, prévient Jeanne Smits sur le site de Réinformation.tv : « Comment espérer un avenir digne pour des migrants dont le nombre se compte en centaines de milliers et dont les difficultés d’intégration sont d’autant plus grandes que leur culture et leur religion ne correspondent pas à celles de leur pays d’arrivée ? Poser cette question est déjà considéré comme une attitude de rejet… Et : les sociétés d’accueil doivent-elles être considérées comme responsable de l’absence de respect et de développement de la créativité ? C’est ce que l’on comprend en creux à travers cet appel à l’accueil sans conditions, fondé sur les émotions, le serrement de mains, l’empathie. Une utopie sentimentale au service d’un détricotage des identités ».

Le site Aleteia précise qu’en prévision de l’adoption du « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » qui sera soumis aux Nations Unies en septembre 2018, les Caritas du monde espèrent susciter d’ici là une vraie prise de conscience chez les individus et au sein des gouvernements ; les convaincre que « le monde se porte mieux quand les migrants sont mieux compris, accueillis et intégrés. Pas quand ils sont contraints à l’esclavage moderne par des trafiquants d’êtres humains, mal protégés par des lois laxistes et un manque de volonté et de compassion ». Cette campagne s’avance en soutien d’un calendrier politique de défense des droits des migrants…

Le 15 janvier 2017, sur le site Atlantico, le journaliste français Laurent Dandrieu, auteur de Eglise et immigration : le grand malaise (Plon), dénonçait à juste titre « un regard biaisé » de l’Eglise sur l’islam : « Depuis les années 1960, l’Eglise est entrée dans une phase active de dialogue interreligieux qui, en ce qui concerne l’islam, me paraît fondamentalement vicié parce qu’il ne se fait pas dans un esprit de vérité : sous prétexte de préserver les “fruits de ce dialogue” – qui sont en réalité inexistants –, on en est venu à tenir un discours angélique sur l’islam, qui nie son problème avec la violence et qui fait l’impasse sur son incompatibilité avec les valeurs occidentales. L’Eglise regarde l’installation progressive de millions de musulmans en Europe comme une simple conséquence de phénomènes migratoires globalement positifs, et la progression du culte musulman sur notre continent comme une manifestation inéluctable de la liberté religieuse. Mais la question civilisationnelle n’est tout simplement jamais posée ».