Le plaidoyer pro domo du cardinal Parolin

Source: FSSPX Actualités

Cardinal Pietro Parolin

Vivement critiqué pour sa politique d’ouverture envers le régime communiste chinois, et déstabilisé par les scandales financiers impliquant certains de ses anciens collaborateurs, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège a profité d’une visite en France, pour accorder un entretien au média catholique KTO.

C’est dans les salons lambrissés de la nonciature apostolique de Paris, que le « numéro deux » du Saint-Siège a souhaité répondre aux questions de Philippine de Saint Pierre, directrice générale de la chaîne KTO, le 29 janvier 2021.

Réforme de la Curie, scandales au Vatican, accord avec la Chine, perspective d’une visite du pape en France : ce sont les principaux thèmes abordés lors d’une entrevue au ton très politique.

Le cardinal Pietro Parolin est ainsi revenu sur la question de la réforme de la Curie, dont on chuchote oltretevere, qu’il s’agit d’un véritable serpent de mer : « des progrès considérables ont été réalisés », coupe court le secrétaire d’Etat qui avance que, si le « Saint-Père n’a pas encore décidé d’une date précise, je pense qu’avant la fin de cette année, la Constitution apostolique sera publiée ».

Quant aux scandales financiers qui ont éclaboussé plusieurs de ses anciens collaborateurs directs, dont son ancien substitut, le cardinal Angelo Maria Becciu, le numéro deux du Vatican relativise : « Si nous regardons l’Histoire, il y a toujours eu des moments difficiles. »

Et le haut prélat d’ajouter que le fait, pour le pape François, d’affronter directement ces « problèmes », est le signe de sa volonté de rendre la Curie « aussi efficace que possible, dans le but d’évangéliser le monde et d’annoncer l’Evangile aux peuples d’aujourd’hui ».

Le secrétaire d’Etat était également très attendu sur la question de l’accord provisoire entre le Saint-Siège et Pékin, signé en 2018 et renouvelé à l’automne 2020, accord dont les termes demeurent encore secrets à ce jour, et que plusieurs grandes voix dans l’Eglise, à l’instar du cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong, dénoncent comme une capitulation en rase campagne.

« Je dirais tout d’abord que je respecte profondément quiconque a une opinion différente et qui critique, disons, la politique du Saint-Siège à l’égard de la Chine », avance prudemment le haut prélat, qui défend bec et ongle l’accord qui est son œuvre, au nom de la « voie des petits pas ».

« C’est simplement un petit pas à partir duquel on peut commencer à chercher à améliorer la situation de l’Eglise. Il n’y a donc aucune prétention selon laquelle ce serait le ‘dernier mot’. Je compare cet accord à la petite graine qui pénètre dans le sol », explique Mgr Parolin.

La politique intérieure française a également été abordée par le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, qui a émit des réserves par rapport au projet de loi sur le séparatisme, actuellement en débat dans l’Hexagone, projet qui vise à un contrôle très serré de l’Etat sur les religions.

« D’après ce que j’ai compris, déclare avec sa prudence vénitienne le cardinal Parolin, cette loi risquerait de mettre aussi un peu en discussion les équilibres qui se sont créés tout au long de ce siècle, depuis 1905. (…) Je ne sais pas s’il y aurait d’autres manières [de lutter contre l’islam radical] par exemple par des mesures d’ordre public, (…) mais sans créer des conséquences ou des effets qui pourraient être, disons, au moins problématiques », ajoute-t-il.

Interrogé enfin sur la question d’un éventuel voyage du souverain pontife en France, le haut prélat demeure évasif : « il s’agit de trouver une opportunité, mais je pense qu’il y a une ouverture et un désir de la part du pape de venir visiter la France. En revanche, ne me demandez pas une date ! »

On l’aura compris, l’entretien accordé le 29 janvier 2021 par le cardinal Pietro Parolin, manifeste sa volonté de reprendre la main, et de s’affirmer comme le puissant homme de confiance du pape – son « premier ministre » comme il le dit lui-même au début de l’émission – choisi afin de mettre en œuvre la politique du Saint-Siège dans l’Eglise et dans le monde.

Et cela à un moment où les critiques se font vives contre lui : cath.ch relayait le 11 janvier dernier une information du quotidien Domani, selon laquelle le cardinal secrétaire d’Etat aurait déclaré que l’acquisition suspecte de l’immeuble de Londres était un « investissement valable ».

Le haut prélat aurait même demandé à la banque privée du Vatican un prêt de 150 millions d’euros pour mener une opération qui fait actuellement l’objet de minutieuses investigations de la part des services financiers du Saint-Siège.