Le Père Cantalamessa prêche contre les Limbes et pour le salut universel (2007)

Padre Reneiro Cantalamessa

Le père capucin Raniero Cantalamessa est le prédicateur de la Maison pontificale, à ce titre il prêche devant le pape et les cardinaux. 

Le dit :

Le dimanche 24 juin, pour la fête de saint Jean-Baptiste, le père capucin Raniero Cantalamessa parlait des Limbes en ces termes : « L’Eglise a estimé que Jean-Baptiste a déjà été sanctifié dans le sein maternel, par la présence du Christ ; c’est pour cette raison qu’elle célèbre la fête de sa naissance. Ceci nous donne l’occasion d’évoquer une question délicate, qui a pris aujourd’hui une importance particulière à cause des millions d’enfants qui, surtout en raison de la diffusion effrayante de l’avortement, meurent sans avoir reçu le baptême. Que dire de ces enfants ? Sont-ils eux aussi d’une certaine manière sanctifiés dans le sein maternel ? Y a-t-il un salut pour eux ?

 « Sans hésiter je réponds : bien sûr que le salut existe pour eux. Jésus ressuscité dit également d’eux : « Laissez venir à moi les petits enfants ». L’idée selon laquelle les enfants non baptisés étaient destinés aux Limbes, un lieu intermédiaire dans lequel on ne souffre pas mais dans lequel on ne jouit pas non plus de la vision de Dieu, s’est répandue à partir du Moyen-âge. Mais il s’agit d’une idée qui n’a jamais été définie comme vérité de foi de l’Eglise. Il s’agissait d’une hypothèse des théologiens qu’à la lumière du développement de la conscience chrétienne et de la compréhension des Ecritures, nous ne pouvons plus maintenir ».

Commentaire

Ainsi donc pour le père Cantalamessa, la question des Limbes est définitivement close. La doctrine traditionnelle exprimée, entre autres, par le Catéchisme de saint Pie X, n’était qu’une hypothèse aujourd’hui balayée par le document de la Commission Théologique Internationale (CTI) : « La discussion est aujourd’hui close car récemment, la Commission théologique internationale, qui travaille pour la congrégation pour la Doctrine de la foi a publié un document affirmant précisément cela ».

 Le père Cantalamessa omet de préciser ici que ce texte est le fruit d’un organe consultatif, dépourvu de toute autorité magistérielle, et que le cardinal Levada en a approuvé la publication en qualité de président de la CTI, et non en qualité de préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et que l’« approbation orale », donnée pour la publication par Benoît XVI à l’audience du 19 janvier 2007, n’engage pas l’autorité pontificale et n’oblige pas la conscience des fidèles (voir l’étude parue dans Le Courrier de Rome n°302, juillet-août 2007, Les Limbes aux… Limbes).

Le dit :

 « Il me semble utile de revenir sur ce thème à la lumière de cet important document pour expliquer certaines des raisons qui ont conduit l’Eglise à tirer cette conclusion. Jésus a institué les sacrements comme moyens ordinaires pour le salut. Ceux-ci sont donc nécessaires et celui qui, alors qu’il peut les recevoir, les refuse contre sa conscience ou les néglige, compromet sérieusement son salut éternel. Mais Dieu ne s’est pas lié à ces moyens. Il peut sauver également à travers des chemins extraordinaires, lorsque la personne, sans aucune faute de sa part, est privée du baptême. Il l’a fait par exemple avec les Saints Innocents, morts eux aussi sans baptême. L’Eglise a toujours admis la possibilité d’un baptême de désir et d’un baptême de sang, et tant de ces enfants ont vraiment connu un baptême de sang, même s’il est de nature différente ». – Le prédicateur de la Maison pontificale mêle la doctrine traditionnelle du baptême du sang - celui des martyrs exécutés en haine de la foi catholique – et l’hypothèse nouvelle d’un « baptême » des victimes de l’avortement, abusivement identifiées par lui à des martyrs de la foi.

