Le Vatican favorable à l’intégration de la Turquie à l’Europe
Le 27 décembre 2006 le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, a répondu aux questions de La Documentation catholique dans un entretien publié dans l’édition du 7 janvier intitulée « Benoît XVI renforce le dialogue avec l’Islam ».
Sur la « question très douloureuse » du Liban, et des chrétiens au Proche-Orient le cardinal Bertone a déclaré que l’Eglise « avait pris beaucoup d’initiatives et qu’elle activait tous les canaux possibles, y compris avec les chrétiens non catholiques de cette région, pour créer les plateformes de dialogue et de convergence sur des objectifs précis. L’Eglise veut aussi stimuler la communauté internationale pour éteindre les foyers de guerre, diminuer les tensions et porter les belligérants au dialogue ». « L’Eglise souhaite qu’une conférence internationale se réunisse, et souhaite y participer pour obtenir un minimum de résultat ». « C’est dans ce sens que le pape a écrit aux chrétiens du Proche-Orient pour Noël ».
« Si les communautés chrétiennes disparaissent du Proche-Orient, ce sera une perte irréparable, a expliqué le cardinal. Au Liban, elles sont constitutives de l’identité et de la survie du pays. Les maronites ont été l’épine dorsale de la présence chrétienne en Orient et ont contribué à la faire exister depuis des siècles. Aussi, il est plus urgent que jamais d’obtenir au niveau international un résultat, si petit soit-il, qui permette de débloquer la situation. C’est d’ores et déjà un enjeu majeur de 2007 ».
Rappelant le voyage de Benoît XVI en Turquie le cardinal Bertone a précisé : « En ce qui concerne les chrétiens turcs, le problème est celui de la reconnaissance de leurs droits fondamentaux. Ce sont des droits naturels de la personne humaine et des minorités dans un pays dont la majorité de la population est d’une autre religion. Nous avons proposé la mise sur pied d’une commission paritaire entre, d’un côté, les autorités turques et, de l’autre, l’Eglise locale et le nonce apostolique, pour traiter les questions concrètes ».
Présent lors de la rencontre entre Tayyip Erdogan, premier ministre turc et Benoît XVI, le cardinal a affirmé qu’« il était à l’évidence de l’intérêt du Premier ministre turc de rencontrer le pape. Ce contact a été très positif et procure aux Turcs une bonne carte de visite pour l’entrée de la Turquie en Europe ». Et d’ajouter que le pape et le Saint-Siège n’avaient « pas de pouvoir particulier pour favoriser l’entrée de la Turquie en Europe comme pour y opposer un veto. Mais il semble bien que l’Europe sans la Turquie ne bénéficierait plus de ce pont entre l’Orient et l’Occident, que la Turquie a toujours été présente au cours de l’histoire. La Turquie est depuis longtemps un partenaire de l’Europe ».
« Aujourd’hui, la Turquie connaît un système de laïcité particulier et un régime qui tend vers plus de démocratie », a-t-il poursuivi. « Il est de l’intérêt de l’Europe de l’aider à être une véritable démocratie pour consolider toujours plus un système de valeurs. Car, laisser la Turquie hors de l’Europe risque en outre de favoriser le fondamentalisme islamique à l’intérieur du pays. L’intégration à l’Europe peut se réaliser par cercles concentriques avec un premier cercle des pays historiquement européens, actuellement réunis dans la zone euro, et un deuxième niveau pour ceux qui en sont plus éloignés ».