« Je ne crois pas que la clarification de l’Eglise encourage l’avortement ; si c’était le cas, ce serait véritablement tragique et il faudrait se préoccuper sérieusement, non pas du salut des enfants non baptisés mais de celui des parents baptisés. Ce serait se moquer de Dieu. Cette déclaration donnera en revanche un peu de soulagement aux croyants qui, comme chacun, s’interrogent, effarés, sur le sort atroce de tant d’enfants dans le monde aujourd’hui ».

Commentaire

 En fait, la question qui se pose vraiment est la suivante : une « interrogation », même « effarée », sur le salut des millions d’enfants victimes de l’avortement aujourd’hui autorise-t-elle le rejet pur et simple de la doctrine et de la pratique traditionnelle de l’Eglise ? Car, comme rappelle très justement l’étude déjà citée du dernier Courrier de Rome, « la négation des Limbes est d’une gravité démesurée, puisque les principes dont elle découle sont démesurément faux (naturalisme, panthéisme, « Christ cosmique », droit à la grâce de la part de la nature), toutes erreurs déjà réfutées et condamnées, mais aujourd’hui reproposées par la Commission Théologique Internationale.

En outre, même les simples fidèles en ont été troublés au plus haut point, car en général, seuls les théologiens sont en mesure de saisir les autres erreurs plus subtiles ; alors qu’il est évident pour tous (et pas seulement pour les savants) qu’avec les Limbes, a été atteinte la possession tranquille d’une doctrine certaine, étudiée par tout fidèle et même par les enfants, enseignée par le Catéchisme romain (IIe partie, chap. 2, n. 32). Ce « scandale passif » (subi par les fidèles) suppose le « scandale actif » de la part des pasteurs. (…) Or le scandale donné publiquement doit être réparé publiquement. C’est ce que nous demandons fermement ».

 Mais le capucin, prédicateur de la Maison pontificale, n’est pas un novice en la matière. Déjà lors du Vendredi Saint 2002, prêchant devant le pape Jean-Paul II et le cardinal Ratzinger alors préfet de la Congrégation de la Foi, sur le thème du salut universel apporté par le Christ et par les religions non-chrétiennes (sic), il s’était demandé : «  Pouvons-nous admettre qu’il y ait une autre voie encore par laquelle le Christ attire à lui tous les hommes ? C’est-à-dire à travers ce qu’il y a de vrai et de valide dans les autres religions ? Le concile (Vatican II, ndlr) et le magistère (post-conciliaire, ndlr) n’ont pas exclu cette possibilité qui est maintenant activement explorée par la théologie ».

 « La préoccupation pour le moment est de reconnaître aux autres religions une existence non seulement de fait, dans le plan divin du salut, mais aussi de droit, de façon à retenir qu’elles sont non seulement tolérées, mais aussi positivement voulues par Dieu, comme l’expression de l’inépuisable richesse de sa grâce et de sa volonté que tous les hommes soient sauvés ».

 Et un peu plus loin : « Le pluralisme religieux ne consiste pas dans le fait de retenir toutes les religions également vraies : cela serait pour tous du relativisme, mais dans le fait de reconnaître à chacun le droit de tenir pour vraie sa propre religion, et de la diffuser par des moyens pacifiques dignes d’une religion. Pierre recommande aux chrétiens : « avec douceur et respect ». Et nous pouvons ajouter : « dans l’esprit de la rencontre d’Assise », du 24 janvier dernier ».

Ainsi donc, les adeptes des religions non-chrétiennes pourront se consoler : s’ils sont objectivement damnés, ils étaient néanmoins subjectivement sauvés dans une religion dont ils avaient « le droit de la tenir pour vraie ». Le père Cantalamessa se moque de Dieu et des âmes !  « Que votre oui soit oui et que votre non soit non ! »

 

 

A lire : « Les limbes victimes de la nouvelle théologie du salut universel », par l’abbé Patrick de La Rocque, dans Nouvelles de Chrétienté n°105 – mai/juin 2007, 3,50 €, en vente au secrétariat de DICI.Télécharger Nouvelles de Chrétienté n° 105